05292020Headline:

Côte d’Ivoire: « Après la mort du père fondateur, le pays va de crise en crise et de tensions en tensions », Bédié

La Côte d’Ivoire vit des moments assez difficiles depuis plusieurs années. Après la mort du père fondateur, le pays va de crise en crise et de tensions en tensions. En 1999, nous avons vécu un coup d’État. En 2000, à peine la junte militaire installée que des événements appelés « Cheval Blanc » ont distancé les partisans de ce Coup. Quelques mois plus tard, la nouvelle Constitution supposée remettre de l’ordre, a connu son » Et et Ou », pour aboutir à des élections « chaotiques ». Le dialogue national organisé par le FPI, et soutenu par certains bailleurs de fonds, n’a pas eu les résultats attendus. Ce forum a d’ailleurs été boycotté par certains acteurs. En janvier 2000 déjà, les hostilités ont repris avec l’histoire de « la Mercedes noire ». Les semaines qui suivaient, selon les autorités d’alors, révélaient « le dos du nageur ».

Nous sommes allés directement au conflit armé qui a vu la quasi partition de notre pays en deux. De rencontre en rencontre, de pays en pays et d’accord en accord, nous avons abouti à l’Accord Politique de Ouagadougou (APO). Cet accord, capitalisant les acquis des précédents, permettait, de façon exceptionnelle, à tous les prétendants au Pouvoir, de participer aux élections présidentielles. Entre-temps, les enjeux politiques ont eu raison des alliances.

Le RHDP a brisé le Front Républicain. Deux blocs nouveaux ont colonisé l’espace politique : le LMP et le RHDP. Malgré tous ces arrangements et l’assistance de la Communauté internationale, la suite a été dramatique. L’après élection a été sanglant. Certains de nos concitoyens sont encore en prison ou en exil. Nous avons toutefois espéré, à un moment donné, que les hommes politiques avaient compris la souffrance des Ivoiriens. Eh bien non!

DEPUIS 2017, LES SIGNAUX SONT EN TRAIN DE PASSER DU JAUNE AU ROUGE.
Comme indicateur coloré, la recomposition des alliances politiques réapparaît. Nous avons sur le terrain la CDRP conduit par le PDCI, l’EDS guidé par le noyau des anciens LMP, le RHDP nouveau ou unifié, à dominance RDR, le GPS dont le maître de chœur est monsieur Soro Guillaume. Les récents symptômes ont pour noms « Tabouret », CEI non consensuelle, la gratuité ou non de la CNI, la modification par les parlementaires de la Constitution, un nouveau code électoral… Comme pour rendre la sauce plus pimentée, le COVID-19 s’est invité dans la jarre du solvant toxique où se succèdent, à rythme choisi, les gouttes d’enzymes P20.

POUR LE PAYS, NE PAS SE TROMPER !
Dans cette atmosphère capable de créer à nouveau une crise sérieuse, les recours pourraient être les chefs traditionnels, les religieux, la Communauté internationale et les Ivoiriens eux-mêmes. Les chefs traditionnels sont malheureusement pris dans une bulle baptisée Chambre des rois et chefs traditionnels. Ils sont devenus aphones, parce que les dents et les langues sont occupées à broyer les noix de cola qui leur sont offertes.

Les religieux sont sur un terrain très glissant, craignant d’ajouter à la sauce déjà pimentée un autre ingrédient toxique sans antidote. La tentative de marche pour la paix des chrétiens, aussi noble soit-elle, n’a pas échappé à une mauvaise interprétation. Les musulmans sont certainement soucieux de la situation mais leur tâche est encore plus délicate et compliquée. La Communauté internationale a montré ses limites. Toutefois, eu égard aux intérêts de certaines puissances, les acteurs principaux qui forment cette Communauté sont déjà à la manœuvre.

Pour que rien ne nous soit imposé, toute l’opposition doit s’unir pour que le pouvoir revienne au peuple qui le confiera par la suite à qui il veut. Cela passe par la possibilité donnée à tous ceux qui ont l’âge de prendre part au vote. Ceux-ci doivent disposer de leur CNI. Il faut ensuite réduire la fraude électorale à un seuil tolérable, en attendant de l’éliminer au plutôt. Le prochain Président de la République, à mon avis, est attendu sur sa capacité à pardonner et réconcilier les Ivoiriens. Pour cela, il lui faut disposer du recul, du charisme, du dépassement de soi et de l’amour pour notre pays.

Ce Président, qui doit avoir fait son chemin certainement, doit s’entourer des jeunes à la Vice-Présidence et la Primature. Pendant que l’équipe gouvernementale s’attellera à régler les problèmes économiques, le Président de la République s’occupera principalement du dialogue et de la cohésion sociales. Il devra commencer, dès sa prestation de serment, par libérer tous les prisonniers politiques, faire rentrer tous les exilés et compris ceux sous mandats d’arrêt et organiser les journées du dialogue national, comme Houphouët le faisait.

C’est le prix à payer pour la paix. Dans la situation actuelle, Henri Konan Bédié est celui qu’il faut. Bédié a l’avantage d’avoir la confiance d’une grande partie de l’opposition. Il pourra fédérer jeunes et vieux, remettre les chefs traditionnels et les religieux dans la quête d’une cohésion sociale durable. Bédié, sans trahir de secret, dispose d’un crédit de confiance de certains grands acteurs du RHDP unifié qui n’ont pas rompu les contrats directement ou indirectement. Ce sera un soulagement pour eux.

A cet effet, s’il accède au pouvoir, il aura à apaiser tous et tendre la main aux tenants du RHDP. Bédié, s’il réussit cette mission, doit céder la place aux jeunes qui l’auront entouré. C’est pourquoi toute l’opposition doit s’accorder sur sa candidature et une gestion inclusive du pouvoir à partir d’un Gouvernement d’union. Quant aux jeunes, je leur demande d’utiliser Bédié comme un pont pour traverser le fleuve. Aux tenants du pouvoir, je leur demande d’accepter la transparence, gage d’une vie paisible après les élections et de réelles chances de revenir par la volonté du Peuple. Tout autre calcul mettra le pays entier en péril.

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