12012022Headline:

Barbarie et cannibalisme au procès du chef rebelle libérien Kunti Kamara

Des combattants de l'Ulimo, dont Kunti Kamara serait un membre, le 27 octobre 1992. (Illustration).Au procès de l’ancien commandant des rebelles de l’Ulimo qui combattait à l’époque de Charles Taylor, le meurtre particulièrement sordide de David Ndeminin a été abordé ce lundi 17 octobre devant la cour d’assise de Paris. Kunti Kamara est accusé de complicité de crimes contre l’humanité, actes de torture et de barbarie lors de la guerre civile au Liberia.

Un témoin direct est venu à la barre lundi raconter des scènes d’horreur commises à Foya, dans le nord-est du Liberia entre 1993 et 1994. Jasper était comptable au collège. Il a raconté comment David Ndeminin avait subi un véritable supplice.

L’enseignant avait rapporté à une ONG suédoise que l’Ulimo, le mouvement de Kunti Kamara, avait pillé et détruit l’église et l’hôpital. Les rebelles l’avaient appris, avaient arrêté et tabassé David Ndeminin. « Ils l’ont accusé d’être un traître, a raconté le témoin devant la cour d’assises de Paris. Il criait de douleur. » « Puis ils lui ont fait subir la torture du Tabé en attachant ses coudes dans le dos pour faire ressortir sa poitrine, comme un canard », a expliqué Jasper.

Un rebelle surnommé Ugly Boy lui a ensuite ouvert le torse avec une hache, lui a arraché le cœur avant de le servir sur un plat. L’organe a ensuite été tranché et mangé par les officiers de l’Ulimo. Kunti Kamara était là tout du long et a participé, selon le témoin.

Un acte atroce commis devant plusieurs dizaines d’habitants pour avertir la population de ce qui leur arriverait si elle trahissait l’Ulimo. « Ça dépassait l’entendement, les gens étaient forcés de regarder. Je n’oublierai jamais. Comment peut-on faire ça à un autre être humain ? » a demandé Jasper qui a fondu plusieurs fois en larmes durant son témoignage.

« Ça a été très, très douloureux de parler à cause de toutes ces horreurs, a-t-il confié. Ça a été un choc psychologique. Mais obtenir justice n’est pas facile. Aujourd’hui, la justice a été entendue. Que ce soit pour le cannibalisme, les viols, le travail forcé, les pillages, ça m’a procuré une grande joie de pouvoir être entendu. Car je ne pouvais rien faire d’autre que dire la vérité. Parce que Kunti Kamara a été arrêté. Donc je n’avais plus peur de lui. »

La défense tente de fragiliser les témoignages
Face à cela, Kunti Kamara, qui se dit innocent depuis le début du procès, a continué de nier. « Entendre ça, ça me donne envie de vomir. Je suis musulman, je ne mange même pas de porc », a déclaré l’ancien rebelle. Lui affirme ne pas avoir commis les crimes dont on l’accuse. Il déclare n’avoir jamais rencontré les témoins qui ont déposé contre lui dans le procès.

Selon lui, il y aurait derrière tout cela un réseau au Liberia dont le cerveau serait un responsable humanitaire local qui aurait payé ces gens pour témoigner contre lui. Avec notamment des promesses de pouvoir aller vivre en Europe. Un des témoins libériens vivant en France, qui a hébergé Kunti Kamara, dit croire en l’influence de ce réseau, même si, pour l’instant, aucune preuve de son existence n’a été apportée.

Les avocats de Kamara se concentrent sur les différences de déclarations des témoins entre ce qui a pu être dit devant le juge d’instruction et ce qui est dit aujourd’hui à la cour d’assises. Des variations aussi entre les versions données par les différents témoins. Ils ont aussi attaqué l’enquête française, pointant particulièrement l’absence de preuves ADN ou de preuves matérielles qui font que, 28 ans après les faits, le dossier repose essentiellement sur ces témoignages que la défense tente de fragiliser.

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