08162017Headline:

Bagarres entre Blon Blaise et Mabri Toikeusse sur le Tonkpi

mabri
La région du Tonkpi se meurt, et c’est le moins que l’on puisse dire. A l’origine, la guerre de leadership entre le bulldozer Siki Blon Blaise, et le ministre d’Etat, chantre du RHDP, Abdallah Mabri Toikeusse.

Petit historique

Ton-kpi en yacouba signifie «haut sommet», 1223 m d’altitude. Cette montagne qui a prêté son nom à la région se trouve à 25 km de Man. Tonkpi, dans l’ouest ivoirien, la région de tous les sommets, se porte très mal. Malgré les apparences, cette région est un grand malade qui a besoin de soins appropriés à doses politiques, surtout. Riche de ses valeurs intellectuelles, elle est aussi une zone à potentialités forestières, touristiques et minières. Man, chef-lieu de région, n’abrite-t-il pas les magnifiques ponts de lianes et les cascades naturelles. Quid des contrées aurifère de Zouan-Hounien ou nickélifère de Yorodougou ! Et pourtant ! Les habitants de cette région ne profitent guère des retombées de ces richesses naturelles et humaines. La Côte d’Ivoire, le Libéria et la Guinée voisine, on le sait, se partagent ce beau gâteau, pardon, cadeau venu du ciel et de la colonisation. Man demeure le passage obligé de toutes les marchandises prohibées au su et au vu de la Douane. Un conteneur de cigarettes illégales n’a-t-il pas fait l’objet de vives altercations entre le DR du commerce et le Capitaine de la Douane en début décembre ? Aussi, la région était récemment indexée comme n°1 en fuite des produits café-cacao, ces produits qui font la souveraineté de notre pays. Bref, passons! Dans ses périples à travers les plus que 18 montagnes de l’ancien far-west de la rébellion, le pachyderme a reniflé le danger par-dessus les cicatrices de la décennie de la crise ivoirienne. Et vlan, il a identifié les principaux fossoyeurs qui traînent sur brancards la région grabataire. Deux personnalités bien connues du landerneau politique ivoirien ont été épinglées par sa trompe: Siki Blon Blaise et Albert Toikeusse Mabri. Au delà du leadership politique, chacun voulant être le «gangamba», (héros ou antihéros, c’est selon) de la région, les sujets qui les opposent sont à foison. Alors que le QG de Guéi Robert, la tanière commune d’alors devenue finalement pomme à discorde, a été incendié de manière criminelle en janvier 2013, l’épreuve de force entre les deux titans se poursuit à travers d’autres non moins copieux entremets : l’histoire autour du bulldozer D6H, les deux radios à même fréquence, la chefferie traditionnelle, la division en deux grands blocs des férus de la politique au pied du mont Tonkpi, etc. Tout est sujet à caution ; alors que tous les deux activistes, en réalité, sont hors-sujets sur la problématique du développement. Si le brasier n’a pas encore fait périr officiellement, il faut pourtant craindre le pire et mettre le holà. Notre dossier.

L’origine du leadership et ses conséquences

L’intrusion du généralissime Robert Guéi dans la vie politique ivoirienne a donné naissance à l’Udpci (Union pour la démocratie et la paix en Côte d’ivoire) en février 2001. Mais très vite après la disparition du charismatique Bob, des montagnes de soucis ont commencé par barricader la bonne marche du parti appelé «arc-en-ciel» à l’image du pays de Mandela où l’on compte des Noirs, des Blancs et des Jaunes. Le duo des héritiers s’est rapidement mué en duel. Siki Blon Blaise, qui a pour surnom «bulldozer», a provoqué une dissidence dans ce parti créé par un ancien militaire. Il parlait d’Udpci-vgr (Udpci-vision Guéi Robert) sous plusieurs motifs dont celui de l’irrespect de son puîné Abdallah Mabri Toikeusse. En fait, Blon le bulldozer voulait ainsi démolir les murs du parti arc-en-ciel, ou bien le contrôler. Puisque vers la fin, il s’était acoquiné avec les re-fondateurs pendant que le successeur du Général Mabri Toikeusse, avait déjà vendu aux enchères le parti aux habitants de la case verte. Non content donc de n’avoir pas réussi à faire de l’Udpci un lit douillet pour Lmp, Blon a décidé d’engager pour toujours le bras-de-fer avec le légataire Mabri. Depuis lors, c’est des palabres de leadership entre l’ex-président du Conseil Général de Man et celui qui l’a récemment battu à hauteur de 32000 voix d’écart. Jusqu’à ce jour, les différentes tentatives pour rapprocher les deux positions sont restées vaines. Tia Koné avait pris le pari à Biankouma le 3 août 2012 lorsqu’il entrait officiellement en politique, de réconcilier les héritiers du Général : «Je ferai tout pour faire revenir à l’UDPCI tous ceux qui ne sont pas dans un mouvement irréversible. Je ne crois pas que Blon soit dans une position irréversible. L’UDPCI est sa maison naturelle.»; Avait estimé «Monsieur ‘’considérant que’’». Récemment encore, c’est le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, qui pensait avoir opéré le miracle à Man. Devant lui, les frères ennemis s’étaient même serrés la main en guise d’entente. Mais c’est mal les connaître. Dès que le Golden Boy a donné dos, rien n’y fît! Les crocs-en-jambe ont repris de plus belle par épigones interposés ou sur les lieux de meeting. Les conséquences de la guéguerre sur la région sont incommensurables…

L’histoire du bull D6H

Prêtée par Blon Blaise à la mairie de Sipilou en janvier dernier pour des travaux d’ouverture des voies communales de cette zone enclavée dans le dos de la Guinée, la machine (bull D6H) a été interceptée net au corridor nord djakassa de Man alors qu’elle était en partance pour la cité frontalière. Va démarrer alors un pugilat juridico-politique. Selon le président du Conseil régional, Woï Méla Gaston, à qui le ministre Mabri a fait la passe (il a finalement préféré être ministre plutôt que président de collectivité), l’engin appartiendrait au Conseil plutôt qu’à l’individu Blon Blaise, président sortant du Conseil général de Man. Pour eux donc, le Bull a été bloqué parce qu’il était en train d’être convoyé vers la Guinée pour être vendu par leur rival juré, Blon. Faux! Rétorquent les affidés du député devenu Rdr de Sangouiné. Siki Blon Blaise n’est-il pas entrepreneur, avant tout? Ce Bull ferait partie de son patrimoine privé. De son côté, Glao Diomandé, l’un des maires Rdr jusque-là non encore investi, reconnaît que le Bull partait dans sa commune de Sipilou pour des travaux en prélude à l’arrivée le 9 décembre révolu de l’émission télé «petit à petit» adorée par les mômes de notre pays. Détenant apparemment les secrets des dieux, Glao révèlera à un confrère en fin janvier que les bulldozers du nouveau Conseil régional portent plutôt la mention D7H contrairement à D6H tel qu’inscrit sur l’engin litigieux.

Aujourd’hui, la machine est inutilement garée dans la cour de la brigade de Man, avant le jugement de l’affaire. Depuis un (1) an, cette D6H ne sert donc à rien du tout dans cette région où pourtant les travaux lourds de terrassement ne se comptent pas. A quand le verdict? Allez demander au parquet de la ville!

La guerre des ondes en cours…

Une autre forme de conflit est en ce moment expérimentée et en marche forcée dans les vallées profondes des plus hauts sommets de ce pays qui a fêté ses noces d’or il y a plus de 4 ans.

Tenez-vous bien, chers contemplateurs du plus grand mammifère! Au grand dam et au nez et à la barbe voire à la grande impuissance de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (Haca), il se passe quelque chose de jamais vu ni entendu dans le monde médiatique africain et même mondial. Deux radios communautaires qui partagent et se disputent la même fréquence. La fameuse 97.6 Mégahertz. Créée sous Blon Blaise alors président du Conseil général, cette radio (Man FM) était sensée appartenir au service de la collectivité territoriale, selon ce que Blon Blaise lui-même avait eu l’habitude de dire. Que nenni! Une fois éjecté du fauteuil de président du conseil de la région par son cousin germain, l’ex-haute autorité du district des Montagnes estime désormais, les deux mains sur le cœur et le cœur bien accroché, que la fréquence lui appartiendrait personnellement. Seuls les matériels reviendraient de fait et de plein droit au Conseil régional. Cette volte-face de Siki Blon Blaise étonne plus d’un observateur averti. N’avait-il pas en effet déclaré le contraire lors de la cérémonie de passation des charges au cours de laquelle il avait fait bonne figure en déclarant 1 milliard CFA comme fonds de caisse ? Vous cherchez le hic? Et bien, allez à Man visiter les deux studios rivaux, et vous verrez que ni la fréquence à conflit encore moins les matériels n’ont été rétrocédés. Incapables de dénouer l’écheveau au prétoire de la Haca, le grand ministre d’Etat Albert Mabri Toikeusse et son colistier Woï Méla Gaston Aimé n’ont eu que la médiocre ingéniosité de greffer une autre radio sur la même fréquence que la Man FM initiale. Du coup, il existe dans la capitale du Tonkpi, deux (2) radios siamoises avec la même appellation. Et cela ne semble déranger personne! Ni la ministre de tutelle qui y a séjourné et ouvert l’agence régionale de la Rti le 21 novembre, ni la Haca.

Les chefs traditionnels en difficulté face aux politiciens

Les habitants du Tonkpi accordent une grande place à la tradition. De sorte que les chefs de village, de tribu ou de canton ont jusqu’à récemment reçu la respectabilité due à leur rang. Hélas! Dix mille fois hélas! Cette chefferie est aujourd’hui comme prise en otage par les protagonistes repérés depuis longtemps par l’infernal quadrupède.

Voulant mettre à leurs pieds les sages et en tirer des dividendes électoralistes, Blon et Mabri tentent, chacun de son côté, de bichonner les vieux. Les mains baladeuses de ces personnalités sont bien visibles. Malheureusement, là encore, tous les coups sont permis. De telle sorte que le Tonkpi risque de se vider de son âme. De quoi s’agit-il? La chefferie cantonale est influente et a son mot à dire pendant les moments décisifs que vit la nation. N’oublions pas aussi que sa majesté Ouattara 1er a promis des salaires aux gardiens des us et coutumes. Qui va représenter les chefs des nombreuses montagnes de l’ouest au sein du Conseil supérieur des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire? Un pro-Blon ou un pro-Mabri? Question transmise concomitamment à Mabri et à Blon. Il est rapporté à l’Eléphant que Gbê Diomandé Alphonse, chef du canton Souin, contraint à l’exil du fait des affres de la guerre, a été remplacé de façon consensuelle par les chefs de village dudit canton. A son retour d’exil en 2008, il réclame sa place à Kpan Raphael Tiémoko de Voungbé, alors chef intérimaire. Le chef Raphael qui avait, dit-on, assumé correctement l’intérim sans anicroche, était confortablement assis. Au moment où les Ivoiriens finissaient leur

crise, c’est en ce moment que les chefs Kpan Raphael et Gbê Alphonse déterraient, eux, la hache de guerre. C’est que le pouvoir est doux et fait perdre souvent la jugeote! Le résistant Raphael est en effet pistonné par Siki Blon Blaise pour représenter le Tonkpi à la chefferie nationale. Avec cette idée derrière la tête, l’intérimaire ne veut plus rendre le tablier à son propriétaire. On assistera alors à un bicéphalisme cantonal dans le Souin. Afin de parer au plus pressé, (nous informe un document signé des mains d’un huissier), l’ancien ministre Gilbert Bleu Laîné, fils du canton Souin, convoque les chefs, le 9 décembre 2014. Sur 31 chefs de village, les 26 dignitaires portent alors Diomandé Gbê Moïse Zrandê au trône comme successeur de Gbê père. Installé le vendredi 26 décembre avec le soutien musical de la Danse Badouel du nom de la maire Udpci de Logoualé, Zrandê coupe ainsi l’herbe sous les pieds du challenger de son père. Quant à la rébellion créée par Raphael Kpan, elle est largement imputée à Siki Blon Blaise par plusieurs chefs de la région qui soupçonnent ouvertement le Bulldozer de tirer les ficelles en vue d’écarter Gué Pascal de la case sacrée nationale au bénéfice de son filleul Tiémoko Raphael. Ce dernier d’ailleurs, le couteau entre les dents, va se ruer dans les brancards : «C’est Mabri Toikeusse qui favorise Gué Pascal tout en politisant et manipulant la chefferie», disait-il le 11décembre.

«Raphael même n’est pas chef de village à fortiori chef de canton (sic)», répond Goncé Pierre, chef de Man campagne, dans les colonnes de ‘’Le Sursaut’’ du 24 décembre. Dans ce ballet d’accusations mutuelles entre les sages, la faîtière de Sa Majesté Agnini Bilé II qui a déjà coopté Gué Pascal, ne peut-elle pas intervenir pour calmer les esprits? Wait and see. Pour l’heure, les chefs, intermédiaires entre les humains et les dieux, sont écartelés entre les leaders politiques rivaux de l’ouest. Et aucun sujet, aucun espace n’échappe à leur pugilat.

Le processus de développement prend du plomb dans l’aile

Malgré sa volonté d’unir ses alliés Dan et de tirer leur région vers le haut, Alassane Ouattara ne peut laver en même temps le dos et le ventre de ceux-ci. La plus belle femme ne peut donner que ce qu’elle a, n’est-ce pas! La rivalité endémique entre le dinosaure Blon et son cadet Mabri ne fait pas de cadeau à la région. Au contraire, la haine et la division font régulièrement installer des secousses sous l’océan politique de cette partie de la Côte d’Ivoire. Et dans la même logique malheureusement, le député Konaté Sidiki et le maire Tia André, se réclamant tous Rdr, se tancent régulièrement. Les cadres et élus locaux sont soupçonnés à tort ou à raison d’appartenir à tel clan ou à tel autre. Et bonjour les crimes de fasciès, d’origine ou de patronyme.

Ce qui ne facilite pas la cohésion sociale et la réconciliation au pied des montagnes. Aussi, le sabotage des actions de développement comme dans l’affaire de la Bull D6H, retarde l’envol de la région. Au lieu de s’épauler en mettant leurs carnets d’adresses à la disposition de la région en agonie, ils sacrifient ainsi les intérêts du Tonkpi sur l’autel des ambitions personnelles. Plusieurs axes routiers à l’image de Danané à Zouan-Hounien et mille autres projets apparaissent tel un éléphant blanc. Fait notable : le marché de Man plusieurs fois incendié, reste dans l’informel. Aux dernières nouvelles, ce vaste lieu de négoce chercherait preneur pour construction, contrairement aux espoirs suscités par Tia André pendant les campagnes électorales. Comme un serpent qui se mord la queue, les «Manois» tournent sur eux-mêmes sans un début de solutions au chômage, à la débrouillardise, aux lupanars et à la vermine dite «microbe» qui s’y est déportée depuis quelques semaines maintenant.

Au niveau de la chefferie, il faut accélérer la régularisation de leur statut afin que des chefs cessent d’aller à la soupe politicienne.

Sinon leur mission sacerdotale risquerait ainsi d’être troquée contre quelques prébendes feuillues. Il y a que finalement chaque citoyen s’achète un grand boubou et se fasse passer pour un chef. Prise en otage par la politique, la chefferie s’invite parfois sur le ring avec tous les effets collatéraux que comporte une telle déviation. Espérons que dans la forêt de Gbêpleu, les dieux et les mânes des ancêtres n’en seront pas longtemps frustrés !

Aicha Bly (In «L’Eléphant déchaîné» N°313 du mardi 6 au jeudi 8 janvier 2015

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