05232017Headline:

Attentat terroriste de Bassam/ Ce qui n’a jamais été dit sur les 3 éléments des forces spéciales tués

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Un mois après l’attentat terroriste de Grand-Bassam/ Ce qui n’a jamais été dit sur la mort des 3 éléments des forces spéciales

La France et l’Onu interpellées

Dans un document qu’il nous a fait parvenir, un universitaire, expert en relations internationales, décrypte la réaction des forces spéciales ivoiriennes face aux terroristes le 13 mars dernier. Il dévoile les failles du système et interpelle les autorités ivoiriennes.

Comment améliorer les capacités opérationnelles des forces ivoiriennes ?

Un mois après l’attaque terroriste de Grand-Bassam qui a coûté la vie à de nombreux compatriotes et ressortissants étrangers, les Ivoiriens ont, dans leur grande majorité, salué et reconnu la promptitude et la qualité de la réaction des forces spéciales ivoiriennes. Malgré ce satisfecit, une réflexion de taille et des suggestions méritent d’être faites afin d’améliorer, pour les éventuelles interventions, la riposte de ces forces.

Relativement à la réflexion, elle porte sur le nombre des éléments des forces spéciales morts au combat. Trois morts et trois autres blessés, nous a-t-on dit. Tout en nous inclinant sur les dépouilles des soldats tués et en souhaitant un prompt rétablissement aux blessés, il convient d’admettre que le nombre des éléments des forces spéciales morts au combat paraît trop élevé, si l’on compare ce chiffre aux trois terroristes tués. En d’autres termes, il est anormal que quelques terroristes engagés dans un combat contre des forces dites spéciales parviennent à en tuer trois et blesser trois autres, même si, en définitive, ces forces spéciales sont parvenues à éliminer les terroristes. Doit-on rappeler que l’expression ‘’force spéciale’’ renvoie à une unité d’élite de combat bien formée, surentraînée, dotée de qualités et d’aptitudes bien supérieures aux autres forces pour le type de combat pour lequel elle a été conçue. C’est donc une force d’intervention de type action (libération des otages, action anti-terroriste, mission de sabotage, etc.). C’est le cas du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (Gign) et du Renseignement, action, intervention, dissuasion (Raid), en France. Outre la formation et les entraînements, la force spéciale doit être dotée de moyens spécifiques (armement adapté, gilets pare-balles, oreillettes, talkies-walkies, lunettes infrarouges ou de vision nocturne, moyens de mobilité rapide…) lui permettant d’opérer en toute indépendance, en toute circonstance et dans des conditions optimales.

Le manque d’équipements a été fatal

L’objectif de l’acquisition de ces équipements est de renforcer la qualité opérationnelle de ladite force afin de réduire au maximum les pertes dans les rangs de la force spéciale. Dans le cas de Grand-Bassam, il est à supposer que la force spéciale en question était une unité anti-terroriste. Vu sous cet angle, le nombre de trois soldats tués et trois autres blessés paraît effectivement assez élevé. A la question d’un journaliste qui s’inquiétait à juste titre de ce chiffre élevé des éléments de la force spéciale morts au combat, le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, lors de la conférence de presse co-animée avec Monsieur le procureur de la République, le 23 mars 2016, n’a pas répondu avec précision. Il a néanmoins laissé entendre que c’est au cours des premiers échanges de coups de feu avec les terroristes, au moment où la force spéciale achevait son déploiement sur le site, et en l’absence de toute information vraisemblablement précise de la position exacte des terroristes, que les trois éléments ont été mortellement atteints. Cet événement malheureux interpelle de la nécessité de disposer des informations fiables et précises sur l’ennemi avant d’engager toute opération de type action. La force spéciale a-t-elle été bien renseignée sur la position exacte qu’occupaient les terroristes avant de riposter ? Disposait- elle des équipements nécessaires pour ce type d’intervention ? Un appel est donc lancé aux autorités gouvernementales, militaires et policières en vue de l’équipement effectif des différentes forces de défense et de sécurité, surtout lorsqu’elles doivent affronter des périls du genre : libération des otages, action anti-terroriste, etc. Il est important de le souligner car on a pris la fâcheuse habitude de souvent abuser de tout en Afrique. Les institutions et les structures sont généralement créées sans toutefois veiller à leur équipement ni à leur fonctionnement effectif. En Afrique, il suffit de créer ou même d’affirmer pour que cela soit.

Exemple de la Firpac sous Houphouët-Boigny…

Doit-on rappeler le triste cas de l’ex-unité, la Force d’intervention rapide des para-commandos (Firpac), sous le régime agonisant du président Félix Houphouët-Boigny ? Cette force, abusivement qualifiée de rapide ne disposait en réalité d’aucun moyen de locomotion rapide (avion ou hélicoptère de transport de troupes) pouvant lui permettre d’intervenir promptement et efficacement en cas d’agression contre le territoire national. Ainsi, en 1992, lors de la guerre civile du Liberia, des villages ivoiriens du sud-ouest du pays furent attaqués par des rebelles libériens. Mais c’est 24 heures après que la Firpac est intervenue, faute d’un avion ou d’un hélicoptère qui aurait été le moyen le mieux indiqué pour riposter aussitôt. Doit-on encore rappeler qu’au début du mois de janvier 2004, des commandos marins ivoiriens furent alertés, un soir, par la présence d’une embarcation légère ayant à son bord une trentaine de personnes suspectes ; et qu’au moment d’agir, faute de mieux, les commandos ont dû réquisitionner une vedette privée pour effectuer leur mission ? Au final, par suite du retard accusé, les garde-côtes n’ont pu mettre la main sur les suspects. Arrivés à la base lagunaire de Locodjro, ils n’ont pu que constater que les membres de l’équipage s’étaient déjà volatilisés. Cette situation déplorable offre l’occasion d’affirmer qu’il est plus qu’impérieux aujourd’hui, pour les autorités gouvernementales, d’équiper réellement les forces de défense et de sécurité, et plus particulièrement les forces spéciales.

Ailleurs en Afrique, l’exemple de la République Démocratique du Congo (RDC) interpelle. Initialement appelé Zaïre, il a suffi à la rébellion armée de Kabila père de chasser du pouvoir, le dictateur Mobutu S. Seko en 1997 pour que le pays soit abusivement baptisé République Démocratique du Congo. Est-ce le départ forcé de Mobutu ou le pillage des ressources naturelles de l’Est du territoire par les puissances étrangères pendant et après la guerre civile de 1998, ou encore les viols des soldats congolais contre leurs concitoyennes lors des conflits armés internes, ou encore les enlèvements et les exécutions sommaires des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme qui confèrent à ce pays son caractère démocratique ?

La levée de l’embargo sur les armes est une nécessité

S’agissant des suggestions, l’une porte sur la poursuite de l’équipement des forces ivoiriennes. Pour ce faire, il serait souhaitable, en raison de l’embargo sur les armes qui frappe le pays, de renégocier avec les Nations Unies et la France, afin de parvenir à une levée totale ou du moins partielle de cette sanction. Il n’y a pas si longtemps que la télévision ivoirienne a présenté dans l’une de ses éditions du journal de 20 heures, l’attaque d’une des positions des forces républicaines de Côte d’Ivoire à la frontière avec le Liberia. Le reportage a révélé le sous-équipement des soldats ivoiriens postés à cet endroit, qui a pour noms : absence de moyens de mobilité, absence d’armements lourds, absence du moindre moyen technologique ou électronique capable de détecter la présence de forces ennemies dans une zone de surcroît de forêt dense. Admettons un seul instant que l’ennemi engage les combats en pleine nuit dans cette zone de forêt dense. Les soldats ivoiriens riposteront certainement. Mais, en l’absence de tout équipement de vision nocturne, ils ne pourront que tirer à vue. Comment défendre convenablement cette position frontalière dans de telles conditions ? L’acquisition de quelques hélicoptères de combat et de transport de troupes, capables de ‘’convoyer’’ en un temps réduit un minimum de deux dizaines de forces spéciales sur le théâtre d’opération serait la bienvenue. Par ailleurs, les autorités gouvernementales, en particulier celles en charge de la défense et de la sécurité, doivent savoir que les fusils AK47 qui équipent majoritairement les forces ivoiriennes sont en réalité des armes de guerre. Elles ne sont pas toujours appropriées lorsqu’il s’agit des opérations de type action qui requièrent des fusils de précision. L’autre suggestion s’adresse aux éléments des forces de défense et de sécurité dont le manque de vigilance est manifeste partout où ils sont déployés. Il n’est pas rare de les voir, lors des contrôles de routine, ou même pendant les missions commandées, avec les fusils en bandoulière, au point où ils sont souvent surpris par l’ennemi. Certains n’hésitent pas à jouer avec leur téléphone portable quand les autres conversent librement, abandonnant à quelques mètres d’eux leurs fusils et autres paquetages. De gros efforts ont certes été déjà accomplis par l’Etat ivoirien dans le cadre de la restructuration de l’armée et de l’équipement des forces de défense et de sécurité. Cependant, la poursuite de cet équipement des forces s’avère indispensable afin d’accroître leurs capacités opérationnelles mais aussi en raison des nouveaux périls auxquels le pays doit désormais faire face.

Dr Kouadio Guessan, Maître –Assistant d’Histoire des relations internationales, Université Félix H. Boigny de Cocody.

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