04142024Headline:

Cacao Ivoirien : Comment Issiaka Ouédraogo est passé d’acheteur de terrain illétré à magnat financier

Issiaka Ouédraogo, pisteur en cacao, c’est-à-dire acheteur de terrain, vient de s’installer en Côte d’Ivoire. Illettré, il est un habile commerçant qui a le nez creux. Son fonds de roulement est de 10 millions de FCFA soit, tenant compte des charges, l’équivalent d’une rotation d’à peine 8 tonnes de fèves. Kouamé Patrice est planteur et possède une parcelle de 10 hectares pouvant produire sur les 20 prochaines années minimum 40 tonnes par an, soit un chiffre d’affaires de 800 millions sur 20 ans.
Issiaka Ouédraogo et l’Ingénierie financière
Mais cette estimation à long terme ne fait pas partie de la philosophie financière du jeune Kouamé, qui découragé par la pénibilité des travaux champêtres, et des cours relativement bas par rapport à ceux qu’il voit circuler au Cameroun sur Facebook, rêve de Bengue. Il décide de vendre sa parcelle. Il part sur une base de 1 an de recette à payer cash, soit 40 millions de FCFA. Un beau pactole lorsqu’il est encaissé en une fois. Ouédraogo utilise alors son petit capital de 10 millions et s’engage auprès de son acheteur qui lui fait confiance, de lui livrer minimum 30 tonnes de cacao, se réservant une marge de prudence de 10 tonnes, au cas où…

Les 30 millions sont alors décaissés pour la campagne, l’équivalent d’à peine un camion-remorque plein de cacao. Une broutille qui dans le métier se donne sans reçu par les puissants opérateurs libanais. Il ajoute à cette somme ses 10 millions et rachète la parcelle de Kouamé. Ouédraogo n’a plus de cash pour ses différentes charges afin d’organiser ses rotations de livraison, mais il fonctionne à crédit avec des compatriotes transporteurs qui possèdent des camionnettes communément appelées “ KIA “. À chaque livraison, il n’est pas payé, mais touche une prime sur la qualité et paie alors les chargeurs de sacs, les transporteurs et divers. À la fin de la campagne, il remplit ses engagements auprès de son acheteur et reçoit un financement plus élevé.

Il est endetté, malgré sa marge de sécurité, mais auprès de personnes qui lui font confiance. Il compte apurer ses dettes lors des campagnes prochaines de cacao. Ouédraogo est dorénavant planteur, et il possède* le plus légalement du monde une parcelle de 10 ha, qui rassure ses créanciers et va lui rapporter, non pas 800 millions, mais plus du milliard les 20 prochaines années, compte tenu des différentes hausses, qu’il espère voir se poursuivre. Dans le cas contraire, il va quand même gagner beaucoup plus que son capital réel de départ, 10 millions de FCFA. C’est ce qu’on appelle l’ingénierie financière. On n’a pas besoin d’être polytechnicien, comme Bernard Arnaud, l’homme le plus riche du monde, pour en maîtriser tous les rouages.

Arnaud, Bolloré et Lagardère ont tous utilisé une technique d’ingénierie financière pour monter leurs empires : la poulie bretonne. Le principe étant, pour racheter une entreprise A, on crée une holding B, si possible, domiciliée dans un paradis fiscal. La holding B demande un emprunt important à des banques pour acheter A et ensuite A reverse de très importants dividendes à B, censés désendetter la holding B et ou permettre au créateur de la holding B d’avoir un niveau de vie de grand standing.

C’est le banquier juif, Bernheim, proche du père de Michel Bolloré, qui a aidé le fils Vincent à constituer son empire, à partir du système de poulies bretonnes; Bernheim a aussi aidé Bernard Arnault à constituer sa fortune, en prenant le contrôle de LVMH à partir de très peu de fonds.

Pour éviter de mettre à risque son bien, avec les éternels soubresauts fonciers en Côte d’Ivoire, Ouédraogo enregistre son bien foncier au nom d’un ami ivoirien de longue date, qui est du reste chargé des opérations sur le terrain.

* Pour éviter de mettre à risque son bien, avec les éternels soubresauts fonciers en Côte d’Ivoire, Ouédraogo enregistre son bien foncier au nom d’un ami ivoirien de longue date, qui est du reste chargé des opérations sur le terrain. Il renouvellera ce type d’opérations parfaitement légales, sur plusieurs autres denrées agricoles. * Données grossies à des fins d’illustration.

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