07212017Headline:

Assassinat du général Guéï: Me Singo Tia (Avocat de la famille Guéï) fait encore des révélations

robert guéi

Entretien

Assassinat du général Robert Guéï: Me Singo Tia (Avocat de la famille Guéï) fait des révélations

Les rôles joués par Affi, Lida, Alain Toussaint
Ses réserves sur la présence de Guéï à la Cathédrale

13 ans après l’assassinat du général Robert Guéï, l’avocat de la famille, Me Singo Tia, indique dans cette interview ce qu’il pense du procès à venir, non sans dire le rôle joué par Affi, Lida Kouassi et Alain Toussaint dans ce crime qui continue d’alimenter les conversations.

Treize ans après l’assassinat du général Robert Guéï, où en est-on avec la procédure engagée ?

Cela fait effectivement 13 ans que le général Robert Guéï a été assassiné. Nous avons eu un peu de difficultés au temps de Laurent Gbagbo pour porter plainte. Ce n’est que le 10 septembre 2012 que nous avons porté plainte au Tribunal militaire contre ”X”, militaires, gendarmes et l’Etat de Côte d’Ivoire pour assassinat du Gal Guéï et complicité d’assassinat. La même plainte, nous l’avons portée, le 7 septembre 2012, devant le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau avec le même objet. Aujourd’hui, Dieu merci, grâce au président Alassane Ouattara, l’enquête suit son cours normal et nous estimons que c’est accéléré pour que nous aboutissions à un procès équitable.

Avez-vous une idée de ceux qui ont enlevé et assassiné le général ?

Non et non! C’est pour cette raison que nous avons porté plainte contre ”X”, militaires, gendarmes et l’Etat de Côte d’Ivoire, parce que le 19 septembre 2002, nous étions tous en Côte d’Ivoire et captés sur nos postes de radio à l’intérieur de nos chambres. Seul Radio France internationale (Rfi) nous informait. Très tôt le matin, nous avons entendu Alain Toussaint (Conseiller du président Gbagbo, ndlr) faire des déclarations à partir du Vatican au moment où les kalachnikovs crépitaient à Abidjan. Les Ivoiriens terrés dans leurs maisons, on nous disait à la radio que ”ce qui se passait en Côte d’Ivoire, nous savons qui est derrière : c’est le Gal Robert Guéï”. Alain Toussaint l’a dit. Quelque temps après, Alain Toussaint est allé plus loin pour nous dire qu’on sait où il se trouve. Il est à la Cathédrale St-Paul d’Abidjan-Plateau. Quelque temps encore, les autorités ivoiriennes présentes sur le territoire à Abidjan comme à Yamoussoukro, en l’occurrence le ministre de la Défense d’alors, Lida Kouassi Moïse, a eu à faire une déclaration à la télévision pour nous dire que le Gal Guéï a été abattu par les gendarmes loyalistes du régime de Laurent Gbagbo parce qu’il partait faire sa déclaration de coup d’Etat à la Rti. Le Premier ministre d’alors (Affi N’guessan ndlr) a repris la déclaration à partir de Yamoussoukro. Dès lors pour le commun des mortels, ces personnes ont parlé au nom de l’Etat. Le président de la République étant en voyage au Vatican, si son Premier ministre fait cette déclaration et que son ministre de la Défense dit qui l’a abattu, nous on ne peut que porter plainte contre ”X”, militaires, parce que nous ne les connaissons pas, et eux, c’est l’Etat qu’ils représentaient. C’est une piste que nous avons donnée à l’enquêteur. On ne sait pas qui a assassiné le général. Nous, les ayants-droit, nous ne savons pas qui a assassiné le général. Mais, voilà la piste qu’on donne à l’enquêteur, et on attend que l’enquête aboutisse.

Le mardi 10 novembre dernier, le Procureur militaire, le juge d’instruction et vous-même étiez à la cathédrale, au domicile du général au Plateau et à la Corniche, 13 ans après. Que recherchiez-vous par cette procédure ?

C’est une procédure normale. Nous sommes en matière de crime. S’il y a une possibilité de reconstituer les faits pour éclairer davantage le juge d’instruction afin de mener à bon escient son enquête, je crois que c’est son plein droit. Cette reconstitution des faits n’est pas demandée par les ayants-droit ou les victimes que nous sommes. C’est une procédure purement judiciaire. C’est le juge d’instruction et le procureur militaire qui l’ont initiée. Ils nous ont appelé simplement pour assister. Je crois que c’est une bonne chose parce que tout cela va dans le sens de la manifestation de la vérité.

Qu’a révélé cette étape de la reconstitution des faits ?

L’enquête est secrète. J’étais présent, mais ce n’est pas moi qui l’ait initiée. C’est le commissaire du gouvernement et le juge d’instruction qui savent ce qu’ils recherchaient. Je ne peux vous dire si cette étape a relevé quelque chose. Je ne sais rien. Les deux personnes citées plus haut sont mieux placées pour vous situer.

Avez-vous des témoins qui permettent d’élucider l’assassinat du général ?

Pour nous autres victimes, si on a des témoins, ce seront les employés qui étaient à la maison le jour des faits, ou quelques survivants qui vont se présenter. Sinon, dire réellement qu’on a quelqu’un qui était présent le jour de l’assassinat, je dis non. Mais, avec l’enquête, peut-être que les gens vont dire certaines choses qui vont amener les enquêteurs à voir certaines personnes pour témoigner.

Qu’en est-il des membres de sa famille également assassinés ?

Vous savez, l’aide de camp du Gal Robert Guéï a sa famille. Peut-être que cette famille a engagé une poursuite, je n’en sais rien. Moi, en tant qu’avocat, je suis pour les ayants-droit du Gal Guéï, pour son assassinat. Pour sa femme, je n’ai pas porté plainte. Mais, par ricochet, tout cela va rentrer dans le cadre du procès du général. Sinon je n’ai pas porté plainte pour l’assassinat de sa femme.

Est-ce que les pièces à conviction ont été mises sous scellé pour pouvoir encore servir ?

Vraiment, je ne sais pas. Ceux qui mettent les pièces sous-scellé, dans ce cas d’espèce, c’est le procureur militaire et le juge d’instruction. S’ils l’ont fait, je ne peux pas le savoir. Je suis loin de leurs procédures, de leurs arrestations, si c’est avec un couteau ou une machette qu’il a été assassiné, on ne peut pas le savoir. C’est le jour du procès que tout cela sera déballé publiquement et on sera au courant de tout.

Lors de la reconstitution des faits, il y a un témoin qui a nommément cité l’ex-capitaine de la gendarmerie, Anselme Yapo dit Séka Séka. Alors, allez-vous explorer cette piste ?

Concernant la reconstitution des faits, je vous ai dit tout à l’heure que le commissaire du gouvernement et le juge d’instruction étaient sur le terrain. Ce sont eux qui savent les mobile de leurs recherches. Donc, celui qui a révélé ce nom que vous venez de dire et que je ne vais pas me permettre de répéter, cela l’engage. Moi, je ne l’ai pas entendu. Mais, si vraiment, il a eu à prononcer ce nom, c’est qu’il répondait à une question qui lui a été posée. Et ceux qui ont posé la question ont eu la réponse. Sinon, moi, j’étais là et on reconstituait les faits, et c’est ce que j’ai regardé. A part cela, je n’ai rien entendu du tout.

Des dirigeants du parti fondé par le général, l’Udpci, accusent l’ex-régime, notamment le Premier ministre Affi N’guessan, et des ministres. Qu’ont-ils à voir avec le crime commis ?

S’ils accusent, où ont-ils porté plainte contre Affi N’guessan ou autres ? Il ne suffit pas de s’asseoir là et pour des besoins politiques, accuser quelqu’un. Est-ce qu’ils ont porté plainte contre Affi N’guessan ? C’est cela le problème. Allez y les voir et leur demander pourquoi ils accusent Affi N’guessan ou tel autre régime, parce qu’on ne s’assoit pas dans sa maison pour crier. Nous, on a porté plaine, on suit l’enquête et on attend le résultat. On n’a accusé personne. On a porté plainte contre ”X”. S’ils disent que c’est Affi N’Guessan ou l’ancien régime, qu’ils portent plainte. Cela nous fera plaisir. Nous, aujourd’hui, en tant qu’ayants-droit de Robert Guéï, c’est la vérité qu’on recherche dans cette affaire pour qu’on sache les circonstances de la mort de notre père et de son entourage.

Maitre, le général Guéï a été pris à la Cathédrale St Paul d’Abidjan-Plateau. Savez-vous comment on l’y a découvert ?

Je ne peux pas le savoir dès lors que je n’étais pas à la Cathédrale. Je ne suis pas aussi l’enquêteur. C’est le commissaire du gouvernement et le juge d’instruction qui sont entrés dans l’édifice religieux. Ce sont eux qui sont mieux placés pour vous dire ce qui s’est passé, et non moi. Si je savais ce qui s’était passé, on n’allait pas se plaindre quelque part. On allait agir directement. Mais, on ne sait rien.

Selon vous, comment des prêtres ont-ils pu laisser un réfugié dans l’église emporté par des hommes en armes?

Mais qui vous a dit que le général Robert Guéï s’était réfugié à la Cathédrale ?

Tout le monde le sait et le dit ?

C’est vous qui écrivez.

Alors, dites-nous, où s’est il réfugié ?

Jusqu’à preuve de contraire, c’est au jugement que je saurai où le général était et où il a été pris pour être tué. Selon les déclarations des journalistes sur Rfi et à la télévision ivoirienne, le 19 septembre 2002, le général partait faire sa déclaration de coup d’Etat et il a été abattu par des gendarmes loyalistes à la Corniche. C’est tout ce qu’on sait. On ne sait pas si le général, en partant faire sa déclaration, est passé par l’ambassade des Etats-Unis ou bien l’ambassade de Guinée pour atteindre l’hôtel Ivoire, ensuite pour arriver chez les prêtres, ça on ne sait pas. Donc, ceux qui vous donnent l’information sur les religieux, vous pouvez aller vers eux ou bien au Tribunal militaire. Peut-être qu’ils pourront vous renseigner davantage.

Des témoins comme le Cardinal Agré sont morts. Cela ne complique-t-il pas le dossier ?

L’Eglise est une institution. Donc, ce n’est pas une personne. Mais, si je me rappelle bien, le Cardinal n’était pas en Côte d’Ivoire. Le président était au Vatican avec le cardinal quand il y a eu l’histoire du 19 septembre 2002. Les deux étaient en Italie ensemble. Si je me rappelle bien, il y avait une visite officielle de l’Etat de Côte d’Ivoire au Vatican. Alors, il y était. Donc, je ne sais pas s’il est témoin ou pas. En tout cas, c’est le Tribunal militaire qui pourra nous situer.

Le procès du général est annoncé pour le 19 novembre prochain. A quelques jours de ce rendez-vous, qu’est-ce que vous souhaitez ?

Le 19 novembre prochain, cela m’étonne puisque nous ne sommes même pas au milieu de l’enquête pour qu’on parle de procès. En matière de crime, ça passe aux Assises. Alors, le 19 novembre, c’est quelles Assises ? Les Assises d’Abidjan se tiennent dans la Cour du Palais de justice et non au Tribunal militaire. Donc, en tant qu’auteur de la dénonciation de cet assassinat, nous ne sommes pas informés du début d’un quelconque procès à la date du 19 novembre prochain.

Selon vous, quand est-ce que le procès pourrait avoir lieu ?

Je ne peux pas le dire. Seul les enquêteurs peuvent se prononcer là-dessus. A supposer que vous venez à mon étude et que je vous dise que l’enquête est bouclée, le dossier a été renvoyé devant la Cour d’Assises du Plateau, les Assises sont fixées officiellement, soit au 10 novembre, là au moins, c’est une précision que je vous donne. Car, j’aurais reçu moi-même les convocations pour mes clients. Là, c’est clair. Pour le cas d’espèce, nous sommes en matière de crime. Tant qu’il n’y a pas d’Assises, il n’y a pas de jugement d’assassinat ou de meurtre quelconque. Donc les informations qu’on voit ou on entend ici et là n’engagent que leurs auteurs.

En attendant le début du procès, quel sentiment général vous anime ?

Je félicite le président de la République, Alassane Ouattara, pour le courage qu’il a eu en instruisant le ministre de la Justice pour faire la lumière sur cette affaire. Lors de sa campagne en 2010, il avait toujours prôné d’éclairer les Ivoiriens sur les circonstances de la mort du général Guéï, parce qu’il y avait assez de supputations. On disait:” c’est tel, ”tantôt” c’est tel qui auteur de l’assassinat…” Donc, aujourd’hui, si l’enquête avance, nous en tant que Conseil des victimes, nous nous réjouissons. En plus du président de la République, nous félicitons les acteurs de l’enquête comme le Commissaire du gouvernement, Ange Kessi, ses juges d’instruction du Tribunal militaire, le Doyen des juges d’instruction du Tribunal correctionnel du Plateau et ses juges d’instruction du Plateau. Vraiment, qu’ils accélèrent le dossier pour nous libérer. Moralement, les ayants-droit sont abattus, ils sont affaiblis, ils veulent comprendre la circonstance de la mort de leur géniteur et de son entourage. Cette mort qui s’apparente à un génocide, parce qu’on ne peut pas comprendre qu’on dise que quelqu’un s’en va faire un coup d’Etat en jogging et qu’on vienne assassiner son boy à la maison, qu’on vienne tuer sa femme et ses belles-sœurs, qu’on vienne prendre sa garde rapprochée chez lui à la maison, mais pas au front. Croyez-vous en cela ? C’est un général solitaire alors ? Pour qu’on soit tous éclairés et qu’on puisse pardonner, que justice soit faite.

Interview réalisée par Cyrille DJEDJED

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