03232017Headline:

Cote d’Ivoire: Attaque Djihadiste: Ce qui se passe sur des plages et dans des réceptifs hôteliers à Jacqueville

plage bassam

Malgré la psychose qui gagne les populations, certains expatriés ne boudent pas leur plaisir et continuent de se rendre sur les plages.

Jacqueville, cité balnéaire située à 48 kilomètres d’Abidjan, comme la plupart des villes de la côtière ivoirienne vit une ambiance particulière depuis l’attaque terroriste de Grand-Bassam.

Populations et opérateurs économiques sont gagnés par la peur d’une éventuelle attaque de leur cité. Une peur alimentée surtout par les folles rumeurs qui circulent dans la ville et qui mettent à mal l’activité économique. Approchés, des gérants de réceptifs hôteliers de Jacqueville n’ont pas caché leur désarroi. Ils sont unanimes que leur business a fortement baissé. « Il n’y a plus d’affluence. Les rumeurs font que les gens ont peur de venir dans nos réceptifs. Et, pourtant nous avons des marins juste à côté de nous, ce qui est un peu rassurant », confie Akpoué Kouakou Roger, gérant d’un réceptif hôtelier situé au pied du pont de Jacqueville, à N’Djem. A la vérité, la présence de marins à proximité de ce réceptif n’est pas rassurante, contrairement à l’attente du gérant. Dans cette atmosphère, les quelques cars de convois et véhicules personnels qui franchissent le pont sont une curiosité pour les habitants de la cité. Regroupés entre amis, des jeunes s’interrogent sur la présence de ces visiteurs dans la ville malgré la menace terroriste qui plane. On entend même certains de ces jeunes faire des mises en garde sévères du genre : « Ne nous envoyez pas des ennuis ici. Dans tous les cas, à Jacqueville, il y a une seule entrée et une seule sortie ». Une hostilité vis-à-vis des visiteurs que n’apprécient guère les vendeuses de poissons et de crustacés qui ont ouvert leur commerce juste à la descente du pont. Ces dames venues faire du business scrutent l’horizon à la recherche de potentiels clients. Elles vont même jusqu’à compter les véhicules qui rentrent dans la cité au point d’informer que l’affluence n’est pas la même que celle des autres week-ends. En clair, un manque à gagner pour ces vendeuses qui ne demandent qu’à faire de bonnes affaires avec leurs clients des week-ends. Des difficultés que rencontrent également les responsables des réceptifs hôteliers de cette localité. « Depuis l’événement du week-end dernier à Grand-Bassam, les choses se passent mal pour nous. Habituellement, nous recevions des clients à partir de vendredi soir. Mais, aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Si la situation perdure jusqu’à la fin du mois, on ressentira plus le manque à gagner. On continue de faire nos stocks normalement, mais les choses ne bougent pas comme il se doit », déplore Isaac Bouazy, responsable d’une station balnéaire du village de Sassako Begnini, situé à quelques kilomètres de Jacqueville. Il a évoqué quelques mesures sécuritaires prises pour rassurer sa clientèle. Notamment, le recrutement d’un vigile et de cinq jeunes pour assurer la sécurité du site, les week-ends.

30 marins pour sécuriser les plages de Jacqueville

A côté de cela, il a lancé un appel aux autorités pour qu’elles renforcent la sécurité sur les plages. « Plus il y a la sécurité, plus les gens sont confiants », a-t-il dit. Geneviève Sia épouse Yao est la responsable d’un autre point d’attraction à Jacqueville. Elle explique aussi que sa clientèle a baissé à cause de la situation. Au cours de l’entretien avec la responsable de ce réceptif hôtelier, un groupe de jeunes et leurs encadreurs, à bord d’un convoi de trois cars de plus de 100 places chacun, font leur entrée sur le site. Renseignements pris, il s’agit de plus de 300 élèves du Groupe scolaire Guchanrolain présents à Jacqueville dans le cadre d’une sortie d’études. Mme Yao confie que ce groupe avait fait sa réservation depuis plusieurs semaines, c’est-à-dire avant les événements de Grand-Bassam, toute chose qui justifierait leur présence. En dehors de ces élèves, elle mentionne également la présence de quelques clients. Par contre, une autre catégorie de clients, encore sous le choc des événements de Grand-Bassam, confie-t-elle, ont purement et simplement annulé leurs réservations du week-end et des week-ends à venir. « En plus de ces élèves, on devait recevoir deux autres groupes. Malheureusement, ils ont annulé leurs réservations. Ils ont promis de venir après la fête de Pâques. On attend de voir », reste confiante Mme Yao. Cette dernière rassure également sur les mesures sécuritaires mises en place pour accueillir les visiteurs. Elle souligne la présence d’éléments de la gendarmerie et de la police maritime, qui veillent au grain. Des propos corroborés par un agent de la police maritime présent dans l’enceinte de l’espace, qui annonce une trentaine de personnes en patrouille sur les plages. Approché, l’un des encadreurs des élèves dudit établissement, N’cho Narcis, professeur d’histoire et géographie, a justifié le choix de la ville de Jacqueville pour cette sortie pédagogique par ses aspects historiques et géographiques. « Nous avons choisi Jacqueville pour voir les aspects historiques et géographiques de cette ville, et, si possible, voir les différentes activités économiques et le rôle que joue le nouveau pont pour le développement économique de cette ville », explique cet enseignant. S’agissant des mesures sécuritaires, il a précisé que l’établissement a fait appel à la police municipale et maritime pour guider la sortie. Non loin de l’établissement de Mme Yao, se trouve un autre réceptif hôtelier géré par Cragbé Raymond. En bordure de la mer, on remarque la présence de quelques expatriés assis sous des appatams. Le temps de prendre langue avec le gérant de l’espace, un autre groupe de blancs fait son entrée sur le site. La preuve que malgré le psychose, il y a un peu de mouvement dans cette zone. Un constat qui sera appuyé par le gérant. « L’activité se passe très timidement parce qu’on a tous peur. L’activité a beaucoup baissé. On est samedi, nous sommes à 12 heures, et c’est timide. On n’a pas fait beaucoup de provisions parce que, depuis le début de la semaine, nos stocks sont restés intacts », déplore notre interlocuteur qui annonce également que des réservations ont été annulées ce week-end par des clients. « On a cinq groupes qui avaient fait des réservations pour ce week-end et qui ont annulé. Nous n’avons aucune nouvelle réservation jusqu’à ce jour », évoque M. Cragbé Raymond. Puis de s’inquiéter quant à leur chiffre d’affaires qui pourrait baisser. « On paie les impôts, la patente, on a une trentaine d’employés, on veut que l’État nous aide », plaide cet opérateur économique. Il souhaite, par ailleurs, que la situation sécuritaire s’améliore afin que les choses redémarrent. « On attend le week-end de Pâques pour voir si les choses vont bouger ». Tel est l’espoir qui anime cet acteur de la vie économique. Non loin de ces réceptifs hôteliers, un podium a été installé et une animation s’y déroule. Un événement qui a mobilisé très peu de monde lors de notre passage dans la zone, sous le coup de 12 heures 30 minutes.

Des consignes fermes aux hôteliers

Les autorités préfectorales de Jacqueville mettent tout en œuvre pour parer à toute attaque dans leur localité. En effet, suite à l’attentat meurtrier de Grand-Bassam, le secrétaire général de préfecture qui assure l’intérim du préfet de Jacqueville, a réuni les responsables des réceptifs hôteliers de la ville pour leur donner des consignes fermes. Il a été demandé à ces opérateurs économiques d’orienter désormais tous les convois qui viennent sur la ville vers la préfecture pour prendre une autorisation de séjour. La réunion a exigé également des fouilles systématiques de tous les véhicules qui arrivent sur les sites. Il est fait obligation aux gérants des réceptifs hôteliers d’enregistrer les clients et de déposer, le lendemain, les registres à la gendarmerie. Entre autres consignes, il est demandé de signaler toute personne suspecte à la gendarmerie ou à la police maritime.

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