06252022Headline:

Cent jours de guerre en Ukraine: «Une victoire russe se dessine, mais très localisée»

On a vu au début une offensive sur trois axes échouer côté russe, et finalement, maintenant, se centrer sur un objectif plus restreint, le Donbass. C’est une guerre asymétrique et de haute technologie, côté ukrainien, avec une résistance farouche. Qu’est-ce qu’on peut dire de ces 100 jours de guerre ? Et quelle analyse en faites-vous?

Vous avez eu déjà un changement total du niveau de la guerre envisagée par le camp russe. Au début, vous aviez la vision d’une « opération spéciale » qui allait être d’abord déterminée par la fulgurance, la qualité des forces de hautes technologies russes et qui allait pouvoir balayer l’Ukraine en quelques jours. Ce scénario ne s’est pas du tout concrétisé.

Aujourd’hui, vous êtes véritablement rentrés dans la guerre de haute intensité. Surtout, il y a eu une prise de conscience du côté russe que c’était une guerre d’un bien plus haut niveau. Et ça se voit au niveau de leur ambition opérationnelle. On voit qu’il y a une concentration, mais vécue comme une sorte de réduction de leurs objectifs. Vous avez des encerclements de plus en plus réduits, centrés sur le Donbass, et une vision beaucoup plus pragmatique pour les Russes de ce qu’ils peuvent véritablement atteindre avec les forces qu’ils ont à disposition.

Par exemple, il y avait le schéma théorique par l’encerclement par le Dniepr, tout ça s’est complètement évacué. Aujourd’hui, les opérations se concentrent vraiment sur la pointe extrême du dispositif ukrainien, autour de Sievierodonetsk, avec les poussées sur Popasna et Lyman. Concrètement, il y a une victoire russe qui se dessine, mais qui est extrêmement localisée, qui est très limitée.

Où en est l’armée russe ? La Russie pourra-t-elle continuer sa poussée offensive ? On a beaucoup parlé des effectifs qui avaient subi une attrition importante, qui n’avaient bénéficié que du renfort très limité de 10 000 hommes à peu près, des unités constituées qui sont au front depuis cent jours.

Sur les offensives en cours, autour de Sievierodonestk, a priori, elle a l’air capable d’aller au bout de son schéma d’opération et de prendre la ville. D’ailleurs, les Ukrainiens ont l’air plutôt d’abandonner ses positions avancées, faisant aussi un choix pragmatique de resserrer leur défense plus vers les arrières.

En fait, il y a plusieurs questions dans ce que vous me posez. Déjà, l’état de l’armée russe. Comment celle-ci régit à ses pertes ? Et ensuite, quelle suite donner à la guerre ? Quelle va être ses prochaines étapes ? Sur l’état de l’armée russe, ce qui est intéressant et presque un paradoxe, c’est que malgré les pertes qui sont extrêmement lourdes -on parle de plus de 10 000 hommes perdus, c’est certain- et avec des pertes matérielles aussi très importantes -on a parlé de l’usure des stocks de missiles sophistiqués, mais aussi des pertes blindées, il y a les pertes de l’aviation…- vous avez une armée qui, paradoxalement, ne connaît plus les effets de démoralisation profonds qu’il y avait au début de la première phase du conflit.

Melv

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