10222017Headline:

Alternance 2020: Comment Ouattara a roulé Bédié dans la farine

Le 17 septembre 2017, à moins d’un changement sur son agenda politique, le président du Pdci Rda, Henri Konan Bédié (HKB), prononcera un discours solennel. Ce sera à Daoukro, sa ville natale, à l’occasion du 3è anniversaire de l’appel qui porte le nom de cette ville. Un appel censé consacrer une alternance au pouvoir d’État en 2020 entre les deux formations phares du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), à savoir le Pdci et le Rdr, mais qui fait l’objet de vive polémique et même de tension entre les alliés.

Le discours de l’aîné des Houphouëtistes est donc très attendu, vu que les relations avec son cadet du Rdr, Alassane Ouattara, se sont refroidies ces derniers temps, avec notamment le limogeage de certains cadres du vieux parti. Les deux leaders ne se seraient pas parlé depuis début juillet 2017. Que va donc dire Bédié le 17 septembre prochain ? Va t-il continuer de réclamer l’alternance en 2020 au profit d’un cadre actif de son parti ? Tout devrait se décider à l’aune de l’évolution de l’actualité politique et des relations entre l’ex-président et son cadet au pouvoir. En attendant, il faut rappeler que dans sa récente interview parue chez l’hebdomadaire ” Jeune Afrique ” courant juin 2017, HKB se voulait catégorique. « Oui. Le Pdci aura un candidat en 2020. Ce sera le candidat unique du Rhdp. Il faut qu’Alassane Ouattara et moi nous entendions sur ce point pour que cette alternance ait lieu. Mais il est trop tôt pour en parler ».

De retour à Abidjan après son séjour parisien, dimanche 30 juillet 2017, et alors que la crise avec le Rdr est encore palpable, Bédié lance cette phrase alambiquée : « 2020 n’est pas négociable », enflammant davantage la polémique autour de l’alternance au pouvoir en faveur d’un cadre Pdci. On en était là, quand plus de 72 heures plus tard, le leader du parti septuagénaire, comme s’il voulait réparer une faute commise, dépêche son porte-parole, Kobenan Kouassi Adjoumani, pour repréciser sa pensée. Ce dernier dira face à la presse que les propos de Bédié « ont été dévoyés, provoquant ainsi des interrogations dans le milieu politique ivoirien, et spécialement au sein de l’alliance des Houphouëtistes, le Rhdp ».

Une sortie inattendue qui suscite encore des interrogations. De l’avis des certains observateurs, c’est le signe apparent d’un réchauffement des relations entre les deux leaders. Pour d’autres, cependant, c’est un rétro-pédalage qui indique clairement que le président du Pdci n’a pas d’autre choix que de mettre balle à terre.

Handicaps et sagesse politique

« En l’état actuel des choses, Bédié ne peut pas entrer en conflit ouvert avec le président Ouattara. Il détient toutes les manettes du pouvoir. Il lui suffit d’appuyer sur le bouton qui fait mal, comme cela a été fait avec les limogeages de Nyamien N’goran et de Jean Louis Billon. La réalité est que celui qui est au pouvoir, c’est bien Alassane Ouattara. Nous n’y pouvons rien ». Cet aveu d’un haut cadre du Pdci révèle un gros handicap qui commande une certaine sagesse politique chez le leader du parti vert et blanc. La guerre Bédié- Ouattara pourrait donc ne jamais avoir lieu. Sinon, ce serait défavorable au doyen des Houphouëtistes et son parti.

L’autre handicap sérieux qui coince le sphinx de Daoukro sur la question de l’alternance au pouvoir en faveur d’un cadre actif de son parti, réside dans l’absence d’un document signé qui consacre ce jeu de passe-passe entre les alliés. « La question de l’alternance a été effectivement évoquée dans le discours du 17 septembre 2014, mais il s’agit d’un simple discours qui n’engage que son auteur. Ce n’est pas un document qu’on peut opposer au chef de l’État pour le prendre à défaut sur le non respect d’une promesse », fait savoir le cadre Pdci, qui a requis l’anonymat.

Mieux, selon plusieurs sources, le président Ouattara, en privé comme en public, aurait toujours réclamé de son aîné Bédié, le lieu, les circonstances et la date à laquelle il lui a fait la promesse d’une alternance en 2020 avec un cadre de son parti. Des rencontres de ce genre se seraient même tenues en présence de têtes couronnées du royaume Baoulé, sans que le président du Pdci n’ait pu clarifier son idée. Il est de ce fait loisible pour le président de la République de dire haut et fort que son successeur sera le meilleur d’entre les Houphouëtistes. Une idée reprise en des termes plus corsés par les cadres du Rdr, qui maintiennent mordicus que leur parti ne doit rien à personne, et n’a fait de promesse à personne.

Pour Henri Konan Bédié, une autre erreur qui joue contre lui, aura été l’inconstance dans la stratégie de reconquête du pouvoir. Sur la question spécifique du parti unifié qui devrait réunir toutes les formations du Rhdp dans un même ensemble, et faciliter ainsi l’alternance, il a d’abord indiqué que ce parti s’appellerait Pdci Rdr. Cela n’a pas convaincu les alliés. Il dira ensuite que le Rhdp serait considéré comme le parti unifié. Chaque membre de la coalition devrait garder son identité originelle et garantir une collaboration harmonieuse pour la gestion du pouvoir. Le projet va encore une fois se heurter à quelques refus.

Enfin, Bédié fera valoir, dans une troisième tentative, que le parti unifié serait tout simplement la réunification de tous les partis sortis des entrailles de la vieille formation politique. Le Rdr et l’Udpci devraient de ce fait renoncer à leur existence juridique et se fondre dans le Pdci. Une sorte de retour dans la maison du père Félix Houphouët Boigny. Il aura comme réponse un autre refus de ses camarades Houphouëtistes. De guerre lasse, le président du Pdci se résoudra à réclamer ouvertement l’alternance en faveur d’un militant de son parti, rangeant ainsi au placard l’idée du parti unifié. Là encore, le sphinx a bien du mal à briser le mythe de l’alternance en 2020 comme passe pour accéder au pouvoir.

Linfodrome

 

Comments

comments

What Next?

Recent Articles

Leave a Reply

Submit Comment