02042023Headline:

Conflit au Tigré : l’Éthiopie consolide la paix, précaire malgré tout

La zone contestée d’Amhara

Dans ce scenario où chaque camp se regarde en chien de faïence, les forces tigréennes, partiellement désengagées, craignent de ne plus pouvoir protéger leur région en cas d’attaque érythréenne. Asmara considère en effet le FPLT comme son principal ennemi depuis le conflit qui les ont opposés en 1998. Les Tigréens ne pourraient d’ailleurs pas compter sur le soutien d’Addis Abeba en cas d’assaut érythréen.

Autre point de crispation, la région éthiopienne contestée d’Amhara, limitrophe du Tigré. Il paraît peu probable que les chefs amharas, qui ont soutenu depuis novembre 2020 l’état fédéral, acceptent de retirer leurs troupes des zones de contestation et de perdre une partie de ce qu’ils considèrent comme leur territoire. Le premier ministre Abiy Ahmed, qui a fait alliance eux, ne devrait pas prendre de décision à leur encontre. Les incertitudes liées à cette région devraient perdurer car “l’accord du 2 novembre reste très flou sur la question du territoire Amhara “, explique Eloi Ficquet, spécialiste de la Corne de l’Afrique et maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Enfin, le retour progressif des moyens de communication pourrait lui aussi relancer les tensions dans la région. “Les gens privés d’information et surtout abreuvés de désinformations pourraient nourrir de nouveaux ressentis en apprenant certains aspects insoupçonnés de la guerre”, estime Patrick Ferris. Un point que ne partage pas Éloi Ficquet. “Je crois que l’arrêt des hostilités, scellé sous l’égide de l’Union africaine et largement appuyé par les États-Unis, est surtout lié au fait que les Éthiopiens n’avaient plus les moyens ni la volonté de continuer les combats. Il paraît improbable qu’ils se relancent dans un conflit.”

Le turbulent voisin Érythréen

L’ensemble des puissances africaines et occidentales ont également tout intérêt à voir l’Éthiopie sortir de la guerre civile. La capitale demeure une locomotive économique pour toute la région de la Corne de l’Afrique. Son économie, restée parmi les plus dynamiques au monde durant la décennie 2010, va devoir multiplier les partenariats et les baux internationaux pour relancer une économie mise à mal par l’inflation et la guerre. Le Premier ministre Abiy Ahmed a d’ailleurs promis une croissance économique à 7,5 % pour l’année 2022-2023.

L’Union européenne a d’ores et déjà débloqué de son côté une allocation de 33 millions de dollars pour réparer quelque 8 500 écoles endommagées pendant la guerre. L’ambassadeur de l’UE en Éthiopie, Roland Kobia, a déclaré que l’argent permettrait à deux millions d’enfants de retourner à l’école et de relancer un programme d’alimentation scolaire. “Le pays a pris des années de retard dans tous les domaines, assène le chercheur Patrick Ferras. L’Éthiopie n’a plus d’autres choix que de sceller définitivement la paix. Si son turbulent voisin érythréen veut bien le laisse faire.”

Le bilan précis de ce conflit jalonné d’exactions, qui s’est déroulé largement à huis clos, est difficile à définir. Le centre de réflexion International Crisis Group et l’ONG Amnesty International se contentent de le présenter comme l'”un des plus meurtriers au monde”.

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