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Attaques de drones en Russie : “Les Ukrainiens font peser une menace” sur les régions frontalières

Une attaque de drones attribuée à l’Ukraine a fait trois morts, lundi, sur une base militaire russe stratégique, déjà prise pour cible au début du mois. Si ces frappes, loin du front, ne changent pas pour le moment la nature du conflit, elles permettent aux Ukrainiens de maintenir la pression sur Moscou, contraint de mobiliser d’importants moyens pour protéger son territoire.

L’Ukraine contre-attaque : soumise à un déluge de feu depuis le début de l’invasion russe, Kiev montre ces dernières semaines sa capacité à frapper le territoire russe. Lundi 26 décembre, Moscou a accusé l’Ukraine d’avoir lancé un drone contre la base aérienne d’Engels, située à près de 600 kilomètres du front. Une attaque qui intervient moins d’un mois après une autre incursion contre cette même installation.

Principale base d’opérations de l’aviation à long rayon d’action de la Russie occidentale et abritant une trentaine de bombardiers capables d’emporter l’arme nucléaire, Engels est une cible de choix pour l’armée ukrainienne et témoigne d’une étonnante facilité des Ukrainiens à frapper en profondeur le territoire russe.

Selon les agences de presse russes, l’engin volant a été abattu par les défenses anti-aériennes mais sans endommager les avions stationnés sur le tarmac. Cependant, les débris de l’appareil ont causé la mort de trois techniciens de la base. “Ce serait plutôt le drone lui-même qui a explosé”, estime sur France 24 Michel Olhagaray, ancien commandant de l’école Navale.

Des doutes subsistent également sur l’absence de dégâts. En réalité, plusieurs appareils de l’armée russe auraient été touchés, assure le média The War Zone, selon qui certaines bases russes ont récemment décidé de disperser leurs avions pour réduire les risques de destruction.

“Zone de guerre”
Comme à son habitude, Kiev n’a fait aucun commentaire officiel sur ces récents incidents, sans doute pour éviter d’offrir aux Russes un prétexte à une nouvelle escalade. Certaines déclarations laissent cependant peu de doutes sur l’implication de l’Ukraine. “Si les Russes pensaient que la guerre n’affecterait pas l’arrière, ils se trompaient”, a déclaré, lundi, le porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne, Yuri Ignat, dans une interview accordée au Kyiv Independent.

Si le bilan militaire est relativement limité, l’Ukraine envoie ainsi un message fort au pouvoir russe et à sa population en prouvant que son territoire est loin d’être à l’abri. Par ailleurs, en faisant voler pour la seconde fois sur plusieurs centaines de kilomètres un drone dans le ciel russe, Kiev expose au grand jour les failles de la défense antiaérienne de Moscou.

>> À lire sur France 24.com : Ces drones militaires longue distance qui se rapprochent de Moscou

Selon les experts militaires, les Ukrainiens pourraient avoir modernisé des Tupolev Tu-141, un volumineux appareil de reconnaissance soviétique, pour mener à bien ces attaques audacieuses. “Ils ont pu être modernisés et modifiés par des ingénieurs ukrainiens pour transporter des armes et leur permettre de voler jusqu’à 1 000 km sans être détectés”, explique Oleh Chernysh, expert en drones auprès du service ukrainien de la BBC.

“Une tactique tout à fait remarquable”, souligne Michel Olhagaray, selon qui les Ukrainiens parviennent avec de faibles moyens à contraindre les Russes à mobiliser d’importantes ressources loin du front. “Les Ukrainiens font peser une menace sur ces régions. Avec deux drones, ils obligent la mobilisation de milliers de personnel de jour comme de nuit et tout un réseau de radars. Vous avez désormais toute une région située à environ 600 km de la frontière qui est quasiment en zone de guerre”, assure l’expert des questions militaires.

Offensives en profondeur

Fin octobre, des drones ukrainiens avaient également pris pour cible des installations russes de la baie de Sébastopol, en Crimée, territoire annexé illégalement par la Russie en 2014.

Forte de ces succès, l’Ukraine pourrait être tentée de poursuivre dans cette voie et de mener des attaques longue distance à plus grande échelle. “Il ne fait guère de doute que Kiev va tout mettre en œuvre pour acquérir davantage d’armes capables de frapper des cibles derrière les lignes russes. L’armée ukrainienne devrait bientôt mettre au point des drones analogues aux Shahed-136 utilisés par la Russie”, avait affirmé le média russe Meduza après l’attaque du 6 décembre.

Les Ukrainiens devront toutefois compter sur leur propre matériel pour mener ce type d’attaque longue distance. Les Occidentaux refusent en effet que les armes livrées à l’Ukraine servent à frapper le territoire russe par crainte d’une escalade dans le conflit.

Le Wall Street Journal avait notamment révélé au début du mois que les États-Unis avaient volontairement modifié leurs lance-roquettes HIMARS pour éviter qu’ils ne puissent tirer des munitions de longue portée sur le territoire russe. “Nous n’encourageons pas l’Ukraine à frapper au-delà de ses frontières”, avait indiqué début décembre le Département d’État américain.

 

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