03232017Headline:

Ça se passe en Côte d’Ivoire /Quand les bruits des bulldozers étouffent les efforts de paix

adjame buldozer

Les Bulldozers du gouvernement Ouattara rasent tout sur leur passage. Des casses justifiées par « un programme d’assainissement » de la ville d’Abidjan. Des bulldozers qui tracent les chemins de la faim et de la révolte…

Par Lisette Anoh

Au fil des semaines le nombre de famille mise à la rue s’accroît. Des chefs de famille n’ont plus de quoi subvenir aux besoins primaires des personnes qu’ils ont à charge. Leurs activités commerciales sont du jour au lendemain arrêtées, leur gagne-pain sacrifié, au profit d’un désir de « rendre Abidjan beau et propre ».

Le tissu social s’effrite, la population est mécontente. Elle murmure…

Ventre Affamé n’a point d’oreille

Ce dicton de « chez nous les Ivoiriens », traduit simplement l’idée que celui qui a faim ne peut écouter le message qui lui est adressé. La paix passe avant tout par la sécurité sociale. Et la sécurité sociale est que chaque ivoirien ait de quoi subvenir à ses besoins. Que vaut une ville propre, des espaces avec jardin et autres embellissement si la conséquence est de renforcer le taux de chômage et créer plus de misère ? Il faut certes faire joli mais avec la manière. Une population désespérée est un terreau fertile à la révolte.

Comment parler de réconciliation quand celui qui est censé être acteur ou participant à cette réconciliation est révolté ? Il restera purement et simplement hostile à toutes interpellations ou sollicitations.

Pour l’instant l’heure n’est pas au soulèvement populaire, mais si on n’y prend garde, la population exaspérée criera son ras-le-bol. Il est encore temps de redonner le sourire à toutes ses familles qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Un espace déguerpi, des familles à la rue

« Je gère ces toilettes publiques depuis 31 ans. Et avec ce que j’y gagne je m’occupe de mes enfants et d’autres membres de familles qui sont à ma charge. Qu’allons-nous devenir à présent? » se lamente « dame WC public » qui a vu son local rasé à Adjamé Liberté, le samedi 30 juillet 2016.

Les autorités ivoiriennes ont à plusieurs reprises invité la jeunesse à ne pas être partisanne de violence mais plutôt des porte-paroles de la réconciliation. Mais quand en cette veille de rentrée scolaire, leurs parents ne savent comment les scolariser parce que leurs commerces rasés, a quoi peut-on s’attendre ?

« C’est d’ici que nous sortons l’argent pour nourrir nos familles. Pire encore la rentrée scolaire est pour bientôt. Comment allons-nous scolariser nos enfants ? », S’est interrogé Solo, un réparateur de moteur de voiture à la casse d’Adjamé depuis 6 ans. Ce après la destruction de la casse, le mercredi 17 août 2016.

« De la pure méchanceté. C’est ce que nous subissons avec ses déguerpissements et casses. Les politiciens ne soucis pas de nous, pourtant ils nous demandent d’être des acteurs de paix ». Lance amer un ferrailleur de la « Casse ».

« C’est une mère de famille. Elle doit comprendre que ces pauvres vendeurs vivent de ces activités. On les chasse sans prévoir un espace de recasement. Comment vont-ils s’en sortir ? » se plaint une passante au sujet de la ministre Anne Ouloto.

 

L’oisiveté mère de tous les vices

Le mercredi 8 juin 2016, à l’issu d’un conseil de ministres, le gouvernement a opté pour l’insertion sociale des « microbes ». Afin d’éradiquer ce phénomène, né à la suite de la crise post-électorale. Ces adolescents pour la plupart, on dit-on, ont été les milices des commandos invisibles. Ils sévissent dans les quartiers d’Abidjan et certaines villes de l’intérieur en tuant et en agressant à l’arme blanche.

Face à cette situation, les autorités ivoiriennes ont déduit que l’oisiveté était la raison de ce drame sociale. Elles ont donc opté pour une nouvelle recette.

« L’opération de resocialisation » car c’est de cela qu’il s’agit, va « concerner des jeunes en difficultés qui s’adonnent à des activités qui représentent un danger non seulement pour les populations, mais aussi pour eux-mêmes. » a déclaré Bruno Koné.

Mais entre temps d’autres jeunes sont livrés à l’oisiveté. Ne nous étonnons pas si un autre mouvement similaire à celui des microbes nait. D’ailleurs les rues d’Adjamé sont aujourd’hui peu fréquentées, des jeunes en colère s’en prennent aux personnes qui s’y aventurent. Ce sous le regard impuissant des forces de l’ordre.

L’on fait la promotion de l’entreprenariat en organisant des salons un peu partout, à coût de milliards. Et pourtant, on empêche d’autres personnes d’entreprendre. Comment vouloir une chose et son contraire à la fois ?

Alors si nous ne prenons garde, au lieu de donner à la Côte d’Ivoire, des hommes de paix, nous serons en train de créer une nouvelle génération de révoltés et de « rebelles ».

Si nous voulons réellement aller à la paix, nous souhaitons la réconciliation, évitons de susciter de vives tensions et soyons artisan de cohésion sociale. Créons des alternatives et des mesures d’accompagnement pour toutes les personnes susceptibles d’être déguerpies. Et ce avant de mettre en marche nos bulldozers.

—/ivoirejustice

 

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