05292020Headline:

Affaire Soro: le pouvoir d’Abidjan piétine les décisions de la justice africaine

L’ouverture annoncée, aujourd’hui, à Abidjan du procès Guillaume Soro, malgré la requête de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) invitant le pouvoir ivoirien à y surseoir, est un coup supplémentaire contre les relations entre le RHDP et ses soutiens extérieurs. Qui ne se souvient, en effet, du soutien indéfectible dont le président Alassane Ouattara a bénéficié de la part de la communauté internationale jusqu’à son accession au pouvoir, le 11 avril 2011 ?

Présenté sous le président Henri Konan Bédié (7 décembre 1993-24 décembre 1999) comme victime de ce que les détracteurs de ce dernier appelaient « Ivoirité », Alassane Ouattara s’était tissé une véritable toile internationale pour se liguer contre le régime Bédié et le combattre. Il jouissait également de son statut d’ancien fonctionnaire international qui, dans le cadre de ses missions à la BCEAO et au Fmi, a traité avec de nombreux Etats et leurs dirigeants.

De la CEDEAO à l’Union africaine, en passant par des puissances occidentales, tous soutenaient le président du RDR aujourd’hui devenu RHDP. C’est ce même soutien qui l’a aidé à accéder au pouvoir, le 11 avril 2011. On n’oubliera pas de sitôt l’intervention musclée de l’armée française qui a bombardé la résidence de Gbagbo où ce dernier a été capturé avec ses proches, le lundi 11 avril 2011. Lui aussi était accusé par cette même communauté internationale de refus de reconnaître la victoire de son adversaire Alassane Ouattara alors confiné (le mot est à la mode) au Golf Hôtel suite au second tour de la présidentielle de 2010.

Ce sont ces soutiens massifs à l’Internationale qui ont fait dire aux détracteurs de Ouattara qu’il était le candidat de la communauté internationale. « A la guerre comme à la guerre », disaient certains pour qui chacun peut utiliser les moyens dont il dispose pour arriver à ses fins. Pourvu que ces moyens ne soient pas illicites. Ouattara est au pouvoir avec le soutien de plusieurs organisations internationales dont l’Union africaine.

LE RÉGIME OUATTARA A ÉTÉ SOUVENT INTERPELLÉ
Et c’est la Cour de justice de cette Union africaine qui a ordonné à son régime de réformer la Commission électorale indépendante en profondeur. Ainsi que surseoir au mandat d’arrêt contre Guillaume Soro et ses partisans dans l’affaire « Tentative de déstabilisation et détournement de biens publics » dont ils sont accusés depuis le 23 décembre 2019. Mais sur ce dossier, c’est à un dialogue de sourds que l’on assiste entre Abidjan et la Cadhp. De même, l’Arrêt relatif à la réforme de la Commission électorale indépendante est toujours pendant devant la Cour d’Arusha. La mouture (de la Cei) telle que sortie du dialogue pouvoir-opposition ne semble pas répondre aux normes requises. Elle est à l’examen devant la Cadhp.

Durant ses deux quinquennats, le président de la République a eu des fois, maille à partir avec certaines Institutions internationales qui l’ont souvent interpellé. En juillet 2018, par exemple, c’est l’Union européenne qui interpellait son régime sur le non-respect des règles de bonne gouvernance. Notamment, celles relatives à la passation des marchés publics. Le gré à gré était dominant et le gouvernement avait dû se défendre en faisant savoir que le gré à gré s’imposait pour deux types de marchés : les marchés de petite taille et ceux dont l’exécution relève de l’urgence.

LE POUVOIR D’ABIDJAN PIÉTINE LES DÉCISIONS DE LA JUSTICE AFRICAINE
Lors du premier dialogue politique entre pouvoir et opposition pour la mise en place d’une Cei répondant aux normes internationales, la Cedeao, à travers la 42ème session de son Conseil de médiation et de sécurité, tenue le 24 mai 2019 à Abuja, avait ordonné au gouvernement ivoirien de « poursuivre le dialogue politique en vue de maintenir la stabilité du pays ». Dieu seul sait si le dialogue qui a eu lieu a garanti la stabilité ou créé plutôt les conditions de l’instabilité. Le pouvoir, selon l’opposition, a opéré un passage en force en mettant en place une Cei totalement inféodée au pouvoir en place. Une Cei aux ordres.

Pour tout dire, le pouvoir RHDP a donné de lui l’image d’un Etat qui foule aux pieds toute prescription normative. Aussi bien en interne qu’au plan international. Seule sa volonté compte. De sorte que le secrétaire général du FPI, Dr Assoa Adou, a l’habitude de dire qu’en Côte d’Ivoire sous Ouattara, il y a deux tendances : d’un côté la loi et de l’autre côté la volonté du pouvoir. Et c’est cette volonté du pouvoir qui compte et non la loi. Drôle d’Etat de droit, diront certains.

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