10202017Headline:

Abidjan: Ouattara reconnaît la laideur des coups d’Etat contre Bédié et Gbagbo en référence aux troubles récents

On ne peut mieux parler d’une chose que lorsqu’on l’a vécue, que lorsqu’on en a fait l’expérience. Et précisément d’un coup d’Etat que lorsqu’on en a fait les frais. C’est ce qui se passe en ce moment en Côte d’Ivoire avec le président Alassane Ouattara.

Après avoir qualifié le coup d’Etat de 1999 contre Henri Konan Bédié de « Révolution des œillets », pour Alassane Ouattara, et « un coup de pouce à la démocratie » pour Laurent Gbagbo, parce qu’ils voyaient l’occasion pour eux de devenir président, ces deux ex-leaders de l’opposition ivoirienne l’ont appris à leurs dépens. Ils ont compris qu’une tentative de renversement ou le renversement d’un pouvoir n’est rien d’autre qu’un coup d’Etat, contrairement à ce qu’ils ont affirmé au sujet du renversement de Bédié. Le dictionnaire La Toupie nous aide à le comprendre.  Selon ce dictionnaire :

« Un coup d’Etat est la prise du pouvoir dans un Etat par une minorité grâce à des moyens non constitutionnels, imposée par surprise et utilisant la force. Les auteurs d’un coup d’État, ou putschistes, s’appuient en général sur tout ou partie de l’armée et bénéficient du soutien d’au moins une partie de la classe politique et de la société civile. Le coup d’Etat, qui est réalisé par un petit groupe, se distingue de la révolution qui a un caractère populaire et massif.

Trois ans la chute de Bédié, Laurent Gbagbo l’a beaucoup compris lorsqu’il fut frappé à son tour par « un coup de pouce à la démocratie », que dis-je, un d’Etat manqué mué en rébellion durant 8 ans, au cours duquel il a perdu ses proches. Et aujourd’hui encore, il en subit les conséquences dans la prison de Scheveningen où il croupit depuis bientôt six ans.

Alassane Ouattara n’a pas connu de coup d’Etat. On ne le lui pas. Mais il a connu les symptômes d’un coup d’Etat, au moment où son pouvoir était le plus doux. Près de dix-huit après la célébration du coup d’Etat contre Bédié, et près de quinze après la jubilation face au putsch manqué contre Laurent Gbagbo, il comprend que les bruits de botte ne sont pas forcément une révolution des œillets. Cette vérité, nos leaders très ‘’intellectuels’’ qu’ils sont, le savent très bien. Ce serait une injure de dire qu’ils ignorent la définition d’un coup d’Etat.

Et pourtant….

Au pouvoir depuis 2011, en dehors des soubresauts collatéraux de la crise post-électorale avec le fameux « match retour » dont parlaient les vaincus, le président Ouattara a réellement fait face à des bruits de  botte en début d’année 2017. Si cela avait été l’œuvre des Ex-forces de défense, (Fds), on aurait parlé d’une tentative de coup d’Etat. Mais ces bruits sont plutôt venus de ses propres « enfants » qui l’ont aidé à s’installer au pouvoir, en combattant Laurent Gbagbo.

Et comme, nous le disions plus haut, on ne comprend la douleur d’un mal, de la perte d’un être cher, de la perte d’un pouvoir que lorsqu’on l’a vécue. Le président Ouattara ne nous dit pas le contraire, à en croire son message à la nation, dimanche 6 août, à la veille du 57eanniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

« Mes chers compatriotes, Chers amis de la Côte d’Ivoire, …. Notre pays a connu un premier semestre particulièrement difficile ; j’ai personnellement vécu les événements de ces derniers mois avec beaucoup de peine, autant que vous les avez traversés avec inquiétudes et incompréhensions. Ce d’autant plus que l’histoire récente de notre pays, en particulier les crises successives de 1999 à 2011, nous ont montré que la paix et la stabilité peuvent être mises à mal par des comportements anti-démocratiques et violents, dont nous connaissons malheureusement les conséquences », a déploré le chef de l’Etat. Une dénonciation tacite des coups d’Etat qu’ont subi ces prédécesseurs.

Ces évènements que dénonce le président Ouattara, certains Ivoiriens l’ont regardé avec indifférence. Pire, ils ont même souhaité qu’ils mettent fin au règne du RDR. En 1999, tout a commencé par la réclamation d’une prime. Et le chef de l’Etat actuel l’a qualifié de « révolution des œillets ». Mais le temps a passé, Ouattara est maintenant au pouvoir. Il ne peut pas parler de révolution des œillets quand des mutins paralysent le pays et bafouent son autorité.

Le point positif dans ces fâcheux comportements des mutins, c’est que le chef de l’Etat a compris comment pouvait se sentir Bédié quand il fut chassé, obligé de prendre le chemin de l’exil, pendant que lui et Laurent Gbagbo jubilaient. Il comprend comment Laurent Gbagbo pouvait se sentir quand son pouvoir fut frappé par des rebelles, et qu’il eut à gérer pendant huit ans une rébellion que Bédié et lui ont soutenue.

Finalement, on pourrait dire que chacun des trois légendaires prétendants à la succession d’Houphouët a goûté au plaisir du pouvoir, et chacun a connu la souffrance qu’engendrent des bruits de botte contre un pouvoir. Et, comme les autres, menacé, Ouattara embouche la trompette de l’apaisement. « Certes, la vie d’une Nation n’est pas un long fleuve tranquille, mais nous devons tous, collectivement, oeuvrer à éviter de nouvelles convulsions à notre beau pays… », dit-il dans son adresse à la nation.

A regarder ces ‘’intellectuels’’, l’on se demande s’ils n’ont jamais entendu dire que « celui qui n’a pas traversé l’autre rive, ne doit pas se moquer de celui qui se noie ». Encore qu’Alpha Blondy l’a chanté. Je me demande s’ils n’ont entendu l’imam, le prêtre ou le pasteur dire « que le mal se paye sur terre ». Surtout cette parole du Christ qui me fascine tant. « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes»

Le seul dommage est que, bien qu’ils le savent, ces ‘’intellectuels’’ se laissent abrutir par la politique politicienne, par leur soif du pouvoir, leur égo et refusent volontairement d’adopter la posture juste.

Une génération s’en va mais…

Alors que cette génération est en train de passer, leurs filleuls de la jeune génération sont en train de leur emboiter le pas. En perspective de l’alternance 2020, que ne voyons-nous pas ? De la violence verbale à la violence armée, tout passe. L’on a l’impression que toutes ces années de crise ne leur ont rien enseigné, contrairement à ce qu’ils prétendent.

Parce qu’il envisage de se présenter à la présidentielle de 2020, Soro Guillaume est devenu « monsieur réconciliation nationale ». Il comprend la nécessité et l’importance de la réconciliation nationale, d’un pays unifié. Il reconnaît qu’il a fait du tort à ses aînés, Bédié, Ouattara et Gbagbo. On se croirait dans un cirque. Entre temps, plusieurs ivoiriens ont perdu leurs emplois, leurs biens, sont devenus pauvres, misérables. Certains ont vu des parents tués, leurs familles disloquées. Tandis que lui est devenu milliardaire et vit le bonheur avec ses enfants qui ne manquent de rien, là où à la rentrée prochaine, certains enfants de ses victimes se demandent comment ils l’aborderont.

Hypocrisie ou réel engagement

Il y a à peine deux ans, en 2015, Guillaume célébrait avec joie sa rébellion en écrivant : « Un certain 19 septembre 2002, de Jeunes Ivoiriens, au prix de leurs vies, se sont levés pour dire NON, à cette autre bêtise humaine ». Ma critique contre cette célébration que je jugeais anti-rassembleur m’a valu d’être bloqué sur la page Twitter du président de l’Assemblée nationale. (sic)

Avant, en 2013, il écrivait cet autre message : « Aujourd’hui la Côte d’Ivoire a repris son souffle. L’économie retrouve des couleurs. La vie politique continue son cours. Les Ivoiriens se parlent à nouveau. Bientôt ils seront réconciliés. La Côte d’Ivoire reprend sa place dans le concert des nations. Mais que personne n’oublie: il y eut un certain 19 Septembre 2002. Que de sacrifices consentis pour cette cause, dont nous porterons encore longtemps les stigmates bien visibles sur nos corps et enfouis dans nos âmes! ».

Aujourd’hui, vomi par ses alliés, il se rabat sur ses ennemis d’hier, les auteurs de « la bêtise humaine ». Après tout, ne dansent-ils tous pas au son de Machaviel avec pour refrain « la fin justifie les moyens ».

Que peuvent-ils faire de la sagesse qu’enseigne le roi Salomon dans ses proverbes. Les reproches à leurs yeux des offenses. Et pourtant dixit le sage Salomon : « Donne au sage, et il deviendra plus sage; Instruis le juste, et il augmentera son savoir. Ne reprends pas le moqueur, de crainte qu’il ne te haïsse; Reprends le sage, et il t’aimera. »

Les plus malheureux sont les suiveurs aveugles, qui se laissent aujourd’hui encore conduire tels des moutons de panurge. Ils ont oublié le sacrifice inutile de ceux qui ont donné leur poitrine pour rien. Tout en stagnant dans leur division, dans leur raison, ou se délectant du pardon, sans repentance, ils espèrent une Côte d’Ivoire unie, paisible et prospère. J’ai donc crainte que la boucle fermée par le dernier des trois ‘’générationnaires’’  s’ouvre à nouveau…

Ivoirematin

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