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Chronique de Venance Konan: Houphouët-Boigny honoré chez lui

Le prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix a été institué en 1989 par l’UNESCO pour « honorer les personnes vivantes, institutions ou organismes publics ou privés en activité ayant contribué de manière significative à la promotion, à la recherche, à la sauvegarde ou au maintien de la paix, dans le respect de la charte des Nations unies et de l’Acte constitutif de l’UNESCO ». Il comprend un chèque de 122 000 euros, une médaille d’or et un diplôme, et est décerné chaque année par un jury international composé de onze personnalités originaires des cinq continents et présidé à l’origine par Henry Kissinger, ancien secrétaire d’État américain, et aujourd’hui par le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix.

Depuis sa création, le prix était décerné au siège de l’UNESCO à Paris et les autorités ivoiriennes s’y déplaçaient à chaque fois pour sa remise. Lorsque M. Bédié était le président de la Côte d’Ivoire, j’eus l’occasion d’aller couvrir la remise de ce prix à Paris. Nous étions si nombreux à avoir fait le déplacement que l’avion présidentiel fit plusieurs rotations et nous occupâmes pratiquement tout un grand hôtel de Paris.

Cette année marquera le trentième anniversaire du décès de Félix Houphouët-Boigny. Et pour la deuxième fois, le prix a été décerné dans son village de Yamoussoukro, là où le directeur général de l’UNESCO d’alors, M. Federico Mayor, annonça sa création. Durant la journée d’hier, les regards d’une bonne partie du monde étaient tournés vers la ville de Yamoussoukro. La lauréate était Madame Angela Merkel, ancienne chancelière d’Allemagne et elle a reçu son prix en présence de plusieurs Chefs d’État et hautes personnalités africains.

Pour l’occasion, la ville de Yamoussoukro avait fait sa toilette des grands jours et s’était mise sur son trente et un, du moins pour le peu que je pus voir. Les hôtels et maquis de leur côté avaient tous affiché complet. Il vaut mieux que ce prix, créé à Yamoussoukro, emplisse les hôtels et restaurants de Yamoussoukro plutôt que ceux de Paris, malgré mon affection pour cette ville.

C’est dommage qu’en trente ans, nous n’ayons pas pu trouver le temps ou les moyens de construire un musée, ou tout autre monument dans cette ville où Houphouët-Boigny est né et est enterré. Houphouët-Boigny, l’homme qui mit fin au travail forcé, créa le Rassemblement démocratique africain (RDA), conduisit la lutte pour l’émancipation de notre continent, obtint l’indépendance de notre pays, et le dirigea pendant trente-trois ans, en faisant le pays de référence dans toute l’Afrique de l’Ouest. C’est vraiment dommage que nous ne nous soyons pas donné les moyens de lui rendre l’hommage qu’il mérite. Au temps de Laurent Gbagbo, il avait été question de transformer sa résidence en musée et j’avais eu l’honneur de faire partie de l’équipe qui devait y travailler. Mais pour des raisons que j’ignore, le projet s’est arrêté en plein vol. J’ai pu ainsi visiter plusieurs fois cette résidence et voir la très modeste chambre d’Houphouët-Boigny, où se trouvaient encore, entre autres, son dernier savon, sa brosse à dent, son peigne, ses pantoufles, quelques-uns de ses costumes et, sur un meuble, la photo de sa sœur Mamie Faitai.

Une fois la fête terminée, tous les invités partiront. Et Yamoussoukro retrouvera son train-train quotidien. Restera-t-elle propre ? C’est un pari qui a toutes les chances d’être perdu d’avance. Mais nous, Ivoiriens, et singulièrement ceux de Yamoussoukro devrions nous battre pour que la remise du prix Félix Houphouët-Boigny soit définitivement domiciliée à Yamoussoukro. Pour la mémoire d’Houphouët-Boigny, pour le rayonnement de son village, pour son développement. C’est nous qui n’avons pas encore compris qu’un grand musée dédié à Houphouët-Boigny à Yamoussoukro pourrait être une source très importante de revenus pour cette ville. Et dans la foulée, bien qu’il n’y ait aucun rapport entre les deux sujets, qu’attendons-nous pour domicilier le Grand Prix littéraire d’Afrique noire en Côte d’Ivoire, comme le souhaite d’ailleurs le président de l’Association des écrivains de langue française, initiatrice de ce prix ?

Il y a dix ans, à l’occasion du vingtième anniversaire du décès de notre premier président, Fraternité Matin que je dirigeais alors avait organisé une grande exposition photos sur Houphouët-Boigny à la Fondation pour la recherche de la paix. Le Chef de l’État Alassane Ouattara avait abrégé un séjour en France pour venir inaugurer cette exposition. De nombreuses personnes avaient fait le déplacement de Yamoussoukro pour venir la voir. Pour ce trentième anniversaire, pourquoi ne pas organiser une nouvelle exposition des œuvres du « père de la nation », doublée des œuvres de celui qui est en train de reconstruire la Côte d’Ivoire dans la continuité d’Houphouët-Boigny ?

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