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CEI Voici les Dessous des déclarations hasardeuses de Ouattara

Ado-Bouaké-Inté

Réagissant à la décision du Front populaire ivoirien (Fpi) de se retirer de la Commission électorale indépendante (Cei), le candidat Alassane Ouattara, en pré-campagne dans la région d’Iffou, a menacé, qu’en cas de persistance de la décision du Fpi, il substituera à la Cei, le ministère de l’Intérieur pour organiser les élections de 2015. Décryptage.
Au lendemain (déjà !) du vote de la loi sur la Cei et, répondant aux critiques de l’opposition significative, relativement au déséquilibre structurel de la composition de la Commission électorale, largement en faveur du Rhdp, le candidat Alassane Ouattara avait déclaré le 6 juillet 2014, à l’aéroport Houphouët-Boigny , de retour d’un énième voyage en France, que : « J’aurais pu faire organiser les élections par le ministère de l’Intérieur comme au Sénégal, puisqu’aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est en totale démocratie reconnue par tous… » Deux mois après cette déclaration, Alassane Dramane Ouattara a réitéré publiquement, son intention de substituer à la Cei, le ministère de l’Intérieur et menace le peuple de Côte d’Ivoire, de mettre en œuvre cette idée si le Front populaire ivoirien ne reconsidère pas sa position.
Le candidat Alassane Ouattara oublie certainement que le président de la République est le garant de la Constitution et que, c’est le peuple de Côte d’Ivoire qui, le 23 juillet 2000 à travers une consultation référendaire promulguée le 1er août 2000, a dessaisi les détenteurs du pouvoir exécutif, de toutes les attributions, en ce qui concerne la désignation de ses représentants, pour les confier à une Commission nationale indépendante.
Le peuple de Côte d’Ivoire, par une autre loi référendaire, a adopté, le même 23 juillet 2000, un code électoral dans lequel, il a confié l’organisation des élections présidentielles, législatives, régionales, municipales et rurales, à une Commission en charge des élections. C’est au vu de l’article 32, alinéa 4 de la Constitution et des articles 3 ; 8 ; 11 ; 13 et suivant, du code électoral que, lorsqu’il était en responsabilité à la tête de l’État, le gouvernement du président Laurent Gbagbo dirigé par le Premier ministre Pascal Affi N’Guessan a instruit le législateur qui a créé le 9 octobre 2001, la Commission électorale indépendante (Cei). Pour dire que, relativement à la Constitution, pour le peuple de Côte d’Ivoire, en période normale, et dans sa conception souveraine de la démocratie, c’est la Cei qui organise la désignation de ses représentants à la présidence de la République, à l’Assemblée nationale et dans les assemblées régionales, municipales et rurales. (Article premier du code électoral du 1er août 2000).
Contrairement à ce que la déclaration de M. Alassane Ouattara pourrait laisser-supposer, la Cei n’est pas une institution issue de la crise de 2002. Pour preuve, tous les acteurs politiques ivoiriens et les mouvements rebelles avaient qualifié dans la déclaration de Marcoussis en 2003, la loi sur la Cei de « Bonne loi qui devait être ouverte pour une meilleure représentation des forces politiques ». C’est en application de cette disposition transitoire, qu’à titre exceptionnel, et jusqu’à la fin des élections de sortie de crise, que la Cei avait été élargie, aux représentants des mouvements armés.
La volonté affichée par le candidat Alassane Ouattara de contrôler vaille que vaille la Cei ou, de la substituer au ministère de l’Intérieur, s’inscrit dans la logique des ses intentions révélées par son poulain Youssouf Bakayoko, dans sa première déclaration publique, le jour même de sa parodie de reconduction à la tête de la Cei, à savoir : «Réintégrer les cas litigieux laissés en suspend en 2010, au fichier électoral de 2015 ». Par cas litigieux, il faut entendre, les 600 000 pétitionnaires de la liste grise omis sur la liste électorale de 2010 et les 429 000 pétitionnaires frauduleusement inscrits dans ce qu’on avait appelé «l’affaire Mambé » du nom de l’ancien président de la Cei. A ceux-là, il faudra certainement ajouter les «apatrides» pour lesquels, le gouvernement vient de boucler dans le silence, la première phase des étrangers naturalisés par simple déclaration et, s’apprête à lancer la deuxième phase de cette opération qui permettra d’enrôler à terme, selon les propos du ministre de la Justice, deux à trois millions de nouveaux Ivoiriens.
Ces trois à quatre millions de personnes potentielles, en attente d’intégration sur la liste électorale de 2015, changeront de manière radicale et irréversible, sur plus d’un siècle, la nature et la composition du corps électoral ivoirien. Ces nouveaux électeurs conserveront à vie, le droit d’être électeur en Côte d’Ivoire. Ce qui constitue une menace sérieuse sur l’avenir de plusieurs générations d’Ivoiriens.
La volonté de conserver Youssouf Bakayoko ou de substituer le ministère de l’Intérieur à la Cei, obéit à la seule logique de conservation du pouvoir par le camp Ouattara. Pour preuve, la première session de la commission centrale de la Cei ouverte le 18 septembre 2014, pour une durée de trois mois a pour objectifs, au regard de l’arrêté publié par le président contesté de la Cei, les préparatifs de la révision de la liste électorale de 2010 en vue de l’élection présidentielle de 2015 et la mise en place des commissions locales de la Cei.
Selon un expert de la division électorale de l’Onuci qui a requis l’anonymat: «Avec le retrait du Fpi, et la suspension des représentants de l’Alliance des forces démocratiques (Afd) des activités de la commission, il sera pratiquement impossible à la Cei, d’installer les commissions régionales ; préfectorales ; sous-préfectorales et communales. Chaque commission locale étant composée de quatre représentants du Rhdp et quatre (4) de l’opposition.»
Dans son analyse, l’expert électoral a ajouté que : «Ce ne sont pas les partis de l’opposition représentés dans la Cei qui ont recueilli à peine cent suffrages en leur faveur dans la grande commune de Yopougon, lors des municipales, qui pourront désigner des représentants dans les cinq cent démembrements de la Cei sur l’ensemble du territoire.» Il est important de rappeler à l’expert onusien que dans la défunte commission électorale présidée par Robert Mambé, les trois mouvements qui ont revendiqué la rébellion de 2002 à savoir le Mpci, le Mjp et le Mpigo étaient représentés dans les 500 démembrements de la Cei au niveau local et dans 21 pays étrangers, par des fieffés militants du Rdr. Il ne devrait donc poser aucun problème aux «petits partis» de l’opposition de demander au RHDP de lui fournir les noms de ses représentants dans toutes les commissions locales de la Cei.
Aussi, avec un bureau de la Cei et ses démembrements totalement acquis à sa cause, le candidat Alassane Ouattara pourra changer tranquillement la liste électorale et organiser une élection à sa guise.
Ainsi va la démocratie en Côte d’Ivoire sous le couvert de la communauté internationale.
Zabril Koukougnon

notre voie

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