01192017Headline:

Bouna, conflit entre Lobi et Burkinabé: Ce qui s’est réellement passé

dozo

Qu’est ce qui a bien pu amener des communautés ethniques si entremêlées depuis des générations à s’affronter avec des armes à feu et autres objets contondants ?

Cette question suscite beaucoup d’intérêt au-delà des frontières du Bounkani. Nos différents échanges avec plusieurs sachants qui ont requis l’anonymat à cause « l’extrême sensibilité du sujet», achèvent de convaincre que tout est parti d’un projet d’installation d’un Roi du peuple Lobi. Cette initiative aurait courroucé les Koulango de Bouna qui se réclament propriétaires terriens, et qui disent être ceux qui ont installé les Lobi. Ils estiment qu’un tel projet, s’il est mis à exécution, pourrait saper l’autorité du roi de Bouna, Djarakoroni II, issu de la communauté Koulango.

Pour nos interlocuteurs, pas question que ce projet voit le jour, d’autant plus que les Lobi comptent les plus grands cadres de la région, et veulent maintenant leur arracher un pan de souveraineté en ne reconnaissant plus l’autorité exclusive du Roi Djarakoni 2. « Voyez-vous-mêmes, la notion de dozo n’existe pas dans la culture Lobi. C’est vrai, dans les camps, on a eu recours à l’arme de guerre, mais où nos frères de l’autre camp ont-ils eu les armes alors qu’ailleurs, ceux qui étaient censés les avoir ont été désarmés ?

En les gardant, il est clair que c’était une manière de s’imposer par la force, la terreur pour faire aboutir ce projet hégémonique qui ne passera pas, même si nous devrons tous être tués sur la terre de nos ancêtres », assène un sage Koulango. Un autre du camp Lobi n’est pas de cet avis. Pour lui, le choix d’une autorité forte pour diriger sa communauté n’est nullement une question d’hégémonie. Mais bien « une question simple d’organisation sociale et communautaire». Quoiqu’il en soit, cette idée a du mal à passer et à être acceptée dans la conscience populaire adverse. « Nous n’accepterons jamais sur le sol de Bouna un autre roi que celui du peuple Koulango. Advienne que pourra.

Si nous sommes fâchés avec des élus et des hauts cadres de Bouna, c’est parce qu’ils n’ont pas eu le courage de dire catégoriquement non, non et non à ce projet hégémonique. La règle du qui n’est pas avec moi est contre moi s’applique à eux. Sinon, le conflit agriculteurs et éleveurs Peulh dont nous sommes les tuteurs est bien marginal, bien petit dans ce problème.

C’est vrai, les bœufs font des dégâts dans nos forêts où nos frères planteurs majoritairement Lobi, ont leurs champs. Mais, le coeur de cette crise est bien ailleurs. Comment régler un problème et tourner autour de la vraie raison qu’on cache ? Non, non et non », fulmine notre interlocuteur qui manifestement confirme bien l’avis du député Dah Sansan : « Le problème est profond et dépasse celui d’éleveurs et planteurs qui est une petite face visible de l’iceberg ».

Mais ces idées trahissent aussi et surtout un sentiment de dépit et de lassitude contenus jusque-là vis-à-vis de ‘’frères’’ accueillis à bras ouverts hier par les ancêtres et qui, aujourd’hui, avec le jeu de la démocratie sont majoritaires, et se passent ainsi des avis et desiderata des maîtres des lieux. Toute chose qui fait germer dans les esprits une perception subjective pour certains et objective pour d’autres, de l’honneur bafoué à reconquérir et à sauvegarder.

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