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Abidjan-Plateau: On pisse dans la rue comme on peut

Uriner dans la rue

Se soulager d’un besoin pressant dans les rues d’Abidjan n’est pas chose facile. Si dans certaines communes, les toilettes publiques pullulent à chaque coin de rue, dans d’autres elles sont quasiment inexistantes. Une situation qui pousse les populations à adopter des comportements qui choquent parfois la pudeur.

C’est dans la commune du Plateau que le manque de toilettes cause plus de désagréments aux visiteurs. Dans ce prestigieux centre des affaires, fleuron du miracle ivoirien, on peut parcourir une centaines de mètres à la ronde sans rencontrer la moindre toilette publique.

Et même quand il en existe, elles sont pour la plupart défectueuses, mal entretenues ou simplement transformées en entrepôt ou en squat (habitation occupée illégalement) par des individus commis à la surveillance des espaces verts. La plupart des citoyens rencontrés dans le cadre de nos investigations ne cachent pas leur désarroi.

« Ici au Plateau, il y a du monde partout. Aucun endroit n’est vide. Quand je dois uriner, j’essaie de le faire discrètement sans que personne ne me voit. Et c’est ce qui est difficile. Ce n’est pas bien d’uriner en plein air dans une commune aussi prestigieuse. Mais on n’a pas le choix, puisqu’il n y a pas de toilettes publiques », nous confie Jean Marc, un jeune gérant de cabine téléphonique.

Tout comme notre interlocuteur, pour échapper aux regards indiscrets, certaines personnes n’hésitent pas à se dissimuler derrière un tronc d’arbre ou des véhicules en stationnement pour se soulager. Dans les environs du musée et de la bibliothèque nationale, il n’est pas rare de voir des passants et des automobilistes s’adonner à ce genre d’exercice.

Idem pour le somptueux immeuble ‘’La Pyramide’’ devenu l’ombre de lui-même. Cet endroit a été transformé en véritable toilette publique. On y découvre des flots d’urine qui dégoulinent des escaliers. On ne peut faire de pas sans risquer de piétiner des matières fécales.

« Les gens se plaignent que Abidjan est sale. Mais s’il n y a pas de toilettes, nous on ne peut que se débrouiller comme on peut (Ndlr : satisfaire nos besoins dans la nature) », s’insurge Abdoul, un chauffeur de taxi qui auparavant se soulageait en bordure de lagune. Mais depuis que ces zones ont été aménagées, elles font l’objet d’une surveillance ardue.

Désormais, Abdoul et ses amis ont changé de stratégie. A défaut de trouver un coin propice pour uriner, ils ont recours aux sachets ou aux bouteilles plastiques. Et une fois le besoin soulagé, ils n’ont aucun état d’âme à balancer l’objet sur le trottoir. Des gestes anodins, qui pourtant contribuent à l’insalubrité.

Si pour les hommes, il paraît plus facile de se soulager en plein Plateau et filer incognito, ce n’est pas le cas chez les femmes qui rencontrent beaucoup plus de difficultés.

« Quand je suis de passage au Plateau et que j’ai besoin pressant, je fonce immédiatement dans l’un des bureaux situés dans la plupart des immeubles. Je demande à aller aux toilettes et c’est de cette manière que j’arrive à satisfaire mes besoins », explique dame Hélène Akpess.

Si les toilettes des immeubles font l’affaire pour certaines, d’autres comme Mme Mireille Doukouré, par contre se tournent vers les restaurants ou maquis.

« Au Plateau il y a beaucoup de restaurants. Si j’ai envie de me soulager, je vais dans un restaurant pour demander les toilettes. Si le personnel accepte j’en profite. »

Une chose qui n’est pas toujours évidente puisque le plus souvent les propriétaires des lieux s’y opposent.

« Chaque jour, des femmes viennent solliciter nos toilettes. C’est gênant. Mais quand on voit qu’elles sont vraiment dans le besoin, on les laisse accéder aux locaux. Sinon en temps normal, c’est interdit », affirme Fatou, une serveuse à qui sa patronne aurait formellement interdit ce genre de service à des personnes autres que ses clients.

Certaines indiscrétions font état de ce que des vigiles prêtent quelques fois leurs locaux aux passants en difficulté moyennant quelques pièces d’argent. En effet, ces habitués des lieux qui travaillent 24H/24, ont souvent à leur disposition, des locaux équipés de salle de bains et de WC.

Le manque criard de toilettes publiques cause de nombreux désagréments aux populations qui souvent ne savent pas à quels saints se vouer. Il serait impérieux d’en installer des plus modernes et accessibles à tous afin de mettre fin à ces spectacles dégradants qui s’offrent souvent à nos yeux en plein centre des affaires.

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