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Accusés de «braquage de la BCEAO», Aké N’Gbo et Désiré Dallo crachent leur vérités crues au régime”Que votre décision soit en accord avec votre âme”

L’ex-Premier ministre du dernier gouvernement de Laurent Gbagbo, Gilbert Aké N’Gbo, son ex-ministre de l’Economie et des Finances, Désiré Dallo et des huissiers de justice ont comparu ce mardi 26 décembre 2017 dans l’affaire du «braquage» de l’Agence nationale de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) commis pendant la crise postélectorale, dont ils sont accusés.

Laurent Gbagbo et Katinan Koné sont aussi poursuivis pour ces mêmes accusations. Après plusieurs de plaidoiries des avocats de la défense, le juge, Méité Sombé a renvoyé le verdict pour le jeudi 18 janvier 2018 à 15heures au tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau. Mais que de péripéties pour en arriver là. Une journée d’audience qui aura tenu toutes ses promesses surtout avec les déclarations des principaux accusés. En effet au terme de plus de quatre heures d’audience, la parole est donnée aux prévenus. Quand Aké N’Gbo prend la parole, c’est avec une gorge nouée qu’il s’adresse à la Cour.» Qu’ai-je fait pour être devant ici?», interroge l’ex-premier ministre de Laurent Gbagbo. Il fixe le juge tout droit, remercie ses avocats et poursuit sur un ton qui jette un froid dans la salle. «Pour avoir servi les Ivoiriens, j’ai été accusé de tous les mots et les maux. Au-delà des maux, j’ai été accusé de tous les crimes, allant jusqu’à l’atteinte de la sécurité de l’Etat, insurrection, à la rébellion. Je suis passé devant les Assises au final, rien de tout çà. Je n’ai pas usurpé mes fonctions, je n’ai jamais tenté de renverser un gouvernement», déclare Aké N’Gbo.

Aké N’Gbo: «J’ai exercé mes fonctions de premier ministre en toute légalité» Ajoutant qu’il a été un premier ministre en toute légalité.» J’ai exercé mes fonctions de premier ministre en toute légalité. On est en Côte d’ivoire, on se connait, on connaît comment tout se passe, les casses aussi. Je suis professeur d’économie, je n’ai jamais eu l’intention de casser la Bceao. Je suis moi-même une grosse victime de la crise post-électorale. Je n’ai plus rien» relate avec émotion l’ex-premier ministre. Pour qui « il a toujours exercé sa profession dans les règles de l’art». «Je crois avoir exercé, Monsieur le président, mes fonctions en toute légalité, dans l’intérêt de mon pays», fait-il remarquer à la Cour. Avant de céder le prétoire à Désiré Dallo. L’ex-ministre de l’Economie sera plus prolixe que son prédécesseur.

Désiré Dallo: «J’ai permis à l’Etat de fonctionner… Si c’est à refaire, je le referai»
Non sans prendre rappeler l’histoire. «Du 6 décembre 2010 au 30 mars 2011, j’ai agi dans la légalité. J’ai servi mon pays, la Côte d’Ivoire pour que l’Etat fonctionne», relate le prévenu, et d’indiquer que «si, c’est à refaire (poser l’acte qui a consisté au paiement des fonctionnaires) je le referai». Puis comme Aké N’Gbo, l’ex-ministre de l’Economie souligne qu’il est lui-même une victime de la crise. Ce d’autant que «Chez moi, tout a été détruit par les hommes en armes. Après le 30 mars, c’était le chaos qui a été installé ici (en Côte d’Ivoire). La Bceao n’a rien perdu. En Côte d’Ivoire on se connait, l’Etat a fonctionné normalement, au niveau de l’ordonnancement des exécutions publiques. Tout est là», tranche-il.

Plus incisif, Désiré Dallo ajoute: «Je n’ai rien détruit, ni volé, Monsieur le président. J’ai permis à l’Etat de fonctionner». Avant de conclure par une interpellation du juge et ses assesseurs. «Vous êtes face à votre destin. Votre décision peut détruire la vie d’une famille ou permettre à des familles de renaître. Que votre décision soit en accord avec votre âme», termine l’ex-ministre de l’Economie. S’ensuivront les autres accusés qui, à tour de rôle, plaideront pour leur relaxe. Quand le juge reprend la parole, c’est pour annoncer que le verdict ne sera pas connu ce mardi. Il est attendu pour le 18 janvier 2018. La soirée tombe sur le palais de justice. Dans l’attente de verdict, les avocats de la Défense ont fait exploser la salle.

Les avocats: «Traiter Aké N’Gbo de voleur, c’est une insulte à l’intelligence ivoirienne »
De Maître Blé à Me Kacou en passant par Maîtres Bobré, Dirabou Mathurin, Dogbo Pierre, le message est le même «On ne peut pas dire que le pouvoir Laurent Gbagbo en cette période est illégal. Les décrets qu’il a pris pour réquisitionner les banques sont légaux. On ne peut par conséquent reprocher aux prévenus d’avoir agi dans l’illégalité», lâche Me Blédé. Indiquant que «C’est Laurent Gbagbo qui était le président de la République en cette période, conformément aux décisions du conseil constitutionnel». «Les nominations auxquelles Laurent Gbagbo a procédées résultent du droit constitutionnel», renchérit Me Bobré Félix. Qui, dans une longue plaidoirie va démontrer que les prévenus sont innocents, exempts de tout reproche. Mieux «les décrets étaient légaux. Ils ont été pris en toute légalité», persiste et signe l’avocat.

Visiblement remonté, l’avocat de la Défense conclut que «le fait délictueux principal n’existe pas. Aucun document émanant de la Bceao, ni aucune autorité n’indiquent que Koné Katina a soustrait un fonds à la Banque. Par conséquent, ces clients n’ont commis aucun crime économique». «Ce que Aké N’Gbo sait, c’est le maniement des concepts. Il fait partie des immortels de la Côte d’ivoire, il est donc impensable qu’il se rabaisse à de tels niveaux», dira-t-il de l’ex-premier ministre. Quant à Désiré Dallo, Me Bobré dira de lui «qu’il a ressuscité le port qui était mort et enterré». Alors pourquoi accuser cette intelligence de vol? «L’histoire va révéler les dessous cachés de cette affaire» conclut l’homme de Droit.

Pour les avocats de la défense, «dire que Aké N’Gbo est un voleur, c’est le procès à toute l’intelligence ivoirienne. Son procès, c’est notre procès. Evitons la passion du pouvoir, il ne faut pas que le tribunal soit un lieu de dé-légitimation d’un pouvoir», assène Me Dogbo Pierre. Qui indique la nationalisation des banques n’est pas un fait nouveau, sous les cieux. «Le pouvoir c’est la passion la démagogie, la dé-légitimation de son prédécesseur», ajoute-il. A la cour, l’avocat dit ceci «Montrons à la face du monde que nous sommes un grand peuple, qu’il existe des juristes de qualité…» Pour Me Dirabou, les choses sont simples: «On reproche à mes clients le manque de la manifestation de la vérité. Nous ne sommes pas sous un arbre à palabre». C’est pourquoi Me Dogbo Pierre a attiré l’attention du juge sur l’absence à la barre de certains accusés. Notamment, «les fonctionnaires qui ont perçu leur salaire cette période-là, le président du tribunal, les forces de l’ordre et même le juge Méité et le procureur de la République ».

Toussaint N’Gotta

Source: letempsinfos.com

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