05282022Headline:

Algérie : pourquoi Alger veut couper le gaz à l’Espagne

Seulement, le 3 février, le gouvernement espagnol a annoncé qu’il allait aider le Maroc à « garantir sa sécurité énergétique » en lui permettant d’acheminer du gaz à travers le GME, en inversant donc le sens de circulation du gaz.

L’Espagne a pourtant continué à recevoir du gaz algérien, via le gazoduc sous-marin Medgaz, d’une capacité de 10 milliards de mètres cubes par an. Entré en activité en 2011, Medgaz est le fruit d’un partenariat entre Sonatrach et Medina Partnership (50 % détenus par la société espagnole Naturgy et 50 % par la compagnie américaine BlackRock). C’est ce gazoduc que l’Algérie menace de fermer.

Mohamed Arkab a ainsi averti le 27 avril que tout acheminement de « quantité de gaz naturel algérien livré à l’Espagne, dont la destination n’est autre que celle prévue dans les contrats, sera considéré comme un manquement aux engagements contractuels, et par conséquent, pourrait aboutir à la rupture du contrat liant Sonatrach à ses clients espagnols ».

Alger ne précise pas l’identité de cette destination tierce, mais il s’agit sans aucun doute du Maroc. « En aucun cas le gaz acquis par le Maroc ne sera d’origine algérienne », a assuré, le 27 avril, au soir le ministère espagnol de la Transition écologique en réponse au communiqué algérien.

Le département que dirige Teresa Ribera précise que « l’activation de ce mécanisme a été discutée avec l’Algérie ces derniers mois et communiquée aujourd’hui [le 27 avril, ndlr] au ministre algérien ».

Ce mécanisme permettrait donc au Maroc de pouvoir acheter du gaz naturel liquéfié (GNL) sur les marchés internationaux, de se le faire livrer en Espagne, où il sera regazéifié avant d’être acheminé vers le royaume via le GME. Depuis 2020, Madrid a diversifié ses sources d’approvisionnement en gaz. En 2020, les États-Unis sont ainsi devenus le plus gros exportateur de gaz naturel vers l’Espagne.

La menace d’Alger de couper le gaz à l’Espagne intervient dans un contexte de vives tensions après la décision espagnole en mars de soutenir le plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara occidental.

Alger avait alors immédiatement rappelé son ambassadeur à Madrid pour consultation et annoncé qu’il allait prendre des mesures de rétorsion. Début avril, le PDG de Sonatrach n’a pas écarté l’hypothèse d’augmenter les prix du gaz fourni à l’Espagne tout en précisant que son pays respecte les contrats avec ses clients.

Ce communiqué du ministère de l’Énergie et des Mines change donc la donne et semble remettre en question la volonté des Algériens de respecter ces contrats, notamment avec l’Espagne. C’est que depuis une année, Naturgy est en négociation avec Sonatrach pour le renouvellement du contrat, indiquait début avril son président .

« Le contrat qui nous lie à Sonatrach est très complexe de par les clauses et les prix qu’il contient, a récemment expliqué le président de la société espagnole, Francisco Reynès. Bien que les tarifs doivent être révisés périodiquement, le contrat est en vigueur jusqu’en 2032 avec une valeur d’environ 12 milliards d’euros. »

Sonatrach va-t-elle rompre ce contrat avec le risque d’engager une longue et coûteuse bataille judiciaire avec le partenaire espagnol ? La colère de l’Algérie après le revirement espagnol sur le dossier du Sahara laisse à penser qu’elle y est prête.

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