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Après la révocation d’Akossi Bendjo, des populations du Plateau prennent la révolte…

Il était environ 10h15 min ce jeudi 02 août 2018, lorsque des femmes, bandeaux rouges autour de la tête, sifflets à la bouche, ont envahi la cour de la mairie du Plateau. Elles ont été très vite rejointes par des jeunes de la commune, des militants du Pdci-Rda et quelques agents de la mairie.

Des éléments de la police nationale, sans doute informés des mouvements, étaient en position, pour certainement circonscrire la manifestation. « On veut Bendjo », scandait en chœur la foule rassemblée dans la cour de la mairie, non loin de la salle des mariages. « Nous sommes venus manifester notre mécontentement parce que notre maire a été révoqué de ses fonctions en violation de toutes les procédures », a confié à L’inter Mme Krizo Anastasie, secrétaire général de l’Association des femmes résidentes du Plateau (Afrp).

Les femmes pour le coup d’envoi. C’est, en effet, cette organisation qui a initié ce mouvement qui entend « dénoncer avec fermeté, la décision du gouvernement qui révoque le maire Akossi Bendjo de la tête de la mairie du Plateau ». Ces jeunes, femmes, militants du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) et agents exerçant à la mairie du Plateau, acquis à la cause de M. Bendjo, sont convaincus que le désormais ex-maire est victime d’un acharnement politique. « Depuis des mois, le maire du Plateau est acculé. On l’accuse de tout et de rien. Et maintenant, ils vont jusqu’à le révoquer, l’accusant de vol, détournement, etc. Pour notre part, si le maire est touché, c’est aussi la population du Plateau qui est touchée, étant donné qu’il s’occupe de nous. Pour cette raison, nous allons manifester jusqu’à obtenir qu’il soit réintégré dans ses fonctions », s’est exprimée la Sg de l’Afrp. Puis d’ajouter : « Nous savons que la raison principale pour laquelle le maire Bendjo subit cette injustice, c’est son refus d’adhérer au parti unifié ».

Pour un autre manifestant, K. K., bien introduit dans les arcanes du Pdci, « Bendjo a trop fait pour Ouattara. Il ne mérite pas ce qui lui arrive ». Il se rappelle que si le président Ouattara a été accepté au Plateau, c’est grâce à Akossi Bendjo et que c’est surtout à cause de ce dernier que beaucoup d’entre eux ont soutenu en 2010 le Rhdp et son candidat Alassane Ouattara. « Nous étions, pour la plupart, de Lmp (La majorité présidentielle, Ndlr). Mais à cause de Bendjo, nous sommes devenus Pdci et avons soutenu par la suite Alassane Ouattara au second tour de la présidentielle de 2010. C’est pour cela que nous disons que ce n’est pas comme cela que Ouattara doit le remercier », a-t-il regretté.

Colère. Si la plupart des manifestants font une fixation sur le cas Bendjo, d’autres, par contre, se projettent un peu plus loin. Ils craignent, pour leur part, peut-être avec ironie, que « le gouvernement en vienne à démettre et nommer bientôt les chefs de village ». « C’est à cela qu’on s’achemine, si on n’y prend garde. La situation est bien plus inquiétante qu’on pourrait le penser », a fulminé une dame, la soixantaine révolue, se faisant appeler ‘Maman Bendjo’’. La manifestation a duré à peine une heure (10h-11h), avant que la foule, conduite par l’Afrp, ne se déporte à la permanence du Pdci, toujours dans la commune du Plateau.

Entre-temps, au niveau de l’administration, quand bien même le service semblait se dérouler normalement, on pouvait s’apercevoir nettement que le personnel était encore sous le choc. Chacun semblait avoir des récriminations contre les reproches faits à leur ex-patron. « Nous sommes tous en colère, mais si nous ne réagissons pas comme ceux qui sont présentement dehors, ce n’est pas tant parce que nous ne voulons pas le faire. Mais, à bien réfléchir, on se dit que c’est peine perdue. Si les gens ont été capables de dire à la face de toute la nation, à la télévision nationale qui est suivie dans le monde entier, que le maire est un voleur, imaginez vous-mêmes ce qu’ils sont capables de nous faire », s’est exprimé un agent sous le couvert d’anonymat.

Craintes. Autant le dire, pratiquement tout le monde a peur. Personne n’ose parler à visage découvert. Même sous le sceau de l’anonymat, nombreux sont ceux qui ne veulent pas prendre le risque. Du côté des responsables, bien que très réservés également, ils ont confié qu’ils essaient tant bien que mal de remonter le moral à leurs collaborateurs. « Ce n’est pas facile pour eux parce que le maire, il faut le dire, c’est comme un père pour nous. Mais nous essayons tant bien que mal de leur remonter le moral », a soufflé un interlocuteur, membre de l’administration municipale. Mécontente elle aussi, notre source a relevé certaines irrégularités dans la procédure qui a conduit à la révocation de M. Bendjo.

D’abord pour ce qui est de l’instruction entreprise par le ministère de l’Intérieur qui a abouti à cette situation, notre interlocuteur indique qu’elle n’a pas été menée dans les règles de l’art. A savoir que « l’instruction a eu lieu alors même que le maire était hors du pays ». Il croit savoir que des voix plus autorisées ont conseillé, en son temps, les instructeurs d’attendre le retour du maire pour entreprendre l’action en question. Malheureusement, dit-il, « cela n’a pas été entendu vu que les gens étaient en mission commandée ». Ensuite, il a évoqué le fait qu’aucune copie du rapport de l’instruction ne leur ait été adressée. « On a été informés des résultats de l’instruction, comme tout le monde, à la télévision, lors de la lecture du communiqué final sanctionnant le conseil des ministres », a avancé la source, évoquant d’autres mouvements en préparation.

Le service assuré

En dépit de l’ambiance plutôt inconfortable qui régnait hier jeudi à la mairie du Plateau, le service était assuré, les agents étant chacun à son poste. Mais, à la vérité, ce n’est pas la volonté de débrayer qui a manqué au personnel. A preuve, certains d’entre eux prenaient activement part à la manifestation conduite par l’Association des femmes résidentes du Plateau (Afrp). Des sources bien introduites ont fait savoir que dès le déclenchement du sit-in, le secrétaire général de la mairie, Amankou Jean-Michel, a réuni les manifestants, le personnel de la mairie ainsi que le responsable des forces de l’ordre sur place, avec lesquels il a échangé. Le message qu’il leur a livré, apprend-on, était «de surseoir à tout mouvement ». Aux agents particulièrement, « il a demandé de poursuivre le travail ». Un tel message, vraisemblablement, a été entendu de tous. Interrogé pour en savoir plus sur des dispositions particulières qui auraient été arrêtées à la suite de la révocation du maire Akossi Bendjo, Amankou Jean-Michel a indiqué qu’en tant que secrétaire général de la mairie, son rôle est de servir d’interface entre le ministère de l’Intérieur et les organes de la mairie. Par conséquent, il ne lui revenait pas de faire un quelconque commentaire de la décision du gouvernement révoquant M. Bendjo. « Je suis tenu par l’obligation de réserve. Par conséquent, je ne peux que prendre acte de cette décision. Et je reste dans l’attente des instructions du ministère de l’Intérieur », a-t-il coupé court. Pour le reste, le Sg nous a renvoyé à l’administration de la mairie.

Quelques désagréments quand même

Bien que le service n’ait pas été interrompu durant la journée de jeudi à la mairie du Plateau, des usagers ont rencontré quelques désagréments. C’est le cas pour des couples dont le mariage était prévu ce jour. En effet, du fait des manifestations qui avaient lieu dans la cour de la mairie, des couples ont dû rebrousser chemin, préférant patienter à l’extérieur du bâtiment le temps que les choses se calment. Bien entendu, une telle décision a été prise de commun avec les maires célébrants, qui, eux non plus, ne pouvaient prendre le risque d’unir des couples alors qu’à tout moment les manifestations pouvaient dégénérer. C’est le cas du couple N’guessan dont le mariage était prévu à 10h. Mais par la force des choses, c’est autour de 11h que celui-ci a été célébré. Au niveau de l’état civil également, quelques ralentissements dans l’exécution du service au profit de certains des usagers ont été observés. Entre réunion du personnel et coups de sifflets des manifestants mécontents, il y avait de quoi suspendre le travail quelques minutes ou observer quelques moments de distraction. Il convient de noter tout de même que vers 11h, le calme était revenu.

fratmat.info

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