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Canada: pourquoi l’Alberta brûle «dix fois plus» qu’une année habituelle?

Des dizaines de milliers de personnes évacuées et des installations pétrolières à l’arrêt… La région de l’Alberta, première province productrice de brut au Canada, est en alerte en raison d’importants feux de forêts. Près de 400 000 hectares ont brûlé, « c’est 10 fois plus qu’une année habituelle et nous n’en sommes qu’au début », a alerté la Première ministre de l’Alberta, Danielle Smith.

La cause ? Le pays fait face à une accumulation de phénomènes qui favorisent les départs de feux violents. Premièrement, après un hiver sec avec peu de neige, la végétation est très sèche. « Déjà, l’Ouest et notamment les Prairies sont des endroits au Canada où on a de toute façon les plus faibles quantités de précipitations de tout le pays. Mais lorsque ce déficit de précipitations s’accentue, que les températures deviennent plus chaudes, et surtout quand on a des canicules très tôt dans la saison, ça accélère les probabilités d’avoir des feux précoces et des feux qui peuvent prendre de grandes envergures », explique Philippe Gachon, hydroclimatologue à l’Université de Québec à Montréal (UQUAM), interrogé par RFI. Début mai, un phénomène météo s’est installé sur la région et a apporté des conditions très sèches. Cela a entrainé des fortes chaleurs. Plusieurs records de températures ont été battus dans la région. À Edmonton, la capitale provinciale, le mercure a atteint 28,9 °C le 1er mai, un record absolu depuis les 26,7 °C de 1931. Et il a fait 32,2 °C jeudi à Fort McMurray, dans le nord.

 

Sur cette photo fournie par le service d’incendie du gouvernement de l’Alberta, une section de forêt brûlée dans la région d’Edson, en Alberta, couve, le samedi 6 mai 2023.
Sur cette photo fournie par le service d’incendie du gouvernement de l’Alberta, une section de forêt brûlée dans la région d’Edson, en Alberta, couve, le samedi 6 mai 2023.

La situation est donc alarmante, mais pas inédite. « On avait déjà vu ça, notamment en 2016 pour les feux de Fort McMurray qui s’étaient aussi produits très tôt, au mois de mai », rappelle l’hydroclimatologue. À l’époque, l’envergure de ce feu avait provoqué « le désastre naturel le plus coûteux de l’histoire du pays ». Preuve de la puissance de cet incendie, il avait fallu un an aux autorités pour en venir à bout et le déclarer éteint.

Selon les experts, le Canada est particulièrement victime du réchauffement climatique. « On a un réchauffement qui, à peu près au cours des 70 dernières années, est deux fois plus important que la moyenne sur l’ensemble de l’hémisphère Nord », regrette l’expert. Et tout cela, « contribue » aux feux de forêt toujours plus précoces, fréquents et violents. Un phénomène qui devrait s’amplifier, car, en plus, tout cela entraîne des émissions massives de gaz à effet de serre, qui aggravent encore le changement climatique par un mécanisme de cercle vicieux appelé « boucle de rétroaction incendie-climat ».

 

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