04262018Headline:

Affaire ”Soul To Soul”, Ouattara-Soro, 2020…, Kakou Mathias, un Soroiste brise le silence: « Il faut demander pardon à Ouattara»et..

« Si le Pdci réclame l’alternance, c’est un abus »

Mathias Kakou De Vigny, président du Pps: « Ouattara ne va pas laisser le pays entre les mains des impies, des amateurs »

Président du Parti pour le progrès du socialisme, Mathias Kakou de Vigny est un proche de Guillaume Soro, un compagnon de longue date du président de l’Assemblée nationale. Dans cet entretien, il parle sans faux-fuyant de l’ambiance entre le président de la République, Alassane Ouattara et le chef du Parlement ivoirien, des ambitions politiques de ce dernier, et de l’affaire Soul to Soul et ses implications.

Depuis un moment vous avez disparu de la scène politique ivoirienne pour suivre une formation en France. Quelle est la nature de cette formation pour le Conseiller économique et social que vous êtes?

On a connu tellement de crises depuis un moment qu’on a perdu un peu de temps en termes de ressourcement intellectuel. Donc, j’ai profité de l’accalmie qui régnait pour aller me ressourcer. J’ai fait de la diplomatie de défense et les relations internationales à l’Institut diplomatique de Paris.

Que visez-vous à travers une telle formation ?

Je considère que la diplomatie va beaucoup contribuer au règlement des conflits et des crises. Nous sortons d’une crise terrible et il faut donc former des gens. J’ai opté pour la diplomatie pour apporter ma contribution, comment il faut régler les conflits, comment négocier et réconcilier des gens. En ce qui concerne défense, c’était aussi normale, parce que nous sommes sortis d’une crise militaire. La défense, c’est aussi les relations entre les Etats, la collaboration au niveau militaire est très importante. Donc, nos chefs d’Etats, nos institutions doivent collaborer pour trouver les solutions aux nombreux conflits que nous rencontrons en Afrique. Il faut une coopération militaire sous-régionale et même entre tous les pays en Afrique. Les Etats solidaires peuvent mettre fin à beaucoup de choses.

Vous êtes un proche de Guillaume Soro, cette formation répond-elle à l‘engagement pour la réconciliation en Côte d’Ivoire pour laquelle le président de l’Assemblée nationale a pris un pari ?

Je suis allé bien avant, mais toutes personnes qui parle de paix et de réconciliation, doit être soutenue. La Côte d’Ivoire en a besoin. Mais elle doit se faire dans la sincérité, la repentance. Et mon choix de faire la diplomatie de défense peut contribuer à ramener la paix et la réconciliation. Au-delà même de la réconciliation, la diplomatie de défense nous permet d’avoir de bonne relation avec les autres armées du monde. On ne devrait pas se contenter de la coopération militaire qu’avec la France, et le chef de l’Etat fait bien de former des soldats ivoiriens au Maroc. La réconciliation, c’est au niveau miliaire politique et social. Nos amis militaires aussi doivent être éduqués. On ne peut pas être militaires pour toujours effrayer les populations. Il faut travailler dans ce sens.

Parlant de sincérité, Guillaume Soro est-il sincère dans sa quête de réconciliation et de cohésion en Côte d’Ivoire ?

Personne ne peut aller contre la réconciliation. Mais, on se réconcilie avec qui ? On se réconcilie parce qu’on a fauté,  et dans ce cas on demande pardon pourvue qu’il y ait un engagement réel. La réconciliation sans pardon ne peut aboutir. En demandant pardon, on crée les conditions d’une réconciliation. Donc, le pardon et la réconciliation vont de pair. C’est une très bonne chose pourvu qu’il y ait de l’engagement réel et sincère.

Est-ce le cas chez Guillaume Soro ?

Ce n’est pas Guillaume Soro seul qui doit faire la réconciliation !

C’est lui qui, pour l’instant, a pris cet engagement…

Et cet  engagement a été salué par tous. C’est sur le terrain qu’on le jugera.

Mais, depuis, on ne le voit pas encore sur le terrain…

Guillaume Soro est mon frère. Il a lancé la réconciliation. Ce que je souhaite pour lui en toute sincérité, c’est que nous, nous avons fauté, et on ne peut pas être dans les magnans pour extirper les magnans. Si dans ta maison, il y a palabre, qui peux-tu aller réconcilier ? Disons les choses plus clairement. Si dans notre propre maison, il y a le feu, c’est quel feu va-t-on aller éteindre ailleurs ?

Voulez-vous parler de Guillaume Soro et du Rdr ?

Bien sûr ! Il y a eu beaucoup d’évènements. Parlons des caches d’armes, la crise avec le Rdr, des incompréhensions,…., ça a souillé la famille et créer des suspicions et des frustrations, qu’elles soient légitimes ou non. Donc, face à cette situation, il faut mettre balle à terre et aller droit au pardon. Il faut aller vers celui qui s’est senti offensé et lui demander pardon.

Qui est l’offensé?

Quand Guillaume Soro est rentré, il a dit : « j’irai rencontrer le président et je demanderai pardon ». Donc, pour moi, c’est Ouattara qui est offensé. Si je prends le cas des caches d’armes, c’est le président qui est offensé. Quoi qu’on dise, c’est notre pouvoir, et nous ne pouvons pas le détruire. Si on trouve des armes et qu’on découvre que nous sommes à l’origine de ces caches d’armes, il n’y a pas débat. Il faut demander pardon et je pense que le pardon peut  régler beaucoup de choses. Moi, je suis pour la demande de pardon. Il faut d’abord demander pardon au président de la République et ensuite à la direction du Rdr. Je m’inscris dans le cadre du pardon. Je milite pour qu’entre les présidents Ouattara et Soro, il y ait l’entente. Voilà notre position au Pps. Mieux vaut tout mettre en œuvre pour que les deux personnalités s’entendent pour sauver notre famille, nous qui sommes au pouvoir. Il n’est pas question qu’il y ait des dissensions en plein chemin. Il faut que les gens contribuent à renforcer les liens historiques entre les présidents Ouattara et Soro, parce qu’il est de notre intérêt. Il faut demander pardon au président Ouattara, parce qu’il en a besoin. Le faire, ce n’est pas trahir quelqu’un ou vendre la lutte. Guillaume Soro est Rdr. La preuve, il vient d’être nommé vice-président, et on ne peut pas être dans une même famille et ne pas s’entendre. Donc, il est indispensable et nécessaire de demander et de se réconcilier. Si nous sommes réconciliés entre nous, lorsqu’on parlera de réconciliation à nos frères du Fpi, du Pit et autres partis politiques et aux Ivoiriens, ils seront prêts à nous accueillir.

Ce pardon de Guillaume Soro à Ouattara n’a-t-il pas été fait lors de leur rencontre de novembre dernier ?

Probablement ! Si cela a été fait, je le soutiens, et il faut que les Ivoiriens, les partisans, les extrémistes comprennent qu’ils n’ont pas intérêt à diviser Soro et Ouattara. Au contraire, il faut qu’il  faut qu’ils travaillent à les réconcilier, à les rendre forts et complices, et que la confiance qui a été émiettée revienne pour sauver la mère patrie, la Côte d’Ivoire et la stabiliser.

On entend dire que le Rdr n’aurait pas été reconnaissant envers Guillaume Soro et les ex-Forces nouvelles qui ont permis à ce parti d’arriver au pouvoir. Est-ce votre avis ?

Ce sont des spéculations. William Churchill, ex-Premier ministre britannique, dit qu’en politique, il n’y a pas de reconnaissance. Il dit : « Si tu veux de la reconnaissance, achètes- toi un chien et il te sera reconnaissant et fidèle ». Le chien reconnaît toujours son maître. En politique, c’est la saine appréciation des réalités du moment. Dire que le Rdr ne serait pas reconnaissant n’est pas dans la philosophie de Soro. Ce sont des manœuvres de personnes qui veulent voir Guillaume Soro et le Rdr divisés. Ils sont nombreux, et du côté de Soro et du côté du Rdr, qui prospèrent dans cette division. La plupart, ce sont des gens qui mangent chez Guillaume Soro le jour et mangent au Rdr le soir. Moi, je demande à Guillaume Soro de purifier son entourage. Qu’il éloigne les brebis galeuses, qui n’ont pas de dignité, qui mettent les gens en palabre et vivent de cela. Il lui faut des gens qui peuvent faire avancer la réconciliation et non faire prospérer la division. Il faut mettre fin à ces pratiques qui visent à faire prospérer la division et entre Ouattara et Soro et profiter de l’occasion pour se remplir les poches. J’invite le président Ouattara, en ce qui le concerne, à prendre de la hauteur. On ne va jamais le lâcher ni le déstabiliser, nous qui avons vu le Rdr naître. Moi, je ne soutiendrai pas quiconque voudrais déstabiliser le régime de Ouattara. Donc, je souhaite que l’union et l’entente entre le président Ouattara et Soro revienne. Il faut qu’on arrive à convaincre Ouattara qu’il peut nous faire confiance. Parce qu’il peut nous faire confiance selon notre comportement. Il faut qu’on mérité sa confiance maintenant. Donc, je demande à tout le monde de mettre balle à terre et de ne pas chercher à diviser Ouattara et Soro. Au contraire, il faut qu’on se soumette. D’ailleurs, on ne peut pas devenir président demain si on n’a pas le soutien de Ouattara. Parce qu’il a placé la Côte d’Ivoire très haut. Moi qui ai fait la diplomatie, je sais dans les réseaux ce que vaut Ouattara sur le plan international. Il ne va pas laisser le pays entre les mains des impies, des amateurs. Alors, si nous voulons le pouvoir, il faut qu’on fasse preuve de maturité politique de sorte qu’on protège ce qu’il va nous léguer….

Justement, pour parler de succession, où en sommes-nous avec les ambitions de Soro pour 2020 ?

2020, je n’ai pas le calendrier politique de Soro. Mais, je pense quand-même que Soro est discipliné. Il est au est Rdr et par ricochet au Rhdp. Je pense qu’à un moment donné, au sein de la direction du Rhdp, ils vont s’entendre pour dégager une personnalité consensuelle pour 2020. Aujourd’hui, on ne peut pas parler de candidature de quelqu’un. Soro n’a jamais dit qu’il serait candidat. C’est nous les fanatiques, les extrémistes qui voulons le pousser  à prendre des décisions. Sinon, nulle part Soro n’a annoncé qu’il serait candidat. Le Rdr est un part sérieux, le Rhdp est une coalition disciplinée, donc ils ont les moyens, le discernement pour désigner quelqu’un qui pourra émerger. Moi Kakou Mathias, je soutiendrai le candidat que le Rdr et Alassane Ouattara auront désigné.

Que pensez-vous de l’alternance réclamée par le Pdci en 2020 ?

Pour moi, l’alternance, c’est la bonne gouvernance, c’est le changement de mentalité, le bon comportement, des hommes sérieux pour une Côte d’Ivoire meilleure. Donc, je n’ai pas de problème avec l’alternance. Mais de quelle alternance parlons-nous ? L’alternance est déjà là ! Vous un président, qui en six ans, a placé la Côte d’Ivoire si haut que celui même qui veut être candidat se demande s’il sera à la hauteur. Donc, je souhaite que les deux grands partis que sont le Rdr et le Pdci s’entendent autour d’un idéal commun pour avancer. Ouattara au pouvoir, je considère que c’est le Pdci qui est au pouvoir. Donc, si le Pdci réclame l’alternance, c’est un abus. C’est une pression qui ne dit pas son nom au moment où le monsieur est en train de travailler. Il est encore au travail, et on cherche à le remplacer. Pour moi, l’alternance est déjà là. Pour moi, il ne serait pas exagéré laisser Ouattara continuer et travailler.

N’est-ce pas un coup de pied que vous donnez à l’appel de Daoukro qui avait fait danser les partisans du président Ouattara, en son temps ?

Non ! Je considère que ce sont des enfants d’Houphouët-Boigny. Ouattara est un ancien du Pdci, Bédié est du Pdci. Bédié et Ouattara sont Pdci. Ils parlent même de parti unifié. Alors, qu’ils quittent ces affaires de partis pour dégager une personnalité pour que l’alternance se passe dans des conditions sans heurt. Deuxièmement, on recherche la stabilité. Pour la stabilité, les accords ne sont pas au-dessus de l’intérêt du collectif. On peut faire des sacrifices. Les accords, ce sont les hommes qui les scellent. La politique est la scène appréciation des réalités du moment. Donc, autant des événements surviennent, autant on fait une nouvelle lecture de la situation politique. En tout état de cause, le moment n’est pas encore venu. Les présidents Ouattara et Bédié vont s’asseoir, ils vont tenir compte de l’intérêt général de la Côte d’Ivoire et dégager ce qui est essentiel pour la paix et la stabilité.

Sur la question, le président Ouattara lui-même entretient le suspense depuis quelque temps en remettant sa position en 2020 alors qu’en octobre 2015, avant les élections présidentielles, il disait qu’il ne se représenterait plus.

Il faut fait la part des choses au moment où il disait cela et la réalité aujourd’hui. On ne dit pas qu’il faut imposer Ouattara comme candidat. La preuve, en 2015, il n’a pas voulu être candidat. On l’a poussé à être candidat. Donc, ce n’est pas lui, Ouattara, qui, en tant que président sortant, va nous dire qu’il sera candidat. C’est les mêmes Ivoiriens qui vont lui dire, pardon, tu as trop travaillé, on a notre métro qui arrive, il faut finir en même temps. Ou bien, ce sont les mêmes Ivoiriens qui vont lui dire : « ça va, parce qu’il y a eu trop de détournements des deniers publics, donc mettez-fins à votre pouvoir ». Donc, c’est les Ivoiriens qui décident. Si les Ivoiriens veulent qu’ils soient encore candidat en 2020, il le sera, si les Ivoiriens ne le veulent pas, il n’aura pas le choix.

De plus en plus dans le monde, des voix s’élèvent pour dénoncer la long évité au pouvoir. Lui-même demandait récemment à Robert Mugabé de laisser le pouvoir dignement. N’est-ce pas risqué pour lui de vouloir rempiler ?

Où mettons-nos la démocratie ? Ce pourquoi nous luttons, c’est que le peuple a le dernier mot. Quand tu es président en fonction, et que tu vos que le peuple ne te soutient pas et que tu ne peux pas rempiler, tu quittes, tu tires les conséquences. Donc, je ne vois pas Ouattara être candidat en 2020 contre la volonté du peuple parce qu’il n peut pas détruire ce qu’il a construit. Maintenant, si le peuple lui demande de rempiler, parce que son bilan est positif, ce n’est pas la même chose que Mugabé qui a fait 37 ans au pouvoir pour nourrir sa famille. Et puis, ce n’est pas l’extérieur qui doit nos imposer la démocratie. Chaque président doit s’inspirer de l’expérience de Wade qui a fait deux mandats et voulait rempiler que le peuple ne le voulait plus. Il s’est entêté, et le résultat on le connait. Il a été battu sans incident dans les urnes.

Au Rhdp, l’ambiance semble quelque peu morose ces dernier temps. Est-ce comme cela que vous ressentez la chose ?

Bien sûr que oui, parce que le Rhdp n’est pas un parti politique mais une coalition pour faire partir Gbagbo. Pour faire partir un dictateur, on peut faire alliance à tout. Voyez, le Pps a souffert de cette coalition depuis sa création. Ils n’ont pas accepté la candidature du Pps. Pourtant, ils ont accepté des formations comme le Pit qui les ont combattus. Le Rhdp, ça ne vit pas, ça ne peut pas marcher. C’est pourquoi pour l’alternance, il faut s’asseoir, s’entendre, mettre balle à terre, se pardonner et demeurer dans la réconciliation pour trouver une personnalité, qui après Ouattara, fera notre affaire.

Que dites-vous du cas Souleymane Kamaraté alias ‘’Soul to Soul’’, le directeur du protocole de Soro détenu suite à l’affaire des caches d’armes ?,

C‘est dommage que le camarade soit en prison. Le professeur Ouraga Obou nous disait que « devant la politique, le droit fuit par la fenêtre ». Des armes ont été découvertes au domicile de notre camarade. On ne devrait pas chercher à créer des polémiques ou à jouer au garçon. On devait demander pardon. Je suis certain que le président, humainement parlant, ne serait pas allé si loin. L’affaire date de depuis mai, mais c’est en septembre que Soul a été arrêté. Cela veut dire qu’on avait tout le temps de négocier, au moment où l’Onu menait des enquêtes. Maintenant, les présidents Ouattara et Soro se sont rencontrés et se sont parlé.  Pour la paix, je suis convaincu que la solution sera trouvée. Il faut que nous montrons aussi que nous sommes humbles et que nous respectons le pouvoir et les institutions de la République. Donc, de notre côté, on doit faire des gestes forts. Sinon, je crois que Soul sera libre. Le président n’est pas méchant. Tous mon vœu est que le camarade soit libre pour que la famille soit forte.

Quelle lecture faites-vous, en tant que jeune leader politique de la situation de jeunes migrants africains transformés en esclaves venus en Libye ?

Je  condamne sincèrement cette pratique. C’est de l’esclavage, il faut que tous leurs auteurs soient punis devant des tribunaux internationaux. Je salue la solidarité des chefs d’Etat africains et européens en symbiose sur cette question. Maintenant, il faut résoudre le problème à la base. On a parlé de pauvreté, de problème d’emplois, etc. C’est bien, mais en même temps, il faut agir sur la politique intérieur dans nos pays. Il faut la démocratie. Il y a des gens qui vont en Europe parce qu’il n’y a pas de démocratie et de liberté dans nos pays. C’est pourquoi j’appelle tous nos dirigeants à mettre tout en œuvre pour entretenir  l’espoir. L’espoir est dans la démocratie, un véritable instrument de Bonne gouvernance pour donner une égalité de chance à tous dans leur quête de bien-être.

Entretien réalisé par Félix D.BONY

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