12112018Headline:

Andre Silver Konan: Ce que le RDR fait qui peut repositionner Bedié

Parti unifié décryptage André Silver Konan. « Attention, vous êtes en train de repositionner Bédié », prévient-il le RDR et son président d’honneur.

Tout de suite, j’aimerais mettre tout le monde à l’aise. Depuis le début de cette affaire de parti unifié, je n’ai jamais donné ma position personnelle. Je me contentais jusque-là de commenter certaines positions, soit en les tournant en dérision, soit en relevant leur vacuité.

Eh bien, voici ma position. Personnellement, je suis favorable au principe du parti unifié. Je suis favorable à un parti unifié regroupant la mouvance présidentielle et un parti unifié comprenant les opposants. Je milite aussi bien pour une mouvance présidentielle forte, que pour une opposition forte. Pourquoi ? Pas pour les beaux yeux d’Alassane Ouattara ou de Pascal Affi N’Guessan, mais parce que deux groupes forts ayant des visions différentes, rend les positions plus lisibles et annihile les tensions en interne. Conséquence : cela est bénéfique à notre démocratie. Nous avons plus de cent partis politiques, à quoi cela nous a servi jusque-là ? Les regroupements sont donc une meilleure option.

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De même, Laurent Gbagbo au pouvoir a dû gouverner avec La majorité présidentielle (LMP). Alassane Ouattara est arrivé au pouvoir avec le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Cela signifie très clairement qu’un parti unifié est la solution pour accéder au pouvoir ou pour s’y maintenir, étant entendu qu’aucun des trois principaux partis (FPI, PDCI et RDR), ne peut à lui seul conquérir et accéder au pouvoir.

Parti unifié décryptage André Silver Konan
Mais autant je suis favorable à un parti unifié, autant je suis foncièrement opposé à une unification au forceps. Autant le dire tout de suite. La méthode choisie par Alassane Ouattara pour imposer un parti unifié (qui ne verra, du reste, jamais le jour) n’est pas bonne. Cette méthode à la Donald Trump a atteint ses limites.

Il n’y avait aucune urgence à constituer un parti à constituer. Il aurait fallu épuiser les négociations en interne. Au 21è siècle, aucune coalition politique ne se forme au forceps. Ce n’est pas Angela Merkel qui dira le contraire, elle qui a mis plusieurs mois à négocier avec ses actuels alliés, après son élection, pour former un gouvernement « unifié ».

« MA POSITION CONCERNANT BÉDIÉ EST CONTENUE DANS MON POSTULAT SUIVANT : EN 2020, NOUS NE VOULONS PAS DES COLLABORATEURS D’HOUPHOUËT ET SES OPPOSANTS HISTORIQUES. CELA INTÈGRE AUSSI BIEN BÉDIÉ, QUE OUATTARA, GBAGBO, SANGARÉ, DIABATÉ ET J’EN PASSE »

A y voir de près, l’assemblée générale constitutive ne visait qu’un but, un unique but : dégager Henri Konan Bédié de la présidence de la conférence des présidents des partis membres du RHDP. C’est tout. Ne nous voilons pas la face. L’enjeu étant le choix du candidat de la mouvance présidentielle aux échéances de 2020.

Erreur de Ouattara
Mais c’est là justement où Alassane Ouattara, réputé homme à atteindre toujours ses objectifs (en la matière il l’a réussi, puisqu’il a réussi à dégager Bédié, en douceur) vient de commettre sa première ou sa deuxième (j’y reviendrai) véritable erreur politique, depuis son accession au pouvoir. Parce que son objectif ultime qui consiste à placer à la tête de la Côte d’Ivoire, l’homme de son choix est en train d’être compromis, par l’opportunité de ce choix de l’assemblée générale constitutive d’un parti à constituer. Le coureur qui avait pris une large avance sur partenaires et concurrents serait-il en train de gâcher son avantage ?

Mais avant de poursuivre, il faut peut-être que je lève des équivoques. D’abord, le parti à unifié n’est pas une erreur. Cependant sa constitution en l’absence de Konan Bédié et de Guillaume Soro, en est une. En fait, sans le vouloir, le RDR et son président d’honneur sont en train de repositionner Bédié. Avant de m’expliquer, je tiens à préciser des positions. Je ne suis pas bédiéiste, je ne l’ai jamais été, je ne le serai sans doute jamais. Ma position concernant Bédié est contenue dans mon postulat suivant : « en 2020, nous ne voulons pas des collaborateurs d’Houphouët et ses opposants historiques, non parce qu’ils seraient vieux, mais parce qu’ils ont échoué à faire de la Côte d’Ivoire, un pays émergent en l’espace d’une génération ». Cela intègre aussi bien Bédié, que Ouattara, Gbagbo, Sangaré, Diabaté et j’en passe. Que les choses soient donc très claires pour tous !

Mais analysons froidement la situation. Depuis que Bédié qui jusque-là jouait à un double jeu, a décidé de clarifier ses positions (modestement, je pense avoir participé à cela, vu que je demande avec insistance depuis quelque temps, que les hommes politiques clarifient leurs positions), il est devenu davantage populaire au sein des bases du PDCI, des supporteurs de Soro, mais aussi des anti-Ouattara traditionnels, tout comme des frustrés du RHDP.

Ticket Bédié-Soro ?
Alors qu’est-ce qui risque (je dis bien risque, parce que je milite pour un renouvellement de la classe dirigeante) d’arriver ? Eh bien, Bédié pourrait se poser en homme rassembleur que Ouattara a étonnamment refusé d’être. Il pourrait même rassembler les deux tendances du FPI, au cas où Gbagbo n’est pas libéré sous conditions, avant la fin de l’année et prendre la tête d’une vaste coalition regroupant les anciens rebelles, les bannis du RHDP (Brahima Soro, Azoumana Moutayé, pourquoi pas Anaky Kobenan et Gnamien Konan), les Moriféré Bamba, Francis Wodié, les deux tendances du FPI ou l’une d’entre elles, les partisans de Blé Goudé et même les déçus de la gouvernance du RDR et ils se comptent par milliers. Un ticket Bédié-Soro n’est pas à exclure. Je répète : un ticket Bédié-Soro n’est pas à exclure en 2020.

Et quel que soit ce qu’on reproche à Bédié (à mon avis, il n’a plus rien à proposer en terme de gouvernance) et à Soro, ce ticket ferait mouche devant n’importe quel ticket présenté par Ouattara (Gon-Duncan, Duncan-Gon, Gon-ahoussou) ou porté par Ouattara lui-même.

Si j’ai un seul conseil à donner aux initiateurs du RHDP unifié, c’est d’aller épuiser les négociations avec leurs potentiels adhérents. Pour une raison toute simple. Si en 2010, Alassane Ouattara, au plus fort de sa popularité s’était présenté avec une telle coalition rabougrie (RHDP sans le PDCI-Bédié, le RDR-Soro, le PIT-Wodié, le MFA-Anaky-Moutayé, l’UPCI-Gnamien Konan-Brahima Soro), il aurait proprement perdu les élections. Et on le sait tous !

André Silver Konan

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