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À Donetsk, sous les bombardements ukrainiens, l’heure n’est pas aux fêtes de fin d’année

Dans trois semaines, ce sont les fêtes de fin d’année en Russie comme en Ukraine, nouvelle année puis Noël orthodoxe le 7 janvier. Le porte-parole du Kremlin a prévenu mercredi 14 décembre : aucune trêve sur le terrain militaire n’est en discussion. « Aucune proposition n’a été formulée par qui que ce soit, ce sujet n’est pas à l’ordre du jour », a dit à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dimitri Peskov. Là où les affrontements se durcissent, comme dans la partie du Donbass annexée par la Russie en septembre, le climat est de toute façon, depuis cet été, et surtout cet automne, totalement plombé par ce conflit qui en est désormais dans son dixième mois.

Il n’y a guère qu’à l’intérieur de cette église à l’heure de la messe qu’on n’entend pas le roulement quasi perpétuel des bombardements au lointain. Mais même à l’approche de Noël, les habitants se font plus rares.

« Je ne saurais pas dire combien avec certitude, mais le nombre de paroissiens a considérablement diminué, confie le prêtre Sergueï, qui officie dans l’église toute proche de la DMZ, célèbre usine sidérurgique de cette ville du bassin minier du Donbass. C’est sans équivoque. Le problème le plus important aujourd’hui est la peur des gens de sortir. »

Jeudi 15 décembre entre 7h et 8h, 40 roquettes Grad ukrainiennes se sont abattues sur la ville, disent les autorités locales pour lesquelles ce sont les frappes « les plus massives » depuis 2014. Bilan provisoire jeudi : au moins un civil a été tué et neuf blessés.

À une des stations de bus centrales de la ville près du marché couvert plusieurs fois visé par des tirs (6 morts le 6 décembre selon les autorités locales) et aux rideaux métalliques baissés, les visages sont fermés et les regards souvent évitant. Galina, 59 ans, gilet orange de femme de ménage et bonnet gris sur la tête, raconte dans un flot de paroles mêlé de sanglots l’heure de bombardement du matin même : « Tout d’un coup tout s’est mis à trembler… Tout le monde était terrifié, des gens ont sauté des bus en marche et se sont précipités dans le bâtiment du poste de contrôle. Les bus roulaient à toute vitesse, d’autres gens couraient aux toilettes pour se cacher, d’autres où ils le pouvaient. »

Un quotidien de plus en plus difficile
Comme après chaque attaque contre la ville, des files d’attente se sont formées pour quitter le territoire de la région de Donetsk. Plusieurs kilomètres encore à la mi-journée au point de passage entre ce territoire sous loi martiale et la région de Rostov où volent parfois au-dessus des champs des hélicoptères à basse altitude. Le centre de la ville lui est très abîmé. Il n’est pas rare de passer devant des boutiques avec pour devanture un panneau en liège barré de ce message : « nous sommes toujours ouverts, nous travaillons ». Les ouvriers qui réparent n’arrivent pas toujours à suivre le rythme des bombardements ukrainiens.

Entre ceux qui ont fui et ceux qui combattent, il n’y a plus grand monde pour se réunir pour les fêtes de fin d’année qui approchent, et de toute façon, personne n’a vraiment la tête à ça.

« Comment vous dire… Je ne sais pas trop, dit une femme. J’aimerais me préparer mais je ne vais pas le faire. Parce qu’ici il y a un conflit, des gens meurent, alors célébrer Noël, je n’ai pas très envie. »

« L’année dernière à la même époque, nous étions en train de tout préparer mais cette année personne n’a le cœur à ça, raconte une autre. C’est très douloureux, très dur. Beaucoup de gens meurent. Les larmes me suffoquent. Je n’ai plus de force. »

Quand partout sur le territoire russe les décorations de fin d’année clignotent, à Donetsk, à peine quelques guirlandes dans les restaurants et un sapin dans les grands hôtels mais rien dans les rues. « De toute façon pour quoi faire ? Pour que ça parte en fumée après un bombardement ? », dit une habitante.

Prochaine rencontre entre Vladimir Poutine et les responsables de ces territoires annexés
Quasiment trois mois après les référendums d’annexion, le durcissement du conflit rend le quotidien des habitants qui vivent dans ces territoires de plus en plus difficile. Mais ils sont nombreux à attendre encore des résultats concrets.

En septembre dernier, Galina a voté oui pour faire partie de la Russie, espérant la protection et une vie meilleure. « On espérait que nos salaires seraient largement augmentés mais ça n’a pas été le cas, même si ce mois –ci enfin une petite hausse est arrivée. Mais on fait comment pour payer le loyer, la lumière, le charbon pour se chauffer qui n’a jamais été aussi cher ? Aujourd’hui, je n’espère plus rien. Juste réussir à survivre. »

Économie, sécurité, ces sujets seront notamment au menu de la première rencontre de travail entre Vladimir Poutine et les responsables de ces territoires annexés mardi 20 décembre à Moscou. En attendant, depuis cet automne à Donetsk sur les chaînes Telegram de voisins, on s’échange des conseils sur le parking couvert où reste de la place pour protéger sa voiture des tirs, ou sur les abris anti-bombardements les plus proches de son lieu de travail.

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