08142018Headline:

Amnistie de détenus/CEI: présidentielle 2020, Babily Dembélé sans langue de bois attaque.

Babily Dembélé, président du Congrès ivoirien pour le développement et la paix (Cidp), dans cette interview, parle sans langue de bois, de l’ordonnance d’amnistie du chef de l’État Alassane Ouattara, de la Cei, de la présidentielle de 2020, du Rhdp, de la crise au Fpi, de son parti…

Comme c’est de coutume, le chef de l’Etat s’est adressé à la nation. Un discours marqué par une amnistie en faveur de 800 prisonniers dont l’ex-première dame, Simone Gbagbo, Soul To Soul, Lida Kouassi. Quels commentaires?

Nous avons suivi avec intérêt, le discours du président Ouattara.

La liberté des personnes est d’abord fondamentale dans la vie. Si le président a pris la décision d’amnistier des détenus, que nous appelons ‘’détenus politiques’’, c’est une très bonne chose. Deux choses ont retenu notre attention. Il y a d’abord l’amnistie et puis, le fait qu’il ait décidé de passer la main à une nouvelle génération. Ce sont deux choses très importantes dans ce discours. Mais je voudrais dire aussi que malgré cette décision de libérer les prisonniers, aujourd’hui, Ouattara n’est qu’à 10% dans sa démarche vers la réconciliation.

Pourquoi 10%?

La libération des prisonniers et la décision de quitter la tête du pays ne peuvent représenter que 10%, vu la situation. Laurent Gbagbo est toujours détenu. A lui seul, il représente jusqu’à 40%. Gbagbo libéré, on serait à 50%. Les autres 50% constituent la vie de l’Ivoirien. Il y a deux poids deux mesures dans cette libération. D’un côté, il y a les prisonniers de la crise post-électorale, de l’autre côté, il y a 50 militaires qui resteront détenus. Ces militaires ont été recrutés par l’Etat de Côte d’Ivoire, ils étaient au service de la Côte d’Ivoire, au temps de Gbagbo. Nous refusons qu’on libère les donneurs d’ordre et qu’on maintienne les exécutants. Autre deux poids deux mesures, la crise a opposé deux camps. Et la justice n’a pas pu interpeller un seul élément des pro-Ouattara. Du coup, ceux qui vont quitter la prison, ils vont garder rancune parce qu’ils n’ont pas été les seuls qui ont fait la guerre. Et d’ailleurs, il y a un flou dans cette amnistie.

De quel flou voulez-vous parler?

Les pro-Ouattara qui ont été épinglés sont-ils compris dans cette amnistie? si c’est le cas, il y a une injustice flagrante. Il aurait fallu que la justice et la Cour pénale internationale saisissent le dossier des pro-Ouattara, pour qu’on comprenne véritablement ce qui a provoqué cette guerre dans ce pays. Et il faut que ces hauts cadres-là, à savoir Alassane Ouattara lui-même, Soro Guillaume, Bédié et même Gbagbo Laurent, s’expliquent et nous expliquent pourquoi ils ont envoyé la guerre dans ce pays. Les Ivoiriens veulent savoir la vérité.

Mais, ne serait-ce pas remuer le couteau dans la plaie que de continuer à chercher qui a amené la guerre?

Ah oui, il faut remuer le couteau dans la plaie, parce que la vérité ne peut pas être cachée, à long ou à court terme. Pensez-vous que ceux qui ont perdu des parents ou ont été rendus handicapés dans cette guerre ne réclameront pas quelque chose plus tard? C’est pourquoi nous avons toujours dit d’aller à des états généraux, pour que les Ivoiriens s’expliquent, comme le faisait Houphouët-Boigny et Bédié avant, avec le Conseil national. Chacun disait ce qu’il pense, et la grande famille ivoirienne se pardonnait. C’est un aspect très important. J’ai entendu le président Ouattara dire que cet acte de réconciliation doit amener les Ivoiriens à se pardonner. Lui-même doit être le premier à demander pardon, en tant que chef de l’Etat. Il ne faut pas qu’il s’exclue de cette crise. Il est partie intégrante de cette crise.

Mais à plusieurs occasions, le chef de l’État a demandé pardon à la nation…

Il doit demander pardon chaque jour. Pour que les Ivoiriens voient en lui, l’homme rassembleur, l’homme qui veut amener la paix. Il doit le faire chaque jour, dans tous ses discours, même dans ses rêves. Il est le chef. Un chef qui ne veut pas demander pardon, c’est qu’il veut mettre les gens en difficulté. Alassane Ouattara est en fin de mandat. Le problème, c’est que nous n’avons jamais eu d’explications du coup d’Etat de 1999 et des différentes crises qui ont suivi jusqu’en 2010. Il faut que les vérités sortent. Sinon la réconciliation sera difficile. Cela fait partie des 50% restants. Je le prends au mot, c’est lui-même qui parle du «vivre ensemble». Le vivre ensemble aujourd’hui n’a pas marché.

Où voulez-vous en venir?

Regardez les déguerpissements qui se font à tout vent. Qu’est-ce qu’on fait de nos frères qui ont été déguerpis? C’est la plus grave crise d’ailleurs. Parce que quand tu n’as pas de maison, tu es considéré comme quelqu’un qui n’a pas de famille. Les gens qui ont été jetés dehors sans que l’Etat ne se soucie de leur hébergement, c’est un réel problème. Au-delà, nous mangeons une fois par jour et difficilement. Dans un de ses discours à Odienné, à l’époque le sac du riz était à 15.000 F Cfa, il disait que le riz serait à 12000 F Cfa. Mais, nous sommes aujourd’hui à 20.000 F Cfa. C’est vrai que la libération des prisonniers était un problème, mais le chef de l’État ne s’est pas occupé des vrais problèmes, les problèmes quotidiens.

Pourtant dans son discours, le président Ouattara dit qu’il a donné instruction au gouvernement pour que l’aspect social soit davantage traité les mois à venir. Ne pensez-vous pas qu’il est en train de prendre en compte ce que demandent les populations?

Non, non. Nous voulons les détails. Quelles sont ces instructions qui ont été données? Et qu’est-ce que ces instructions devraient conforter? Sinon des instructions ont été données tous les jours. La preuve, lui-même a fait des promesses qu’il n’a jamais tenues. A qui ces instructions ont été données? que disent-elles? Nous n’en savons rien. Faut-il s’en tenir à ce discours fleuve? S’asseoir là et regarder? Nous ne sommes pas des prisonniers. Mais, la chose la mieux partagée aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, c’est la misère. Avant qu’il ne quitte le pouvoir, il doit faire en sorte que cette misère se dissipe, et que les Ivoiriens soient réconciliés. Pour les personnes mises en liberté, nous allons les accompagner de prières. Après 6-7 ans de prison, comment se fera l’insertion de ces personnes? qu’a prévu l’Etat pour elles? Il y a tout cela qu’il faut prendre en compte.

Le chef de l’Etat a réaffirmé sa volonté de passer le témoin à une nouvelle génération en 2020. Qu’en dites-vous?

Le président Ouattara a déjà fait beaucoup de promesses à la Côte d’Ivoire. Et beaucoup n’ont pas été tenues. Je veux le voir partir demain. Que ce ne soit pas pour une génération. La côte d’Ivoire n’est pas dans une affaire de génération. La Côte d’Ivoire appartient aux Ivoiriens. Qu’il ait le courage de dire clairement: «je ne suis pas candidat en 2020». Il est le président du Rhdp qui est d’ailleurs une institution d’escroquerie. Si le Rhdp décide de le présenter comme candidat, il dira que c’est le choix du peuple. Il ne faut pas nous prendre pour des analphabètes. S’il n’est pas candidat, qu’il quitte la tête du Rhdp. Déjà en tant que président, il ne doit pas être président d’un parti politique. Je veux bien qu’il fasse une déclaration beaucoup plus forte, plus rigoureuse. Qu’il dise: «je suis Alassane Ouattara, je fini mes deux mandats, je me repose. Alors débattez-vous, que le meilleur gagne». Il n’a pas à dire qu’il passera la main à une nouvelle génération.

Le président Ouattara s’est montré favorable à un réexamen de la composition de la Commission électorale indépendante (Cei). Satisfaction?

La Cei a toujours été notre combat. C’est une injustice flagrante à l’endroit de l’opposition ivoirienne. C’est une dictature. Aujourd’hui, il est contraint à accepter. Quand vous voyez la démarche de Ouattara, il y a toujours quelque chose qui le bouscule quelque part. Mais pour les Ivoiriens, je ne pense pas que ce soit une pression. Parce qu’il n’y a pas d’opposition. Donc, s’il y a un début d’exécution, et qu’on désigne une autre personne à la place de Bakayoko (Président de la Cei, Ndlr), tant mieux. Il faut qu’il parte. Parce qu’il est l’un des catalyseurs de la crise ivoirienne. Il ne peut pas encore rester là et organiser des élections. Nous souhaitons que dans 2 ou 3 semaines, Youssouf Bakayoko quitte.

Nous sommes à deux mois des élections régionales et municipales, pensez-vous que la recomposition de la Cei soitpossible?

Ça nous coûte quoi de reporter ces élections à 2 ou 3 mois encore de plus, pour mettre en place une Cei? Ça ne nous coûte rien, c’est la Côte d’Ivoire. Il n’y a pas d’urgence. Alassane est président, les Institutions sont là. Qu’il accepte que M.Youssouf Bakayoko parte, pour qu’on mette en place une structure pour construire la nouvelle Cei. Le régime présidentiel en Afrique est un régime dictatorial, un régime de colonisation. Le président de la république est une institution, la présidence est une institution. Et ces deux institutions dominent toutes les autres institutions dans une sorte dictature.

Quel type de régime préconisez-vous?

Un régime parlementaire. S’il y a un régime parlementaire demain, vous verrez que le président de la république sera affaibli. Les instituions vont quelquefois se regarder en chiens de faïence mais vont se respecter. Mais ce n’est pas le cas. Tout ce cinéma auquel nous assistons, c’est parce que nous sommes en présence d’un régime présidentiel. Il faut que la constitution même soit respectée. Qu’une partie de l’opposition dise: «si le président de la République se me en dehors du cadre institutionnel, il doit être poursuivi, et on le chasse du pouvoir”. Il faut qu’il soit inquiété. Ce n’est pas seulement la Cpi qui doit menacer nos chefs d’État. Que nos institutions soient réelles et avec une totale indépendance. Vous verrez que chacun de nous va se méfier. L’Ue a révélé l’autrefois des tournements et que la Côte d’Ivoire est en précaire sécurité. Cela veut dire que nous sommes à deux doigts d’une crise. C’est parce que nous sommes dans une dictature. Depuis quelques années, la démocratie a totalement reculé en Côte d’Ivoire. On ne sait pas où on va.

La question du parti unifié continue de marquer l’actualité ivoirienne. Le président Ouattara et le leader du Pdci, Konan Bédié ne semblent plus regarder dans la même direction. Selon vous, ont-ils atteint un point de non retour dans leur mésentente actuelle ?

Mon souhait est qu’ils ne se mettent plus ensemble. Au nom de la réconciliation, de la pax, de la démocratie.

Pourtant les Ivoiriens souhaitent la réconciliation…

Mais c’est impossible. Nous étions contents de la libération des prisonniers. Mais ce n’est pas le tout. Le tout, c’est après la libération des prisonniers et le retour des exilés, le respect des promesses, ne pas se mettre dans un groupe organisé pour imposer une dictature aux Ivoiriens. C’est le cas du Rhdp aujourd’hui. On est tous enfants d’Houphouët, même Gbagbo l’est. Vous ne pouvez pas prendre le nom d’Houphouët comme ça pour votre organisation. On va dire: ”Si vous aimez Houphouët, vous devez voter pour le Rhdp”. C’est une escroquerie morale. Il faut faire disparaître le Rhdp. Celui qui veut donner le nom d’Houphouët-Boigny à son enfant, qu’il le fasse à la maison. Mais, qu’ils ne viennent pas nous perturber avec une organisation mise en place, au nom d’Houphouët-Boigny qui est le père de nous tous. Houphouët n’a jamais envoyer la guerre en Côte d’Ivoire. Est-ce que là, nous avons hérité du bien d’Houphouët? C’est au sortir d’une guerre qu’on a créé le Rhdp. Est-ce Houphouët qui a demandé de faire la guerre? Le pauvre, il se tourne 10 fois chaque jour dans sa tombe!

Ça ne va pas non plus, au niveau de l’opposition. Notamment au niveau de la principale force politique, le Fpi qui vient d’organiser deux congrès différents avec deux présidents élus. Votre analyse.

Moi je n’ai jamais été Fpi. J’ai beaucoup d’amitié et de fraternité pour Laurent Gbagbo. J’étais son ambassadeur itinérant auprès des pays arabes. Vous vous réclamez de lui, vous êtes incapables de vous saluer. Mais, vous le tuez deux fois. Il y a un Fpi légal avec Affi. L’autre se dit légitime. Mais, Abou Drahamane Sangaré seul ne peut pas aller à une élection aujourd’hui, si on s’en tient au contexte dans lequel on se trouve. Mais il y a trop de bruits autour de cette affaire. Ça finit par perturber les Ivoiriens dans leur tranquillité. Ils chantent tous Laurent Gbagbo. C’est devenu un fonds de commerce. Mais, qu’est-ce que vous faites pour la paix dans ce parti? Gbagbo se trouve aujourd’hui dans les filets de la Justice, et son héritage est en train d’être déchiré par les uns et les autres. Je pense qu’il y a une inconscience morale et politique.

Il y a en ce moment des intentions d’alliance, comme le cas du Fpi et du Pdci. Comment appréciez-vous cela ?

Moi, j’appelle ces alliances, ‘’alliance d’arnaqueurs’’. J’estime que quand on fait des alliances et qu’on n’est pas résolu à aller à la réconciliation et à la paix, c’est une mauvaise alliance. Comme le dit le nom de notre parti, nous plaçons la paix au centre de tout. Toute société civile ou organisation politique qui travaillent à la réconciliation et à la pax véritable entre les Ivoiriens, nous les considérons d’avance comme des alliés. Les gens ne veulent que conquérir le pouvoir d’État, pendant ce temps, les Ivoiriens souffrent, ne se soignent pas, ne mangent pas, ne se parlent pas. Nous appelons plutôt cela, une arnaque.

La présidentielle de 2020 approche à grands pas. Des velléités de candidatures sont perceptibles. Pour vous, le portrait-robot du candidat idéal, c’est quoi?

Celui qui n’a jamais eu les mains sales, comme Babily Dembélé. Je ne me suis jamais mêlé à quoi que ce soit. Je n’ai géré à un seul instant, une petite portion du pouvoir de l’Etat de Côte d’Ivoire. Je suis architecte. Après mes études, je suis allé à la Bad comme expert. J’y suis resté puis j’ai rejoint Bédié pour le soutenir parce que je lui faisais confiance. Et je l’aimais bien. Vous n’allez jamais entendre que Babily a participé à un gouvernement, à un détournement ou à une crise. Les Ivoiriens ont besoin de ces fils de ce pays comme nous autres. On ne peut plus nous imposer des gens.

Doit-on comprendre que vous serez candidat à la présidentielle en 2020?

Je pense qu’il y a un ensemble de problèmes à régler. Je l’ai toujours dit, la Côte d’Ivoire a besoin d’un nettoyage propre. La paix dans les foyers, la paix entre les Ivoiriens. Une fois que ces conditions sont réunies y compris la sécurité, à ce moment, on va aviser. Pour le comment, celui qui se proclame candidat et ne participe pas à la réconciliation, c’est comme si vous plantez quelque chose dont les fruits seront la crise demain. Je demande à tous ceux-là, de taire d’abord leur ambition et de reconstruire les Ivoiriens.

Quel est l’actualité de votre parti, le Cidp?

Le Cidp se porte bien. Il s’internationalise. Dans ce pays, les gens ne parlent que d’alliance. Mais, les vraies alliances, ce sont les alliances internationales. Nous avons reçu la dernière fois, la visite d’un parti malien. Nous sommes socialistes, nous partageons les mêmes idéologies. Si cette alliance existe, c’est parce que nous sommes pris au sérieux, même par la communauté internationale. Nos dossiers sont en train d’être étudiés en ce moment pour être admis à l’international socialiste. Ce sont des marques en volonté politique et démocratique. Parce que vous n’allez pas avoir des alliances internationales et faire n’importe quoi dans votre pays. Cela veut dire que nous sommes sérieux. Nous célébrons dans les prochains jours, le 6è anniversaire de notre parti. Cela sera l’occasion pour nous, de dégager les perspectives pour les années à venir, et qui pourront nous conduire à travailler au développement de la Côte d’Ivoire.

linfodrome.com

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