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Abidjan : Dans le torrent de messages consécutif à la mort de Sangaré, figure emblématique du Fpi, un texte a forcément retenu l’attention de Gbagbo.

Dans le torrent de messages consécutif à la mort d’Abou Drahamane Sangaré, figure emblématique du Front populaire ivoirien (Fpi), un texte a forcément retenu l’attention : celui de l’ex-président Laurent Gbagbo, détenu à la Cour pénale internationale.

Le prédécesseur d’Alassane Ouattara, dans un message transmis aux rédactions, dimanche 4 novembre 2018, via son porte-parole, Justin Koné Katinan, en exil au Ghana, réagit à la mort de son grand ami et camarade de parti.

Plus qu’un simple message de condoléances, Laurent Gbagbo se soumet à une véritable oraison funèbre. De leur première rencontre, en 1971, à la prison de Séguéla, à leur séparation physique, le 11 avril 2011, à Abidjan-Cocody, en passant par les évènements de 1992, le détenu de Scheveningen parle du défunt comme de son autre moi. « Que de combats n’avons-nous pas menés ensemble, que de misère n’avons-nous pas partagée ensemble ; que de souffrances n’avons-nous pas connues ensemble; mais aussi, que de rêves n’avons-nous pas caressés et de joies ne sommes-nous pas communiquées mutuellement ?», consigne Laurent Gbagbo. « (…) Mon cher Sang, repose en paix. Que ton âme ne soit point troublée. Tu as mené le bon combat. Tu as parcouru le chemin sans répits. Tu as droit au repos que méritent tous les combattants des causes justes », écrit-il encore. On sent, à la lecture des lignes successives, toute l’émotion qui étreint son rédacteur. L’ex-chef d’État fait cette promesse à son ami : « …au nom de notre engagement commun, jamais je n’abandonnerai. Je reste à la tâche, même privé de liberté. Je tiendrai jusqu’au bout. Je te le dois ».

Polémique. De sa cellule, à la Cour pénale internationale, Laurent Gbagbo a, en sept ans, rarement signé, en personne, des messages de condoléances. Rarement, ou presque jamais, le fondateur du Front populaire ivoirien ne s’est prêté directement à un tel exercice. C’est ici toute la problématique : d’autres barons du parti socialiste, avant Abou Drahamane Sangaré, sont passés de vie à trépas. On a le souvenir de Justin Miaka Ouretto, Jean-Baptiste Gomon Diagou, Firmin Kouakou…ou, plus récemment, Raymond Abouo N’dori et Marcel Gossio. Ces disparus n’ont pas eu droit à un éloge funèbre public. Était-ce parce qu’ils ne s’appelaient pas « Abou Drahamane Sangaré » ? Parce qu’ils n’ont pas eu le même vécu avec Laurent Gbagbo que l’ex-Inspecteur général d’État ? Un ancien député, membre de la frange gbagboïste du Fpi, regrette une « fausse polémique » et assure que l’ex-chef d’État a été « parfaitement sensible » au décès de « tous les camarades ».

Pourquoi alors une oraison funèbre pour le seul Abou Drahamane Sangaré ? « S’il a brisé le silence, c’est en raison des liens particuliers qu’il avait avec le camarade, en raison de leur longue histoire. C’est aussi par rapport à ce que le président Sangaré représentait pour le parti. Souvenez-vous qu’on l’appelait le « gardien du temple ». Et puis, c’était lui qui assurait l’intérim du président du Fpi », s’explique le cadre gbagboïste. « J’invite ceux qui veulent s’essayer à la polémique à relire le message du président (Laurent Gbagbo) en hommage à Sangaré », ajoute la source. Selon cette dernière, personne ne peut prétendre que l’ex-chef d’État n’a pas réagi aux décès ayant précédé celui d’Abou Drahamane Sangaré. « Il passe, à longueur de journées, des messages à ses proches. Il compatit à toutes les douleurs même si elles ne sont pas démonstratives comme certains le souhaiteraient », glisse le militant gbagboïste.

Deux poids, deux mesures ?

L’hommage public de Laurent Gbagbo à son grand ami a heurté quelques-uns au sein du parti socialiste, principalement dans le camp de Pascal Affi N’guessan. Non pas qu’ils soient opposés à l’élan de compassion à l’endroit du défunt. En fait, ils se souviennent de la mort, quelques jours avant Abou Drahamane Sangaré, de Marcel Gossio, qui appartenait à la tendance affiiste. Ils se souviennent, surtout, que l’ex-directeur général du Port autonome d’Abidjan n’a pas bénéficié de la part du camarade Laurent Gbagbo, d’un message public de condoléances, fût-il par personne interposée. « C’est un constat que nous faisons et que tous les observateurs, avec nous, peuvent faire. Ce n’est pas un commentaire. Il y a le vice-président Gossio qui est décédé. Avant lui, Abouo N’dori. On n’a pas senti cette ferveur de la part de nos camarades de l’autre côté », se désole un proche de Pascal Affi N’guessan. « Est-ce parce que nous ne sommes pas avec nos amis de la fronde que les choses se passent ainsi ? C’est une question que nous nous posons », dit le proche du député de Bongouanou-sous préfecture. Dans son hommage à Abou Drahamane Sangaré, Laurent Gbagbo écrit cette phrase qui n’est ni plus ni moins qu’un désaveu à la branche affiiste : « En 2014, il a fallu encore toi, pour remettre les choses à l’endroit afin que notre famille politique ne perde pas son âme. Tu es resté l’homme des missions difficiles et ingrates pour notre parti ».

S’il n’est pas blâmable, le message de Laurent Gbagbo à son fidèle compagnon n’a probablement pas servi la cause de la cohésion au Fpi. L’idée qu’il y a un deux poids, deux mesures sortira difficilement de certains esprits.

Kisselminan COULIBALY

 

aminata24

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