08182017Headline:

Armée ivoirienne, à la guerre comme à la paix ?

En Côte d’Ivoire, les élections présidentielles et législatives globalement apaisées avaient laissé planer l´espoir d´un pays réconcilié. Bon nombre d´Ivoiriens y ont cru. Mais hélas, le spectre des batailles militaires d’en temps et les promesses de guerre non tenues viennent davantage fragiliser les maigres efforts de paix si chèrement acquis.

Ruben Boni

Alors que les fêtes de fin d´année s’ achèvent sur un goût amer, voici 2017 qui commence sous des auspices peu glorieux. Les Ivoiriens sont sur le qui-vive. À en croire les messages qui circulent, le « pays sera gâté ! ». Pour cause, le vendredi 6 janvier 2017, une mutinerie éclate à Bouaké avant de s’étendre, le même jour, dans plusieurs autres villes du pays.

Des soldats occupent les artères principales de ces villes et tirent des coups de feu en l’air pour exprimer leur mécontentement. Les mutins, essentiellement des ex-combattants réintégrés à l’armée régulière suite à la crise postélectorale de 2011, réclament une amélioration de leur condition et l’exécution d’une promesse de guerre.

L’éveille des armes…

Après de nombreux désaccords avec le gouvernement, un terrain d’entente est finalement trouvé. Les ex rebelles intégrés à l’armée percevront chacun 12 millions de Francs CFA, ceci, suivant un échéancier précis échelonné sur toute l’année en cours. Environ 8500 soldats sont concernés par cet accord.

Dans la foulée du début effectif du paiement des primes, d’autres coups de feu se font entendre ici et là. A Daloa, Dimbokro, Yamoussokro, Man et bien d’autres villes du pays, une autre mutinerie est en cours. De toute évidence, il s’agit de soldats et de gendarmes non concernés par ladite entente. Ils expriment ainsi leur contrariété face à ce qu’ils considèrent comme une « injustice » à leur encontre. Ils feraient partie de cette portion de l’armée régulière restée loyale à l’ex Président Laurent Gbagbo, désormais pensionnaire de La Haye, jusqu’aux dernières heures de la crise post-électorale. Eux aussi veulent leur part du gâteau.

 

Et, le réveil des larmes…

Alors que les armes se font de nouveau entendre dans le pays, les blessures d’hier, jamais véritablement pansées, ressurgissent. Sur les réseaux sociaux comme dans les « grins » et kiosques à journaux, l’on recommence à commenter passionnément les dernières actualités. Même Charles Blé Goudé y va de son point de vue depuis La Haye où il est actuellement jugé pour crimes contre l´humanité. Il affirme que  la revendication des ex-combattants est « la preuve qu’ils sont des mercenaires » et qu’ainsi, « les soldats viennent enfin de réclamer les dents de la panthère à celui qui en a vraiment consommé la tête ».

Le mot « injustice » est scandé par le deuxième groupe de mutins qui se sent délaissé. Ce même mot entendu mainte fois par une partie de la population pour qualifier le procès de l´ancien Président Laurent Gbagbo à la Cour Pénale Internationale.

Les antagonismes de la crise de 2011 refont surface. Nous voici, plus de cinq ans plus tard face à un scénario analogue à celui de la crise post-électorale. Et comme souvent, c´est la population civile qui trinque. Une population fatiguée et impuissante face ces tumultes à répétition qu´elle ne comprend d´ailleurs que très approximativement.

Cher gouvernement, entendez la peur de vos citoyens. Résorbez la crise militaire en privilégiant la voie pacifique. Car le malaise au sein de la grande muette est grand. Au-delà de simples  primes, veuillez construire une véritable armée nationale. Une armée reflétant les multiples couleurs qui composent la Côte d’ivoire, qu´on en finisse une bonne fois pour toute  avec cette mascarade, cette juxtaposition de deux armées réunies par la force des choses. Sans cet effort de votre part, en tant qu’Ivoirien épris de paix, j’ai bien peur que notre pays avance non pas vers l’émergence, mais bien vers une descente aux enfers.

Ivoire Justice

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