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Affaire Malick Fall: Me Cheick Diop, avocat de la famille Fall, explique tout: « Nous sommes choqués de voir le silence de nos autorités »

magistrat

Dans la nuit du 24 au 25 décembre 2014, un magistrat ivoirien a tiré et tué Malick Fall. Que s’est-il réellement passé ? Où en est le dossier ? Pour en savoir davantage, nous avons rencontré l’avocat de la famille. Dans cet entretien, Me Cheick Diop explique l’affaire en détails.

L’actualité récente est liée à l’affaire concernant le magistrat qui a tué Malick Fall avec son arme à feu. En tant qu’avocat de la famille, que savez-vous de cette affaire ?

Si vous voulez, j’aimerais bien présenter le jeune qui a été tué, parce qu’il se rapporte beaucoup de choses. Ce jeune a pour père feu Abdoulaye Fall, ex-directeur d’agence de la Bnda jusqu’à son décès en 2009. Sa mère se nomme Marie Marcelle Claude Gnagne. Elle travaillait à la Sodeci et n’avait qu’un seul enfant, et c’est celui qui a été tué. Voilà sommairement présenté le jeune qui a trouvé la mort dans la nuit du 24 au 25 décembre 2014. Donc, contrairement à ce qui se raconte, Malick Fall n’est pas un jeune qui arpente les ruelles des quartiers. Il avait 32 ans. Après sa classe de Terminale, il est allé se spécialiser en Qualité de produits et services au Maroc. Après trois années d’études, il est rentré pour pouvoir mettre son expertise à la disposition de son pays.

Quelles étaient les fréquentations de Malick Fall ?

Comme tout jeune, il a pour fréquentation ses amis de quartier et de l’école, principalement du lycée technique. Et c’est un jeune excessivement social. Il suffisait de le constater à la veillée organisée le samedi dernier, le nombre de jeunes qui a effectué le déplacement. À cette veillée, il y avait plus de 400 sièges, mais il n’y avait pas de place.

Quelle est la nature des relations qui liait le jeune tué au magistrat?

Est-ce que je devrais parler de magistrat, parce qu’au moment des faits, personne ne savait qui était cet homme. Mais, en réalité, ce jeune ne connaissait pas le monsieur qui a tiré. Malick Fall est allé rejoindre ses amis. Ce jeune qui revenait d’un dîner chez une amie à la Riviera-Sideci. Il a été invité par ses amis, dans une espèce de maquis qu’ils ont dénommé la cave. C’est un petit local qui a été fermé pendant longtemps et qui venait d’ouvrir le 23 décembre 2014. C’est à peine cinq minutes de marche de chez lui.

Alors, qu’est-ce qui n’a pas marché?
C’est la question que tout le monde se pose. Lorsque Malick Fall est arrivé sur les lieux, il y avait une dispute qui avait éclaté entre deux jeunes du quartier. Un jeune homme qui était à la cave s’est levé pour s’acheter de la cigarette. A son retour, il aperçoit un garçon et une gamine en dispute. Il s’en est mêlé. Mais, il constate après que ce sont des parents. Il engueule un peu le jeune et reprend sa route. Le jeune homme le suit jusqu’à la cave, pour lui faire des histoires. Mais, le propriétaire de la cave prend le jeune et le fait sortir. Ce jeune croise plus tard son oncle accompagné d’un monsieur qui s’est avéré être son garde du corps. Tous trois reviennent sur les lieux, stationnent en plein milieu de la chaussée, descendent tout en laissant les portières de la voiture ouvertes et apostrophent le premier jeune qu’ils voient. Le jeune tente de lui expliquer ce qui s’est passé. Le monsieur, l’oncle, estime qu’il n’est pas arrivé pour des explications et qu’il voudrait voir celui qui menace son parent. C’est ainsi qu’il a demandé à son parent d’aller sous le hangar, lui montrer celui qui l’a menacé. Lorsque le propriétaire de la cave l’a aperçu au milieu du hangar, il l’a empoigné et en voulant le faire sortir, il reçoit un coup de la part du garde du corps du magistrat. Et naturellement, une petite bagarre survient. Plus tard, les esprits s’étant calmés, les jeunes ont repris place. Mais, le monsieur abandonne sa voiture et dit : ”Vous allez voir, je reviens”. Les jeunes ont été surpris d’entendre une détonation, des plombs qui tombaient sur les tôles de la cave. Donc, c’était la débandade. Ils s’aperçoivent que c’est le monsieur de tout à l’heure qui tire. Les jeunes se proposaient d’aller le voir pour le calmer et même lui présenter des excuses. Et c’est en discutant, en le suppliant même de ne pas faire usage de cette arme pour une petite querelle ce jour, que le monsieur porte le bout de l’arme sur le ventre de Malick Fall et tire.

Vous disiez qu’il était accompagné de son garde du corps?

Non seulement de son garde de corps, mais dans les minutes qui ont suivi, les forces de l’ordre sont arrivées. Les jeunes se sont approchés des forces de l’ordre après la première détonation pour leur demander d’aller désarmer le monsieur. Mais, ces agents de police leur ont rétorqué qu’ils ne peuvent pas l’arrêter parce que c’était leur patron. Et jusque-là, les jeunes ne savaient pas de qui il s’agissait. Lorsqu’il a appuyé sur la gâchette, le jeune Malick Fall est tombé. Le tireur est resté à côté de Malick et a interdit à ses amis de venir le secourir parce qu’il est magistrat et parce qu’il est le neveu du président de la République. C’est comme cela que les jeunes ont appris qui était exactement ce monsieur qui a tiré.

Comment expliquez-vous la réaction des forces de l’ordre qui étaient présentes au moment des faits?

Comment est-ce que j’analyse leur réaction? La suite de la procédure situera les responsabilités des uns et des autres. Mais, nous trouvons inadmissible qu’en tant que forces de l’ordre, en tant que chargées de la sécurité des biens et des personnes, elles ne réagissent pas parce que c’est leur patron.

Où se trouve présentement le magistrat en question?

Je ne sais pas. C’est seulement les autorités judiciaires qui peuvent le dire.

On suppose qu’il a eu une autopsie du corps…

Il y a bel et bien eu une autopsie générale.

Que révèlent les résultats?

Est-ce que je suis autorisé à dire les résultats de l’autopsie ? Je laisse le soin à ceux qui ont demandé de faire l’autopsie de révéler ce que l’autopsie a démontré.

A quel niveau se trouve aujourd’hui le dossier?

Le dossier est tout simplement en préparation. Nous suivons et nous espérons que les uns et les autres répondront de leurs faits. Il me semble que c’est Montesquieu qui nous livrait la recette et qui disait: «Qu’on examine la cause de tous les relâchements, on verra qu’elle vient de l’impunité des crimes».

Quelle doit être la procédure, quand on sait qu’on a affaire à un magistrat?

Elle est particulière puisqu’il n’est pas seulement un magistrat. C’est un magistrat de la Cour d’appel, plus encore, il est au Parquet général. Donc, il y a sa robe à respecter et le respect de sa robe amène au suivi d’une procédure particulière.

Voulez-vous dire qu’il n’a pas encore été arrêté?

Non, ce n’est pas ce que je veux dire. Je veux dire que la procédure pour arrêter un magistrat n’est pas exceptionnelle. Mais, les autorités n’ont pas communiqué là- dessus. Peut-être qu’il est arrêté ou qu’il n’est pas arrêté, je n’en sais rien. Ce que nous disons, c’est que, pour éviter la vengeance, il faut la justice.

En tant qu’avocat de la famille, quelles actions avez-vous engagées?

Nous déposons plainte. Nous nous sommes donné, pour respecter la mémoire de Malick Fall, de ne rien faire avant qu’on ne l’enterre. Il sera inhumé le samedi 17 janvier(Ndrl : l’entretien a eu lieu le mardi 12 janvier 2015) et je pense que les jours qui vont suivre, les autorités recevront nos différentes actions. Naturellement, nous avons des griefs juridiques contre les forces de l’ordre, la police judiciaire était sur les lieux, le Ccdo était sur les lieux. Nous avons des griefs contre cet accompagnateur qui s’est révélé être son garde du corps. Donc, c’est un agent des forces de l’ordre qualifié pour désarmer celui qu’il est chargé de protéger éventuellement. En dehors des griefs juridiques, nous avons des griefs basés sur l’humanisme ou sur la bonne gouvernance. Nous sommes choqués, attristés, nous sommes désemparés de voir le silence de nos autorités. Ni le gouvernement, ni les forces politiques n’ont exprimé de désapprobation face à ce drame, à ce carnage, à cette boucherie.

Le dossier ne parait-il pas assez complexe à gérer ?

Non, ce ne sera pas un dossier ordinaire par respect pour la robe que nous portons. Mais, quand il y a mort d’homme, c’est extrêmement difficile de ne pas réagir et je pense que les autorités iront au bout de cette procédure. Voilà les faits livrés dans leur état brut, il appartient désormais aux autorités compétentes de les tamiser, puis de les qualifier juridiquement et d’en tirer les conséquences. ”Themis, prends garde à toi ! Pénélope te guette !”

Entretien réalisé par Bertrand GUEU

L’inter

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