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Afghanistan : derrière l’interdiction des femmes dans les ONG, des Taliban divisés

Le ministre des Affaires étrangères Sher Mohammad Abbas Stanikzai avait alors publiquement affiché son désaccord lors d’un discours télévisé retransmis à l’occasion d’une réunion de cadres taliban à Kaboul.

Le mouvement semble également avoir tergiversé sur l’accès des femmes aux universités. Après avoir donné son feu vert à condition de respecter une stricte séparation entre filles et garçons, Abdul Baqi Haqqani, alors ministre de l’Enseignement supérieur a finalement été remercié en octobre 2022. Deux mois plus tard, son successeur, l’ultraconservateur Nida Mohammad Nadim, interdisait aux femmes d’accéder à l’enseignement universitaire.

Entre temps, le ministre de l’Éducation de l’époque, Noorullah Munir, qui avait promis en septembre 2021 que les femmes seraient autorisées à étudier, a subi un sort similaire à celui d’Abdul Baqi Haqqani. Il a été écarté l’an dernier au profit d’un proche du “conseil” de Kandahar et de l’émir Hibatullah Akhunzada.

“Une minorité puissante et influente s’est réunie autour de l’émir”, analyse Ahmed-Waleed Kakar, le fondateur du média The Afghan Eye. “La question est désormais de savoir si ce genre de décisions peut continuer malgré une opposition de plus en plus forte au sein de la population mais également au sein du mouvement taliban”, ajoute-t-il.

“Je n’abandonnerai pas”
Ces divisions ont toutefois peu de chance de faire imploser les Taliban, selon Ahmed-Waleed Kakar. “Les Taliban sont idéologiquement et religieusement engagés à obéir à leur chef, même quand ils sont en désaccord. Le seul cas où il pourrait désobéir est si leur chef faisait quelque chose d’anti-islamique”.

“Je pense que les dirigeants talibans doivent se regrouper et s’opposer à cette décision [l’interdiction aux femmes afghanes de travailler pour des ONG], affirme le diplomate Zalmay Khalilzad, selon qui les Taliban avec lesquels il est en contact disent “comprendre” son point de vue mais appellent à faire preuve de “patience”. “S’ils ne le font pas, ils vont se mettre à dos les Afghans. La colère monte dans l’opinion publique et offre des arguments à ceux qui veulent déclencher une guerre. Ce n’est pas ce que la population veut, ni ce que les Taliban veulent”

Tandis que les Taliban réclament du temps, les femmes afghanes, elles, s’enfoncent dans le désespoir alors que les portes se referment les unes après les autres. Depuis Kaboul, Sahar s’inquiète pour le financement du projet, dont elle est responsable. “On prépare des projets de long terme et nous étions optimistes pour obtenir des fonds”, explique-t-elle. “Mais avec la décision des Taliban, les donateurs ne sont plus aussi certains de continuer leurs financements”.

Mais en ce début d’année, Sahar refuse de céder au fatalisme. “J’appelle les gens du monde entier, les donateurs, à ne pas abandonner l’Afghanistan. La situation est très dure mais je n’abandonnerai pas. Je reste optimiste pour 2023. Il y aura des jours meilleurs. Les femmes d’Afghanistan ne seront pas oubliées.”

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