12142018Headline:

3ème mandat de Ouattara: Révision de la liste électorale, Cei, Rhdp; Babily Dembélé est très amer à l’égard du régime Ouattara

Babily Dembélé, président-fondateur du Congrès ivoirien pour le développement et la paix (Cidp), est très amer à l’égard du régime Ouattara. Dans cette interview qu’il nous a accordée, il se prononce, entre autres, sur un éventuel 3ème mandat du président Ouattara, la Révision de la liste électorale (Rle), la Commission électorale indépendante (Cei) et le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp).

La révision de la liste électorale est prévue, du 18 au 24 juin prochain. Quelle est la position du Cidp sur cette question ?

Une révision de liste électorale est universelle. Elle répond à un critère: aller à une élection. C’est une mise à jour de la liste électorale. Une fois que cela est fait, tout candidat peut se présenter avec cette liste. Donc, je pense qu’il n’y a pas de reproche à faire à ce niveau. Mais la question du traitement du temps est un problème très délicat. Ils (ceux qui sont au pouvoir, Ndlr) sont en train de jouer sur les nerfs des Ivoiriens, pour perturber leur équilibre moral, physique et même social. Nous ne sommes pas les élèves d’un régime. Les Ivoiriens sont autonomes. Ils ont le droit de parler. Vous ne pouvez pas nous contrôler comme des bétails, en disant: « allez-y, si vous n’y allez pas, on supprime tout ». Le temps est important. Donc, le pouvoir en place doit penser aux Ivoiriens, à leur vie, à leurs comportements de tous les jours. C’est cela une nation. Donc, le temps imparti pour la révision de la liste électorale est très mauvais. Il est très dangereux pour les Ivoiriens.

En clair, vous estimez que le délai d’une semaine est insuffisant…

Comme je le disais tantôt, il ne faut pas commander les gens comme on commande des bétails. Tout cela doit se faire dans un consensus politique. On doit appeler les responsables politiques, et on détermine ensemble, les conditions et le temps pour lequel nous devons aller à cette révision de liste. Tout le monde est partant, on engage le processus et c’est tout. Mais bon, c’est devenu une affaire purement du gouvernement. Ce que le gouvernement fait voir, c’est: « je suis le chef, je donne l’ordre et ça doit se faire ». Donc, je pense qu’on doit revoir les conditions de cette révision de liste électorale. Le temps est très court et bref. Aussi, je pense que s’ils considèrent les Ivoiriens, il faut proroger cette date, afin que nous allions pour une liste électorale propre. Il faut se donner le temps, et ça doit se faire dans un cadre consensuel. Vous ne pouvez pas imposer un temps aux Ivoiriens. C’est injuste et ce n’est pas normal.

Vous inscrivez-vous dans le boycott décidé par une partie de l’opposition?

Moi, je ne vais pas à un boycott. Mais je dis qu’il faut toujours être juste dans ce que nous faisons. J’ai suivi des débats en Côte d’Ivoire, où on ne cesse de répéter: « le gouvernement a décidé ». Mais le gouvernement décide les lignes de développement d’un pays, et non les lignes politiques. J’ai créé mon parti politique. On ne m’impose rien, on doit plutôt demander mon avis. On se met d’accord. Si on n’est pas d’accord, on va au désordre. Et c’est ça qui est dangereux pour le pays.

Les opposants dénoncent également la composition de la commission électorale indépendante (Cei) actuelle, et demandent le départ de son président, Youssouf Bakayoko. Il y a quelque temps, vous avez demandé la reforme de la Cei, êtes-vous toujours dans cette logique ?

La Cei, aujourd’hui, est totalement dépassée. C’est une Institution à laquelle sont rattachés des fonctionnaires. Ce sont ces fonctionnaires qui posent problème. On n’a pas besoin de reformer la Cei en tant qu’Institution. Ce sont les éléments qui composent la Cei, qui posent problème, notamment son président, Youssouf Bakayoko. Les cadres qui représentent le chef de l’Etat, doivent se rendre compte que Bakayoko est dépassé. Il est l’un des catalyseurs de la crise en Côte d’Ivoire. Je pense que lui-même, en tant qu’être humain, censé aimer la paix, doit dire : « je quitte ». C’est une question de responsabilité morale et physique. Dans cette Institution, je respecte beaucoup de personnalités, mais je leur ai déjà dit qu’ils ne jouent pas franc-jeu. Il y a Bakayoko lui-même, il y a mon frère Sourou Koné et l’éminent imam, Ousmane Diakité. Je pense qu’il y a une question de morale.

Que voulez-vous dire exactement?

Il y a une question d’étique spirituelle qui nous conduit à dire Non à un certain nombre de choses. Ne serait-ce qu’en voulant nous couvrir de ce que Dieu nous préserve. La Côte d’Ivoire a trop souffert. C’est par cette porte que la Côte d’Ivoire doit sortir de cette crise, c’est-à-dire s’en aller parce que nous sommes gênants pour la Côte d’Ivoire. C’est une question de responsabilité et d’étique spirituelle. Tant qu’il y a cette situation floue, nous serons dans une situation conflictuelle.

Que proposez-vous donc?

Je demande à Alassane Ouattara d’accepter, au nom de l’Etat de Côte d’Ivoire, que ces responsables soient limogés. Nous avons vu au temps de Gbagbo. Quand on disait que Robert Beugré Mambé a fait gonfler la liste, Gbagbo a décidé de le faire partir. Au nom de la République. La Côte d’Ivoire n’appartient à personne. Et c’est ça qui est notre handicap aujourd’hui. Quand on est dans le fauteuil, on se dit que tout nous appartient. C’est faux. Donc je demande à Alassane Ouattara, s’il aime son pays, qu’il décide de ce que les Ivoiriens aiment. Reformer cette structure en faisant partir ses responsables qui sont même à la base de la crise que nous avons connue en Côte d’Ivoire.

Vous demandez le départ de Youssouf Bakayoko à quelques semaines de la révision de la liste, et des élections municipales et régionales. N’est-ce pas une demande caduque?

Techniquement c’est caduc, mais politiquement c’est possible. En politique, tout est possible. Il suffit qu’on y mette le cœur, pour apporter un changement. Si le gouvernement ordonne aujourd’hui que l’inscription sur la liste s’achève dans 3 ou 4 mois, et qu’entre-temps, on met le paquet pour faire partir Youssouf Bakayoko, tout peut être possible. On ne peut pas être lié à des individus. La Côte d’Ivoire est trop importante pour ça. Ils se disent que nous sommes dans un pays bien. Alors que la Côte d’Ivoire est le pays le plus mal gouverné, en tout cas, dans la sous-région.

Le chef de l’Etat, Alassane Ouattara a déclaré récemment que la nouvelle constitution lui permet de se présenter pour un troisième mandant. À entendre que le compteur est mis à zéro avec cette Constitution. Quel commentaire faites-vous par rapport à cette déclaration?

Vous savez, l’avènement d’Alassane Ouattara avait donné beaucoup d’espoir aux Ivoiriens. Mais, je le prends au mot. Le Rdr, c’est le vivre ensemble. Est-ce que le vivre-ensemble existe aujourd’hui? « Vous donnez votre bulletin au Fpi, vous avez voté pour la pauvreté et la misère », disait une des affiches de campagne du Rdr. Mais, de vous à moi, combien de familles mangent pleinement une fois par jour, aujourd’hui? Je dis bien, une fois. Nous sommes socialistes. Donc pour le peuple. Nous parlons avec le peuple et c’est ce peuple qui est dans la misère totale. Vous ne pouvez pas parler de bonne gouvernance, dans la mesure où le peuple ne mange pas, ne se soigne pas, ne se déplace pas.

N’exagérez-vous pas un peu trop ?

Je dis une fois encore, le régime Rdr a échoué. Je ne vois pas en quoi, on peut parler de bonne gouvernance. Je suis de retour de Kouto. Il y a un mois, je suis allé pour l’installation du président régional. Mais quand vous écoutez ce peuple qui avait placé son espoir à Alassane Ouattara, il ne veut rien entendre de lui. Moi, en 2008, je ne pouvais pas sortir la tête à Kouto, pour installer une section. Mais ce jour de la cérémonie, ce sont les vrais fils, les décideurs de Kouto qui sont sortis massivement pour nous applaudir. Cela veut dire quoi ? Que le Rdr n’a plus de place dans la tête des Ivoiriens, même au Nord.

Revenons à la question. Quelle est votre commentaire sur la déclaration du chef de l’État, par rapport à un 3ème mandat ?

Alassane Ouattara a demandé un mandat, il brigue un deuxième mandat. Il met une société hybride en place. C’est le cinéma que le Rdr a créé autour de nous. Ils viennent pour maintenir quelqu’un au pouvoir. Si Alassane Ouattara a demandé un premier mandat qu’on lui a donné, par la force des choses, il a obtenu un deuxième. Et il va inévitablement vers un troisième mandat. Il a décidé d’être candidat. Faites la lecture. Il dit: ”donnez-moi un mandat”. Il fait un deuxième et à la fin, il vient pour dire: ”j’ai l’autorisation”. Qui l’autorise? Il maintient le suspense. Tout président qui maintient le suspens est candidat. C’est clair. Ça ne nous coûte rien de dire qu’en 2020, il va être candidat. Certains de ses proches m’ont dit qu’il est en train de voir le mieux. Donc, s’il n’y a pas de mieux, il se présente. Donc pour lui, s’il n’est pas là, il y aura des troubles. Mais c’est ça le problème. Cela crée la psychose dans la tête des Ivoiriens, la peur. C’est dangereux. Nul n’est indispensable en Côte d’Ivoire et surtout sur cette terre. Il dit qu’il est candidat et peut-être, on va se déchirer après. En tout cas, moi j’en appelle à sa responsabilité. Les Ivoiriens ont besoin de leur pays. Nous n’avons plus besoin de faire de trouble. Que le pays soit désormais en paix.

Qu’auriez-vous souhaité qu’il dise ou fasse?

J’en appelle à son bon sens, à la responsabilité d’homme et de croyant. Qu’il se débarrasse de tout cela. Qu’il respecte lui-même sa parole. Et qu’il dise demain : ”je ne suis plus candidat”. Il ne faut pas maintenir le suspens. Dans la situation où nous nous retrouvons, il risque d’avoir des affrontements. Vous voyez, je suis voisin à Guikahué. Il y a quelques jours, les rumeurs faisaient état que la résidence de Guikahué allait être brulée. Du coup, je me lève, je vois près de 200 jeunes du Pdci devant sa porte. Je rencontre le président des jeunes qui m’explique ce qu’il se passe. Est-ce que le Rhdp est une hydre, un serpent à deux têtes? c’est une arnaque, une escroquerie morale des Ivoiriens.

Pourquoi une escroquerie morale?

Vous ne pouvez pas confondre Houphouët-Boigny à une histoire de paix, alors qu’il n’a pas fait la guerre. Ils prennent le nom d’Houphouët-Boigny pour leur business. Qu’ils enlèvent le nom du vieux, et qu’ils créent un autre parti. Nous sommes tous à l’origine, Pdci et fils d’Houphouët-Boigny. Il n’y pas de raison aujourd’hui, qu’un groupe se lève pour dire: ”nous ne sommes pas d’accord avec, il faut mettre une structure en place qui s’appelle Rhdp”. C’est une escroquerie morale. Que les Ivoiriens se ressaisissent. Il y a un recul total de la démocratie en Côte d’Ivoire, un recul total de l’économie, du social, dans tous les domaines. Vous ne pouvez pas soutenir une telle action. Allez-y à l’hôpital de Kouto, chez moi, il n’y a même pas une nivaquine. Les routes sont impraticables. Les gens se déplacent difficilement. Il y a l’insécurité. Et vous appelez cela la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny? Je dis Non!

Êtes-vous en train d’affirmer que tous les actes posés par le pouvoir sont négatifs ?

Vous voyez, l’économie est en train de prendre un véritable coup. Je suis architecte, demandez aux architectes et aux hommes d’affaires si le marché des affaires marche. Pas du tout. Tout est regroupé entre les mains d’un petit groupe de personnes. Mais je dis encore que ceux-là, ils vont rendre compte à l’histoire. Inévitablement. Parce qu’irréversiblement, le changement va arriver. Mais ça va arriver dans quel contexte? Nous ne saurons le dire, aujourd’hui.

Mais il y a beaucoup de travaux de développement qui ont été effectués par le régime en place, dont la construction d’un 3ème pont, de routes, d’infrastructures sanitaires et éducatives….

Moi, quand je rentrais au pays après mes études, il y avait des ponts, et les Ivoiriens vivaient paisiblement. Mais quand vous traversez le pont aujourd’hui, vous payez de l’argent. (…) Mais, de vous à moi, ce péage apporte quoi à la Côte d’Ivoire, économiquement, si ce n’est prendre le véhicule et traverser pour aller chez vous. Quand vous prenez l’autoroute du nord, il y a deux péages. Pendant ce temps, de Katiola jusqu’à Tengrela, la distance est impraticable. Pourtant, ce sont des routes nationales. Ce sont des priorités que les Ivoiriens demandent. Ce n’est pas le pont Hkb qui nous intéresse. Ils font en sorte que nous retournions toujours dans la misère, que nous ne puissions pas nous parler, que nous ne puissions dire quoi que ce soit sur leur gestion. Et là, ils sont tranquilles. On se connaît dans ce pays. On connaît le passé de chacun. On sait qui était haut cadre. On sait qui a construit ce pays. Je suis un exemple pour avoir construit au moins 800 logements.

Les élections municipales et régionales vont se tenir avant la fin de l’année. Le Cidp aura-t-il des candidats ?

Vous savez, le Cidp est une structure bien organisée. Le président ne peut pas se lever pour dire qu’on ne va pas à une élection. Il y a des consultations à faire. Mais, sachez qu’il y a des intentions de candidature. Nous respectons les intentions de nos militants. Nous allons les accompagner d’ailleurs, s’il y a des postulants. C’est un processus électoral. Si vous boycottez, cela veut dire que vous perdez beaucoup plus de points. Il faut aller aux élections pour dire la vérité à ce régime, pour dire que ce pouvoir doit démissionner. Ils doivent démissionner parce qu’ils ont échoué. Vous allez faire le tour du Nord, ce régime est plus que jamais contesté. Les Ivoiriens sont fatigués.

 

 

koaci.com

Comments

comments

What Next?

Related Articles

Leave a Reply

Submit Comment