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Affaire «Mandat d’amener»Colère de Ouattara/Voici comment Soro a quitté Paris Assalé fait des révélations

soro avion

Affaire «Mandat d’amener» : Après la colère de Ouattara, comment Guillaume Soro a quitté Paris (Les révélations d’Assalé Tiémoko, depuis Paris, in L’Eléphant déchaîné)
Les Ivoiriens sont encore sceptiques quant au retour de Guillaume Soro, suite à l’affaire du mandat d’amener lancé contre lui par une juge de Paris. Celui-là même qui communique sur toutes ses activités, même celles des salons de coiffure, ses balades, les restaurants… n’a posté aucune nouvelle, même pas comment il a été reçu ou accueilli à son arrivée à Abidjan. Mais, le quadrupède ivoirien à la longue trompe a fouiné et raconte dans les moindres détails les déboires du N°2 ivoirien au pays de François Hollande. Ici, nous vous proposons une partie de l’article d’Assalé Tiémoko depuis Paris. Pour les autres détails, achetez le numéro de ce vendredi 11 décembre.

De la colère de Ouattara, à la suspension du mandat d’amener

(…) A Abidjan, le président Alassane Ouattara qui, quelques jours plus tôt, avait reçu Soro Guillaume à Paris et qui est rentré en Côte d’Ivoire 48 heures avant la délivrance du mandat d’amener, apprend l’information. Il pique une grosse colère devant le traitement qui est fait à la deuxième personnalité de son pays. Il prend l’acte non pas comme une atteinte à l’image de Soro Guillaume, mais comme une agression contre la souveraineté de l’Etat de Côte d’Ivoire et une humiliation pour sa personne.

Aussitôt, il décroche son téléphone et appelle Soro Guillaume à qui il demande de rester serein, et ordonne à la cellule diplomatique de la Présidence et le ministère des Affaires étrangères de travailler, toutes affaires cessantes, sur ce dossier embarrassant. Il passe des coups de fil et proteste vivement auprès de décideurs français. 24 heures plus tard, le ministère des Affaires étrangères ivoirien condamne l’acte. Dans les heures qui suivent, le mandat d’amener est suspendu. Soro Guillaume est en mission officielle et il bénéficie d’une immunité diplomatique absolue. Nouveau coup de fil du président Ouattara à Soro Guillaume à qui il demande d’écourter son séjour qui courait jusqu’au 11 décembre et d’être prêt à rentrer au pays le mercredi 9 décembre.

Mais Soro ne partage pas l’avis du Président et pense que partir avant la fin de la Cop21 serait interprété comme une fuite. Finalement, sur insistance du président, le président de l’Assemblée Nationale accepte de faire ses valises pour un départ pour Abidjan le mercredi 9 décembre. Aussitôt le Grumman présidentiel décolle d’Abidjan, direction, Paris. Où il arrive dans la soirée du mardi 8 décembre. Mercredi 9 décembre.

Alors qu’il tient à honorer tous ses rendez-vous de ce jour et s’offrir une petite balade sur les Champs Elysées et y faire de belles photos pour clouer le bec à tous ceux qui prétendaient qu’il était en fuite, une alerte du confrère «La Lettre du Continent » annonce que « Soro Guillaume a été mis en examen par la juge Khéris ». Les réseaux sociaux entrent en transe. L’information est reprise à Abidjan par le site Internet « abidjan.net ». Dans les heures qui suivent, l’avocate de Michel Gbagbo publie un long communiqué dans lequel non seulement elle prétend que le mandat d’amener n’a jamais été levé, mais qu’en plus, le statut de Soro Guillaume avait évolué pour passer de «Témoin assisté» à celui de «mis en examen». Faux! La juge d’instruction n’a jamais pris une telle décision. Pourquoi l’avocate a-t-elle prétendu cela et pourquoi c’est à elle que reviendrait la primeur de rédiger un communiqué pour annoncer la mise en examen d’une personne? Nul ne le sait. Mais au moment où son communiqué faisait un tabac sur les réseaux sociaux, le « mis en examen », après ses rendez-vous de la matinée à l’hôtel Napoléon, se trouvait, à 12 heures, du côté des Champs Elysées où il a d’abord changé ses lunettes à la boutique «Grande Opticale », avant de déjeuner dans un restaurant de la plus célèbre des avenues au monde, en compagnie d’un ami français, membre du parti socialiste.

«L’Eléphant» n’a pu obtenir la composition du plat que le président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire a dégusté avant de rentrer à son hôtel aux environs de 14 heures pour faire ses valises. 18 heures, des policiers français arrivent à l’hôtel Napoléon. Ils sont là pour empêcher Soro Guillaume de quitter le territoire français? Non! Ils sont là pour assurer la sécurité du président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire. C’est que, après la vigoureuse réaction d’Abidjan, les autorités françaises avaient pris des dispositions pour éviter tout incident diplomatique et avaient envoyé les policiers pour s’assurer que Soro Guillaume pouvait se rendre à l’aéroport en toute sécurité. 19 heures, Soro Guillaume quitte l’hôtel Napoléon, escorté par les policiers jusqu’à l’aéroport, d’où il décolle à bord du Grumman Présidentiel ivoirien, à 20 heures 15 minutes. Fin de l’histoire. Il ne reste plus qu’à savoir, après cette fausse alerte, si Soro Guillaume pourra se rendre demain en France, en visite privée… car, avec les juges d’instruction du parquet près le Tribunal de grande instance de Paris, aucun responsable africain, immunité ou pas, n’est à l’abri d’une mauvaise surprise. En août dernier, le directeur de cabinet du président gabonais, Ali Bongo, Maixent Accrombessi, se croyant couvert par une immunité diplomatique, avait goûté aux joies d’une garde à vue dans un commissariat de police de Paris. Avant d’être sauvé le lendemain par une lettre opportune arrivée de Libreville et qui prétendait qu’il était en mission officielle à Paris du 19 juillet au 5 août.

Ouf! En février 2014, le Maroc avait piqué une colère royale contre Paris après que sept policiers, sur plainte pour torture contre le chef du contre-espionnage marocain, Abdellatif Hammouchi, ont débarqué à la résidence de l’ambassadeur marocain à Paris, pour notifier à Hammouchi, une convocation délivrée par un juge d’instruction. L’affaire avait pris des proportions dramatiques et le ministère des Affaires étrangères français avait publié un communiqué évoquant «un incident regrettable» non sans promettre de faire toute la lumière sur cette affaire. C’est dire si les autorités françaises avaient senti passer la colère du roi Mohamed VI. Quelques années plus tôt, c’est au fils du président équato-guinéen, Obiang Nguema, Teodoro Obiang, que le parquet de Paris avait fait passer toute envie de remettre encore les pieds sur le sol français. Depuis, ce dernier évite soigneusement de se retrouver dans un avion en partance pour Paris où tout un service d’accueil spécial l’attend. Comme on le voit, le Parquet de Paris a acquis une solide réputation dans la traque des dirigeants africains contre qui des plaintes sont pendantes devant la justice française. Un homme averti n’en vaut pas deux?

Guy TRESSIA avec ASSALE TIEMOKO, depuis Paris, France, in L’Eléphant déchaîné n°406.

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