10152018Headline:

Après l’AG du parti unifié: Affi N’guessan crache ces vérités…

Congrès ordinaire, scission au Front populaire ivoirien (Fpi), rapports avec Laurent Gbagbo, crise chez les houphouétistes…L’ancien Premier ministre, à la tête du Fpi, Pascal Affi N’guessan, a répondu à nos questions, lundi 16 juillet 2018, à sa résidence de la Riviera-Mbadon (Cocody). M. Affi, qui brigue un nouveau mandat à la présidence du Fpi, n’entend pas changer le nom du parti, et mise ouvertement sur une alliance avec le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci).

Vous aviez reporté votre congrès pour donner des chances à la réconciliation avec le camp Abou Drahamane Sangaré. Le fait de convoquer un congrès, les 27 et 28 juillet 2018, est bien le signe que les retrouvailles entre vous et vos camarades se feront à la Saint-Glinglin ?

Non ! Cela veut dire que nous avons suffisamment avancé sur le chemin des retrouvailles. C’est un processus. Nous n’attendrons pas qu’il soit totalement achevé avant de penser à nous organiser pour consolider nos structures, faire le bilan de ce qui s’est passé de 2001 jusqu’à ce jour, réorganiser le parti, et prendre des engagements pour l’avenir. Il y a un certain nombre de défis qui exigent que nous tenions le congrès même si le processus d’unité n’est pas totalement achevé. Nous le poursuivrons après le congrès, dans la mesure où un parti politique est une organisation ouverte. A tout moment, des militants peuvent sortir, revenir s’ils le souhaitent. C’est un processus dynamique. Nous pensons que ce congrès permettra de booster l’action du parti et résoudre les dernières difficultés en matière de restauration de l’unité.

Vous tenez votre congrès les 27 et 28 juillet. Vos adversaires tiennent le leur le 4 août, soit une semaine après. N’est-ce pas la preuve que la division est consommée ?

J’espère que ce n’est pas le signe que la division est consommée. Parce que, de toute façon, leur congrès n’est pas un congrès du Fpi. On peut l’appeler comme on veut, mais ce n’est pas un congrès du Fpi. Il n’y a pas deux Fpi, mais un seul : celui qui est régulièrement enregistré auprès des autorités ivoiriennes et de la communauté internationale. C’est ce Fpi qui tient son congrès les 27 et 28 juillet. Des camarades qui ont des différends contre la direction du parti peuvent se réunir à un endroit, mais cela ne peut nullement être considéré comme un congrès.

Est-ce que vous êtes encore en lien avec vos adversaires ? Est-ce que le contact n’est pas rompu ?

Personnellement, je n’ai pas de contact direct avec (Abou Drahamane) Sangaré qui anime cette fronde. Mais, par diverses personnes au sein du parti, il y a des contacts. Moi-même, je reçois les militants en vue de leur expliquer les tenants et les aboutissants de la fronde. Je suis sur le terrain dans le cadre d’une opération baptisée « Socrate ». Elle se déroule présentement à Abidjan et va s’étendre à l’ensemble du territoire.

L’ancien président, Laurent Gbagbo, ne vous a pas reçu jusqu’ici, tandis qu’il a accepté d’échanger, dans sa prison de La Haye, avec des personnalités du bloc Sangaré. Venant de votre leader à tous, est-ce que le message n’est pas suffisamment clair ?

C’est un message clair que le temps de me recevoir n’est pas arrivé, et que, pour le moment, il reçoit des personnalités qui ne sont pas forcément du Fpi, qui ont été, même parfois, des adversaires rudes. Certainement que lorsqu’il aura fini avec ceux qui ne sont pas très proches de lui, il pourra, en ce moment, me recevoir.

Vous avez espoir qu’il vous recevra un jour ?

Nécessairement ! Ce n’est pas une question d’espoir. C’est une certitude qu’il me recevra un jour.

En avez-vous fait la demande ?

Il y a longtemps que je l’ai faite. C’est pour cela que je dis que le moment n’est pas encore arrivé. Tout dépend de son calendrier. Vous voyez bien que ces visites obéissent à un calendrier politique. Cela veut dire que dans le calendrier politique du président Laurent Gbagbo, recevoir le président du Fpi devra se faire à un moment autre que celui où il reçoit des personnalités qui étaient ses adversaires au moment où il était au pouvoir, qui ont souvent joué un rôle important dans la situation dans laquelle il se trouve actuellement. Nous n’appartenons pas à la même catégorie de visiteurs. Je suppose que la catégorie de visiteurs qui est la nôtre sera reçue par la suite.

En conférence de presse, le 3 juillet dernier, vous annonciez avoir fait acte de candidature à la présidence du Fpi, lors du congrès des 27 et 28 juillet. Est-ce une façon, pour vous, de vous positionner, d’ores et déjà, pour la présidentielle de 2020 ?

C’est d’abord la poursuite de la mission que j’ai à la tête du parti. Si j’ai fait acte de candidature, c’est parce que les camarades avec qui je travaille, au niveau de la direction, ont estimé que je devrais continuer et que le travail n’était pas achevé. Ils ont estimé que je devrais poursuivre le travail de reconstruction du parti. La question de la présidentielle de 2020 sera certainement posée à l’occasion d’un congrès futur. Si, à cette occasion, les camarades estiment que je peux les représenter valablement, la décision sera prise. Mais, pour le moment, nous sommes à la phase du 4e congrès ordinaire du parti qui doit doter le Fpi d’une nouvelle direction.

A titre personnel, êtes-vous disposé à être candidat en 2020 ?

Évidemment ! C’est un honneur, pour un militant, d’être choisi comme candidat à une élection présidentielle. Il n’y a pas de fausse modestie en la matière. Personnellement, je suis prêt. Je suis disponible. Je pense que je peux valablement représenter la famille politique du Fpi. Mais la décision appartient aux militants, à travers le Congrès.

Lors de votre congrès, vous travaillerez sur la politique générale du Fpi. Comment entrevoyez-vous l’avenir ?

Nous sommes en train de reconstruire le parti. Reconstruire le parti, c’est à la fois dans l’organisation, dans la présence sur le terrain, mais aussi et surtout dans l’animation. Aujourd’hui, cela fait plus de 30 ans que le parti existe. Il faut du sang neuf. Il faut renouveler les hommes. Ce congrès va permettre d’injecter du sang neuf dans la direction du parti. Nous avons organisé ce processus depuis 2013 où je suis sorti de prison. Nous allons le consolider avec le congrès. Un parti est un organisme vivant. Il y a des jeunes qui étaient adolescents en 1990, qui sont des adultes aujourd’hui. Ils ont acquis de l’expérience. Il faut leur donner l’occasion de participer à l’animation du parti. Il y a des femmes qui se sont révélées, depuis plusieurs années, comme pouvant apporter de l’énergie à la direction du parti. Nous avons l’ambition d’instaurer la parité. Cela participera des innovations. C’est un parti revigoré, redynamisé, que nous voulons proposer à l’occasion de ce congrès.

En 2011, au sortir de la crise, le professeur Mamadou Koulibaly avait suggéré le changement de dénomination du Fpi. Sa proposition lui avait valu quelques adversités. Est-ce que cette perspective, pour vous, est envisageable ?

A l’heure actuelle, je ne pense pas que cela soit envisageable, parce que cela ne correspond pas à une réalité politique. Il est vrai que la crise a porté un coup à l’image du parti, de 2002 à 2010. Mais aujourd’hui, lorsqu’on discute avec les militants, il y a plus une démarche à moderniser, une vision à actualiser, plutôt qu’un nom à changer. Depuis 2013, nous avons beaucoup travaillé à redorer le blason du parti, à démontrer que nous avons tiré les enseignements de la crise, que le Fpi est un parti moderne, qui veut rester ancré dans les valeurs fondamentales de la démocratie, de la justice, de la solidarité nationale, de l’ouverture au monde extérieur. Il n’y a pas de raison qu’on aille jusqu’à changer de nom. Changer de nom, c’est changer d’identité. C’est une façon de renoncer à son passé, à son histoire, à ce capital politique qui fait la spécificité du Fpi et sa contribution à l’évolution politique de la Côte d’Ivoire.

Qu’en est-il de vos relations avec l’Internationale socialiste ?

Nous sommes restés en contact avec les responsables, à commencer par le président du comité Afrique de l’Internationale socialiste, qui est souvent à nos côtés. Même si nous ne participons pas aux réunions en raison de ce qui s’est passé, nous sommes en contact permanent avec les partis membres de la sous-région. Et nous sommes invités à toutes les manifestations de ces partis : qu’il s’agisse du Pnds du Niger, du Mpp Burkina Faso, de l’Adéma du Mali. Cela veut dire que ces partis ne nous ont jamais renié. C’est une question de principe qui a été posée à cause de la crise post-électorale, de la guerre. L’Internationale a estimé qu’il nous fallait régler ce problème avant de participer aux réunions. Aujourd’hui, nous sommes bien avancés. Notre participation au congrès du Parti socialiste français est bien le signe que, dans les faits, nous sommes de retour dans l’Internationale. Nous étions en Allemagne avec le Spd, qui fait partie des poids lourds. C’est dire que nous sommes, dans les faits, dans l’Internationale, même si, formellement, nous n’avons pas encore été invités au congrès. Nous espérons que cela se fera à l’occasion du prochain congrès. Cela dit, il faut savoir que l’Internationale socialiste a, elle-même, quelques difficultés sur le plan international. Il y a une forme de crise qui prévaut et qui a conduit certains partis, surtout européens, à créer une autre plateforme qui est l’Alliance progressiste conduite par les Allemands et qui essaie de s’implanter en Afrique. Cette situation explique, dans une certaine mesure, pourquoi notre retour n’est pas encore formalisé. Nous sommes en contact avec l’Alliance progressiste, à travers le Spd qui nous a invités. Est-ce que nous rentrerons dans les deux organisations ? Est-ce que nous resterons uniquement à l’Internationale socialiste ? C’est une question qu’on pourra examiner à l’intérieur des structures.

Des partis politiques étrangers ont été invités à votre congrès ? De quels pays proviennent-ils ?

Tous les partis importants en Afrique ont été invités : au Sénégal, au Mali, au Burkina, au Ghana, au Niger, au Tchad, en Angola, en Afrique du Sud avec l’Anc, en Mauritanie, au Maroc…En Europe, nous avons invité des partis français, espagnol…Des partis brésilien et américain sont aussi invités. Nous avons une soixantaine d’invitations.

Les relations sont, depuis quelque temps, tendues entre les alliés houphouétistes, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, autour de la question du parti unifié. On devine qu’en tant qu’opposant, vous ne vous apitoyez pas sur leur sort ?

La politique n’est pas le domaine des larmes, mais celui des réalités objectives. Nous ne sommes pas surpris par l’évolution du Rhdp. Depuis deux ans, j’ai prédit que le Rhdp éclaterait puisque la mission qu’il s’était fixée s’est achevée. Ce que nous observons est l’évolution normale d’une organisation qui a fini de servir. Par rapport à cela, il faut pouvoir créer une autre coalition pour que la Côte d’Ivoire ait une alternative politique. Dans un pays, si une coalition au pouvoir échoue, il faut une autre coalition pour la relève sinon le pays bascule dans la crise, dans l’incertitude, avec tous les risques que cela comporte. En Côte d’Ivoire, nous avons expérimenté l’alliance Fpi-Rdr, l’alliance Rdr-Pdci, il reste l’alliance Fpi-Pdci pour boucler la boucle. Je crois que ce moment est venu, celui de rassembler tous ceux qui veulent mettre fin à la situation de crise dans laquelle se trouve le pays, d’instabilité, de violence, d’injustice, de mauvaise gouvernance, de division du peuple, d’insécurité généralisée. C’est le message que véhiculent, à l’ensemble de la classe politique, les querelles actuelles au sein du Rhdp. Nous sommes prêts. Nous sommes déjà debout pour aller à cette coalition pour qu’en 2020, le changement soit effectif.

Vous avez rencontré, en début d’année, Henri Konan Bédié. Est-il disposé à une alliance ou un rapprochement avec le Fpi ?

Le fait de nous recevoir est déjà un rapprochement. On ne peut pas se parler si on n’est pas proche. L’audience qu’il nous a accordée est un signe de rapprochement. En dehors du président Bédié, nous avons rencontré d’autres cadres du Pdci. Nous avons senti cette disposition à envisager une action commune du Pdci et du Fpi. Je pense que dans la situation actuelle, tel que les choses évoluent, ni le Pdci, ni le Fpi n’auront d’autre choix que de se mettre ensemble, parce que l’échiquier politique est tel que c’est dans une coalition qu’on peut gagner. Parce que, si demain il y a des candidats Fpi, Pdci, Rdr, il n’y a aucune perspective de régler la question au premier tour. Il faudra nécessairement un second tour. Or le second tour sera celui des alliances. Ce sont ceux qui se mettront ensemble qui gagneront l’élection présidentielle.

Vous rêvez d’une alliance Pdci-Fpi en 2020 ?

Oui ! Je pense que c’est ce qui est en train de se dessiner. Je ne vois pas comment cette perspective pourrait ne pas se réaliser. La seule chose qui pourrait empêcher cette perspective serait que Alassane Ouattara fasse marche arrière pour dire qu’il soutient le candidat du Pdci en 2020. Or, aujourd’hui, tout démontre qu’il est dans une posture contraire, qu’il a fait l’option d’avoir son candidat et de voir comment il peut construire une coalition autour de son candidat en grignotant dans les autres partis, notamment au Pdci, à travers un certain nombre de cadres qui viennent de se regrouper dans un mouvement baptisé « Sur les traces d’Houphouët-Boigny ». Le schéma est clair, M. Ouattara cherche à consolider son groupe. A défaut d’avoir le Pdci comme un allié, comment il peut consolider autour de sa personne des militants du Rdr, du Pdci, de l’Udpci, etc. Nous avons connu ce schéma en 2000, sous feu le général Robert Guéi. Nous savons très bien que ce schéma n’a pas prospéré. Je crois que c’est une initiative qui connaîtra le même sort que celle qui, par la suite, a donné naissance à l’Udpci. Nous ne sommes pas inquiets parce que nous connaissons l’électorat ivoirien. Ceux qui en ont une expérience superficielle peuvent croire qu’en débauchant des cadres dans un certain nombre de partis, on peut construire une majorité. Nous-mêmes avons fait l’expérience de La Majorité présidentielle (Lmp), avec le président Gbagbo. Aujourd’hui, cette Lmp se réduit au Fpi. Nous n’avons pas de doute que nous nous acheminons vers une alliance qui aurait comme colonne vertébrale le Fpi et le Pdci, auxquels pourraient s’associer d’autres formations politiques.

Réaliser par Esther Lignon

linfodrome.com

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