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Côte d’Ivoire: Bédié fait de troublantes révélations sur Ado, Dominique, Guéï, Henriette, Houphouët…

Le pouvoir politique fait souvent très mauvais ménage avec la vérité surtout lorsque celle-ci jette un halo de lumière crue sur ses méthodes honteuses, ses réseaux secrets et ses intentions inavouables, éclairant et révélant ainsi les comportements cyniques, les silhouettes inélégantes et les cruautés des acteurs de l’ombre. Gare à quiconque a alors la témérité de s’approprier cette vérité et de l’énoncer publiquement: le pouvoir s’enrage, se déchaîne, s’enferme dans ses illusions, et recourt à la seule arme dont il est véritablement dépositaire: le monopole de la violence. Cette réaction de folie prend d’abord la forme d’attaques calomnieuses, puis d’accusations outrageantes et de menaces de poursuites pénales, avant de se conclure par l’instrumentalisation de l’appareil administratif, judiciaire et sécuritaire pour étouffer toute voix discordante et faire taire tout lanceur d’alerte.

Vous êtes un des leaders politiques africains les plus occupés et sollicités, et certainement l’homme incontournable de la scène politique ivoirienne. Vous êtes pourtant en grande forme malgré ce que certains considèrent comme un emploi du temps surchargé. Comment faites-vous pour garder votre forme physique ?
Oui tout à fait, cet emploi du temps que vous qualifiez de chargé contribue à l’entretien de ma force physique. En effet, les rencontres que j’ai, assez régulièrement, avec la plupart des acteurs politiques qui le demandent et toutes les couches sociales sont pour moi des exercices d’épanouissement moral et physique.

Quelle est une journée typique chez vous ? Comment organisez-vous votre temps ?
En dehors du cadre familial, ma journée est répartie en temps de travail personnel, fait de lecture et d’échanges avec mes collaborateurs et en audiences accordées aux organisations de la société civile et à des personnalités.

A quelle heure vous levez-vous le matin ? Faites-vous de l’exercice ? Avez-vous un régime alimentaire rigoureux ?
Je me lève à cinq heures du matin, tous les jours. Et je m’astreins à un régime alimentaire particulier. Depuis ma cure à Biarritz, au mois de juillet, je suis rigoureusement un régime prescrit par ma nutritionniste.

Ceux qui vous connaissent bien affirment que l’ancienne première dame Henriette est bien plus que votre épouse, et qu’elle est aussi votre conseillère et votre amie. Comment avez-vous rencontré votre épouse Henriette et quel est le secret de cette longue relation fusionnelle qui vous lie ?
C’est vrai qu’Henriette est ma conseillère, mais pas sur toutes les questions, seulement sur les questions importantes ou graves. Je l’ai rencontrée au collège. J’étais collégien et son frère, qui était dans une autre promotion, était mon protégé. Un jour, j’ai découvert la photo d’Henriette dans ses affaires. Immédiatement, j’ai sauté dessus et j’ai saisi cette chance.

Quels conseils donnez-vous aujourd’hui aux jeunes qui semblent avoir beaucoup de difficultés à rester dans une vie conjugale et familiale stable ?
Je demande aux jeunes d’être très proches, et fidèles à leur engagement. Ensuite de maintenir un dialogue constant avec leurs épouses.

Son parcours, son apprentissage

Votre parcours est unique dans l’histoire politique ivoirienne. Très jeune, vous avez occupé les plus hautes fonctions de Etat. Comment vous êtes-vous retrouvé aux affaires publiques si jeune ? Comment devient-on ambassadeur aux Etats-unis à 27 ans et ministre des finances à 34 ans, président de l’assemblée nationale à 46 ans, etc. ?
Il n’y a pas de secret à cela. Tout ce que vous relatez renvoie à trois faits majeurs:

1- l’opportunité de la rencontre, très tôt, avec cet homme d’exception qu’était Félix Houphouët-Boigny, premier président de la République de Côte d’Ivoire,

2- la fidélité et la loyauté à l’égard du Président Félix Houphouët-Boigny dans l’exercice de mes charges administratives et politiques,

3-la constance, l’abnégation et le don de soi, sans calcul personnel, dans l’exercice des responsabilités qui m’ont été successivement confiées.

A 27 ans, la plupart des jeunes propulsés aux plus hautes fonctions de l’Etat commettent des erreurs et même des fautes irréparables. Croyez-vous en avoir commis? Difficile de vous répondre avec exactitude et certitude. Mais nul n’étant infaillible, il se peut que j’aie eu à commettre des erreurs soit dans la prise de certaines décisions soit dans l’absence de décisions que pouvait imposer la répression de certains faits ou événements ayant fragilisé notre démocratie. Il appartient aux autres et à l’histoire d’en juger. Pour ma part, au regard des événements vécus de décembre 1993 jusqu’au coup d’Etat de

décembre 1999, je reste convaincu que j’ai agi en conformité avec les lois et autres règlements qui fondent l’armature juridique de notre République, dans le strict respect:

1- du bon fonctionnement de l’administration et de l’Etat de droit,

2- de l’application effective et de la protection des libertés individuelles et publiques.

Votre succès précoce ne vous a pas valu que des amis. Il a suscité aussi beaucoup de jalousie, voire de la calomnie et de la haine. Essayons de clarifier une rumeur persistante: est-il vrai qu’à une époque vous aviez réuni le gratin Abidjan pour célébrer l’accumulation de votre « premier milliard» de fcfa de biens ?
Pour tout vous dire, cela n’a été que des rumeurs savamment diffusées par mes détracteurs. Il fallait nuire à ma réputation d’homme d’Etat. C’est tout.

De toutes les fonctions que vous avez occupées, laquelle vous a paru la plus difficile ?
Plutôt celle qui m’a valu plus de détermination et d’engagement pour mes concitoyens ? Je dirai la fonction de ministre de l’Economie et des Finances. En effet, « battre monnaie et satisfaire aux besoins de notre administration et à ceux de mes concitoyens» a été pour moi une tâche exaltante, car pleine de défis à relever au quotidien. Il nous fallait assurer la croissance économique et une meilleure redistribution des richesses nationales pour parvenir à :

1- un développement économique durable équilibré, réduisant les disparités régionales à travers une politique d’aménagement du territoire,

2- une consolidation du progrès social à travers une diversification de notre économie garantissant sur le long terme un accès aux soins de santé pour tous, une scolarité pour tous, un emploi pour tous et un logement social décent pour le plus grand nombre de nos compatriotes à revenus modestes.

En démocrate convaincu, je suis d’avis avec vous qu’une telle tâche est, par essence, difficile mais je voudrais que l’on retienne qu’elle a été exaltante pour moi. C’est tout le sens de l’engagement de l’homme politique au service de la nation et de ses concitoyens.

LAQUELLE DE CES FONCTIONS VOUS A PROCURÉ LE PLUS DE SATISFACTIONS?
Sans hésiter, comme je viens de I’indiquer plus haut, c’est la fonction de ministre de l’Economie et des Finances. Dans cette fonction, j’ai eu la nette perception d’avoir participé à la construction du bonheur de mes concitoyens au cours de la décennie glorieuse de notre développement économique et social, de 1965 à 1977.

Quel est l’aspect le plus difficile de la fonction d’un chef Etat en Afrique ?
C’est quand il s’aperçoit que l’esprit citoyen fait défaut. Dans ce cas, il est difficile pour un chef d’Etat en Afrique de faire face aux crises sociales qui naissent. De même quand un gouvernement de la République n’arrive pas à apporter une réponse immédiate et satisfaisante à la demande sociale, alors l’exercice de la fonction de chef de l’Etat devient quasiment problématique, voire difficile. En un mot, tout président de la République en Afrique, pour remplir efficacement la fonction de chef de l’Etat, doit promouvoir, à la fois, un environnement social apaisé et des services public et privé compétents au service du peuple.

Quels sont les secrets de la longévité en politique?
Toute longévité en politique tient à la bonne gestion au quotidien des faits et autres événements socio-politiques, doublée d’une bonne anticipation de ceux-ci. Pour être plus précis, il convient de demeurer attaché aux valeurs qui fondent l’idéal démocratique défendu par sa formation politique. Secundo, il convient de savoir procéder aux mutations nécessaires imposées par l’évolution de l’ordre social, économique et politique.

Vous êtes un haut dignitaire Baoulé, en même temps qu’un ancien chef Etat et un leader politique incontournable dans une côte d’ivoire en pleine mutation. Comment réconciliez-vous ces fonctions diverses qui nécessitent peut-être des talents et des qualités différentes ?
Effectivement, ce sont deux domaines de réalités de vie distincts. Toutefois, ils sont reliés entre eux par des passerelles au quotidien. En effet, le fonctionnement et la vie de notre nation nécessitent que les acteurs du monde paysan fassent partager leurs préoccupations et attentes aux acteurs politiques; d’où la nécessité pour moi d’une conjugaison de mes charges d’autorité coutumière et celles d’homme d’Etat et politique. J’avoue que la combinaison de ces deux fonctions est exaltante. Elle me permet, ainsi, d’être à l’écoute permanent du peuple dans toute sa dimension et d’être imprégné constamment des réalités socio-économiques et politiques de notre nation.

Comment définiriez-vous votre style managérial ? Etes-vous plutôt un chef autoritaire ou un homme qui recherche constamment le compromis, même si cela implique d’abandonner certaines de ses propres idées ?
Vous savez, participer à la gouvernance de son pays, même en qualité d’opposant politique, requiert constamment la recherche des points d’équilibre nécessaires à la stabilité et à la paix sociale. Vous convenez avec moi que ni l’intransigeance ni l’autoritarisme ne peuvent contribuer durablement à l’atteinte de ces points d’équilibre pour nos pays. Pour nos États, le progrès social passe inévitablement par un développement durable qui repose sur une démocratie participative ; laquelle démocratie participative requiert, sans cesse, un minimum de compromis entre les acteurs de la vie publique garantissant une saine confrontation dans le jeu politique.

Ses rapports avec Félix Houphouët-Boigny, l’héritage Houphouëtistes,

VOUS ÊTES LE CHEF INCONTESTÉ DU PDCI, CECI MALGRÉ LES NOMBREUSES TENTATIVES ENGAGÉES PAR VOS ADVERSAIRES POUR DIVISER LE PARTI ET VOUS MARGINALISER. COMMENT ÊTES-VOUS PARVENU À MAINTENIR L’HÉRITAGE POLITIQUE DU PRÉSIDENT FÉLIX HOUPHOUËT-BOIGNY EN DÉPIT DES TENTATIVES DE DÉSTABILISATION QUASI QUOTIDIENNES DONT VOUS ÊTES L’OBJET?
D’abord en restant fidèle à la pensée du Président Félix Houphouët-Boigny, et aux valeurs qui ont été les siennes, comme la paix, qui était la seconde religion d’Houphouët-Boigny, mais aussi le développement, la tolérance, le pardon, la non-violence et les valeurs universelles. Pour y parvenir, il a fallu tout d’abord rappeler aux militantes et aux militants qu’il nous appartient de pérenniser le PDCI-RDA qui est l’œuvre la plus chère de Félix Houphouët-Boigny,

Ensuite, dès lors qu’ils en ont été convaincus, nous avons organisé les instances du parti à prendre les décisions de notre retrait du groupement politique RHDP et du processus de création du parti unifié RHDP. Ces décisions ont été prises lors de nos réunions du bureau politique du 24 septembre et 8 octobre 2018 et du 6ème congrès extraordinaire du 15 octobre 2018, tenus tous à Daoukro. Ces décisions, bien qu’ayant fait l’objet d’actions judiciaires injustifiées de la part des tenants du parti unifié RHDP, ont permis d’éviter la liquidation judiciaire de notre grand parti. Vous me donnez là l’occasion, à nouveau, de dénoncer l’instrumentalisation de notre justice par le pouvoir exécutif. Cette justice qui continue de démontrer son incapacité à protéger les partis politiques de l’opposition ivoirienne des actions de division de ceux-ci par le pouvoir exécutif ; comme l’atteste l’utilisation frauduleuse du logo de notre parti, le PDCI-RDA, par le parti unifié RHDP, sans que la justice ivoirienne ne prenne des mesures d’interdiction à cet effet, malgré les plaintes adressées aux autorités judiciaires.

QUELS ÉTAIENT VOS RAPPORTS PERSONNELS AVEC FÉLIX HOUPHOUËT-BOIGNY ? VOUS SOUVENEZ-VOUS DE LA PREMIÈRE FOIS OÙ VOUS L’AVEZ RENCONTRÉ?
Ma première rencontre avec Houphouët date de 1949. Elle a eu lieu à Dimbokro, ma région natale. J’étais un simple collégien. Houphouët était alors député du département de la Côte d’Ivoire. Il avait pris le train de Ouagadougou pour Abidjan et il s’était arrêté pour donner une tirade sur la place publique et exhorter les militants à la lutte pour l’émancipation de l’Homme Noir. Ma deuxième rencontre date de 1958, dix ans plus tard ou presque. Je venais de finir mes études de droit et d’économie à l’université de Poitiers. J’étais major de ma promotion à l’ENA (Ecole nationale d’administration), sise à Paris. Il m’a reçu pour m’informer d’aller à ce stage à Paris. C’était à un moment où le Général de Gaulle et les chefs d’Etat africains francophones préparaient l’indépendance de ces colonies et avaient pensé à former des cadres pour animer la vie politique de ces pays.

QUELLES SONT LES CIRCONSTANCES DE VOTRE DERNIÈRE RENCONTRE AVEC LE « VIEUX », COMME ON L’APPELAIT AFFECTUEUSEMENT ?
Je me souviens de cette rencontre. Elle a eu lieu à l’hôtel de Masseran, la résidence d’Houphouët-Boigny à Paris. C’était avant qu’il ne parte à l’hôpital pour l’opération nécessitée par la maladie qui le rongeait. Il m’avait reçu et m’avait donné des conseils sur la conduite à tenir en son absence du pays.

VOUS A-T-IL CONFIÉ UN MESSAGE À L’ÉPOQUE, VOUS A-T-IL LAISSÉ UNE SORTE DE TESTAMENT POLITIQUE, VOUS DÉSIGNANT COMME SON SUCCESSEUR?
Ni lui ni moi ne savions que ce serait la dernière entrevue. Lui s’en doutait peut -être. Mais il ne m’avait jamais parlé directement de sa succession. Il s’en était ouvert à certains de ses conseillers, avec ordre évidemment de ne rien me dire … mais déjà à cette époque, il y avait des fuites et je connaissais ses sentiments à mon égard.

COMMENT AVEZ-VOUS APPRIS LA NOUVELLE DE SON DÉCÈS?
J’étais à Abidjan et j’ai appris la nouvelle par son entourage, et sa famille.

VOUS ÊTES ARRIVÉ AU POUVOIR EN 1993 APRÈS LA MORT DU PRÉSIDENT FÉLIX HOUPHOUËT-BOIGNY, CECI APRÈS UNE TENTATIVE D’ALASSANE OUATTARA, QUI ÉTAIT À L’ÉPOQUE PREMIER MINISTRE, DE S’Y IMPOSER. VOUS N’AVEZ JAMAIS PARLÉ DES CIRCONSTANCES DE CE PREMIER BRAS DE FER AVEC LUI. POURRIEZ-VOUS NOUS EN DIRE UN MOT?
A la mort du président Houphouët-Boigny, j’avais proposé à Alassane Ouattara de continuer comme Premier ministre. En ma qualité de président de l’Assemblée nationale, j’étais le successeur désigné par la Constitution. Mais Ouattara a refusé. Il m’a dit qu’il avait une invitation du Fonds Monétaire International pour travailler auprès de cette institution. Il est donc parti à Washington, immédiatement. D’ailleurs, il y a une chose que beaucoup de gens ne savent pas; il n’a même pas assisté aux funérailles du Président Félix Houphouët-Boigny. Il est donc sur prenant de le voir aujourd’hui se dire « Houphouëtiste » et vouloir fonder un mouvement de rassemblement des Houphouëtistes, alors même qu’il a fondé un parti à lui dénommé RHDP-Parti Unifié.

VOUS AVEZ ÉTÉ RENVERSÉ PAR UN COUP D’ETAT MILITAIRE LE 24 DÉCEMBRE 1999, MENÉ PAR LE GÉNÉRAL ROBERT GUËÏ, QUI VOUS AVAIT SUCCÉDÉ. COMMENT AVIEZ-VOUS VÉCU CE PUTSCH ?
C’était un complot. Le général Robert Guéï certes portait le chapeau, mais en réalité, il s’agissait d’un coup fomenté par des civils, par les chefs de file de partis politiques connus et qui s’étaient tournés vers le général Guéï pour lui demander d’endosser l’opération. Le général a cité les partis politiques pour qui le putsch a été fait. Donc je connais les auteurs véritables de ce coup, mais je ne peux pas dire qui ils sont!

IL S’AGISSAIT CEPENDANT DE SE DÉBARRASSER DE VOUS …
Absolument.

AVIEZ-VOUS TENU RIGUEUR AU GÉNÉRAL GUÉÏ POUR CE PUTSCH ? ETES-VOUS RANCUNIER?
Non, je ne lui en ai pas tenu rigueur. Je lui ai pardonné à mon retour d’exil. En politique, il est nécessaire de pardonner beaucoup.

POURTANT, CE COUP D’ETAT A FAIT UN MAL TERRIBLE À LA CÔTE D’IVOIRE.
Vous avez raison. Aujourd’hui encore, ce coup hante les Ivoiriens. Les conséquences s’en font encore sentir. Vingt ans après, le pays ne s’est toujours pas remis de cet événement.

SON ANALYSE DELA SITUATION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE,

VOUS N’ÊTES PAS OBLIGÉ DE CONTINUER DE VOUS BATTRE POUR LA CÔTE D’IVOIRE. VOUS AVEZ CONSENTI, PENDANT DES DÉCENNIES, D’ÉNORMES SACRIFICES POUR VOTRE PAYS. POURQUOI NE PAS CHOISIR DE VOUS RETIRER, DE VOUS PROMENER À TRAVERS LE MONDE, DE VOUS REPOSER, ET DE JOUIR SIMPLEMENT D’UN REPOS BIEN MÉRITÉ?
Comme vous le savez, il n’y a pas d’âge pour un retrait définitif de la vie politique. Je serai toujours au service de mes concitoyens tant qu’ils me jugeront aptes et que mes forces physiques et intellectuelles me permettront d’agir pour le bien de la nation. Soyez rassuré, le temps du repos mérité viendra un de ces jours.

VOS ADVERSAIRES POLITIQUES AFFIRMENT QUE VOUS ÊTES NOSTALGIQUE DU PASSÉ ET QUE VOUS N’AVEZ JAMAIS ACCEPTÉ L’IDÉE D’AVOIR DÛ QUITTER LE POUVOIR VICTIME D’UN COUP D’ETAT. ETES-VOUS UN REVANCHARD? QU’EST-CE QUI ANIME AUJOURD’HUI, EN SEPTEMBRE 2019, LE PRÉSIDENT HENRI KONAN BÉDIÉ ? QU’EST-CE QUI VOUS MOTIVE ET QU’EST-CE QUI VOUS FAIT COURIR?
De mon humble avis, tout mon parcours politique, après le coup d’Etat de décembre 1999, montre aux yeux de tous que j’ai pardonné à tous ceux qui étaient mêlés de près ou de loin à ce triste et douloureux événement de notre vie politique. Revenu d’exil, j’ai pris part activement au forum de la réconciliation nationale, sans poser de préalable. Ensuite, après le déclenchement de la rébellion armée du 19 septembre 2002, j’ai été de ceux qui ont suggéré une discussion entre le pouvoir exécutif et les responsables politiques de cette insurrection. Dans le cadre du traitement définitif de cette crise, j’ai participé aux négociations de Linas-Marcoussis qui ont abouti à un accord de paix entre tous les acteurs politiques ivoiriens assorti de la formation d’un gouvernement d’union nationale. Cet accord de paix, mis en œuvre avec le soutien de la communauté internationale et de l’Union africaine, a facilité la tenue, en octobre 2010, d’une élection présidentielle. Au regard de ce bref rappel des événements, vous conviendrez avec moi que je ne suis pas un nostalgique du passé, encore moins un revanchard. Je pense plutôt que mon parti politique, le PDCI-RDA et moi-même, avions fait les sacrifices nécessaires pour le retour à un ordre constitutionnel normal en Côte d’Ivoire. En conclusion, rien ne me fait courir ; si ce n’est le fait d’agir pour la réconciliation nationale entre les filles et fils de notre pays, en vue d’un retour à une paix définitive durable en Côte d’Ivoire.

COMMENT VOYEZ-VOUS LA SITUATION DE LA CÔTE D’IVOIRE APRÈS NEUF ANNÉES DE PRÉSIDENCE D’ALASSANE OUATTARA?
La Côte d’Ivoire va mal en ce moment. Sur tous les plans. Sur le plan politique, il y a une grande division. Il existe des problèmes non résolus, comme la réforme de la Commission électorale indépendante pour l’organisation des élections de 2020. C’est une discussion inachevée. On espère que les négociations reprendront, conformément à l’arrêt rendu le 18 novembre 2016 par la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. D’autres problèmes demeurent sur le plan de la sécurité et de l’économie. La croissance économique qui était forte au début du mandat de M. Ouattara, lorsque nous étions alliés, a commencé à décliner. Nous sommes à un rythme de croissance annuelle de 7% environ, ce qui n’est pas suffisant compte tenu de la croissance démographique du pays. Par ailleurs, le prix des matières premières s’est à nouveau effondré, ce qui fait que la pauvreté est extrême aujourd’hui dans le monde rural. Il y a des inquiétudes, des incertitudes, des nuages… On espère qu’avec les élections et avec une conjoncture plus souriante sur les marchés des matières premières, l’embellie reviendra.

Les militants du RDR (parti du président Alassane Ouattara) et du RHDP (sa nouvelle coalition) affirment que la côte d’ivoire ne s’est jamais aussi bien portée, puisqu’elle enregistre des taux de croissance économique de 8 à 10% par an depuis son arrivée au pouvoir. Et qu’il n’y a donc pas de raison de procéder à une alternance politique. Qu’en pensez-vous ?
L’alternance politique relève de la volonté du peuple qui s’exprime à travers un scrutin dit présidentiel, seul instrument démocratique de la dévolution du pouvoir d’Etat. La référence à l’évolution d’un indicateur macroéconomique, tel que le taux de croissance du PIB de 8 à 9% en moyenne sur une période de huit années, ne saurait justifier la non tenue de l’élection présidentielle d’octobre 2020. Cette échéance est non négociable. Au regard de la réalité économique, l’on note que cette croissance du PIB n’a pas engendré une réduction significative du niveau de la pauvreté en Côte d’Ivoire qui est de l’ordre de 46,7%, soit environ un Ivoirien sur deux vivant sous le seuil de la pauvreté, avec moins de 1,1 euro. Ce niveau de pauvreté est, également, confirmé par le mauvais classement de la Côte d’Ivoire à la 170ème place sur 180 pays au titre du développement humain. De même, l’on peut également rappeler que le monde paysan connaît un niveau de pauvreté élevé. Au vu de ces statistiques économiques, sans rappeler les indicateurs des secteurs sociaux de base, tels que l’accès aux soins de santé, l’accès à un premier emploi pour les nombreux diplômés au chômage de l’ordre de 70 à 90% et l’éducation, l’alternance politique, par la voie des urnes, est non négociable.

Vous êtes un des premiers citoyens ivoiriens à avoir obtenu un doctorat en sciences économiques et à avoir eu une carrière nationale et internationale au plus haut niveau. Quelle est votre propre évaluation de la situation économique et sociale de votre pays ?
Mon opinion sur la situation économique et sociale de la Côte d’Ivoire transparaît dans ce que je viens de dire plus haut. Ce niveau de pauvreté est, également, confirmé par le mauvais classement de la Côte d’Ivoire à la 170ème place sur 180 pays au titre du développement humain. De même, l’on peut également rappeler que le monde paysan connaît un niveau de pauvreté élevé. Au vu de ces statistiques économiques, sans rappeler les indicateurs des secteurs sociaux de base, tels que l’accès aux soins de santé, l’accès à un premier emploi pour les nombreux diplômés au chômage de l’ordre de 70 à 90% et l’éducation, l’alternance politique, par la voie des urnes, est non négociable.

Vous êtes un des premiers citoyens ivoiriens à avoir obtenu un doctorat en sciences économiques et à avoir eu une carrière nationale et internationale au plus haut niveau. Quelle est votre propre évaluation de la situation économique et sociale de votre pays ?
Mon opinion sur la situation économique et sociale de la Côte d’Ivoire transparaît dans ce que je viens de dire plus haut. Cette croissance s’est estompée dès 2016 en raison de la faiblesse structurelle de notre économie caractérisée par:

1- une forte concentration à Abidjan de 80% des activités des entreprises des secteurs industriel et tertiaire,

2- une économie largement informelle, avec une part estimée de 30 à 40% du PIB, qui emploie 90% de la population active,

3- une baisse du cours du cacao de près de 50%,

4- une sous-fiscalisation de l’économie entraînant un déficit des comptes publics d’environ 4% du PIB à fin 2017,

5- une pression sur les terres cultivables, car de 12 millions d’hectares en 1960, la superficie de celles-ci est de 3 millions d’hectares de nos jours.

Il en découle que chacune de ces faiblesses a réduit le potentiel de création des richesses nationales.

Ainsi, de 2016 à 2018, le taux de croissance du PIB a connu une tendance baissière, en passant de 8,2% en 2016, 7,8% en 2017 à 7,4% en 2018.

Les statistiques officielles indiquent que le taux de chômage en Côte d’Ivoire en 2018 était de 2,5% seulement. Croyez-vous en la véracité de ce chiffre ?

Non! Je conteste cette affirmation. Ce chiffre communiqué par le gouvernement a suscité beaucoup de polémiques dans l’opinion nationale.

A cet égard, le gouvernement a dû, à son corps défendant, expliquer que ce chiffre, obtenu sur la base des critères du BIT, ne reflétait pas la réalité du chômage en Côte d’Ivoire.

Le gouvernement a, ainsi, indiqué que ce taux de 2,8% ne prenait en compte que les sans-emploi qui avaient exprimé formellement le désir d’avoir un emploi public ou privé, conformément aux critères restrictifs de l’enquête.

Tel que justifié le 15 janvier 2018 par le gouvernement, ce taux de chômage de 2,8% a été obtenu sur la base de l’enquête emploi de l’année 2016, en référence aux trois critères définissant le chômage selon le Bureau International du Travail; à savoir:

– être sans emploi,

– être disponible pour travailler,

– être activement à la recherche d’un emploi.

Si un seul de ces trois critères n’est pas rempli au moment de l’enquête, tous ceux qui sont sans emploi ne sont pas comptabilisés au nombre des chômeurs.

Au regard de la réalité économique dans notre pays, les populations, pour leur survie, sont contraintes d’exercer tout emploi même indécent. D’où le faible niveau du chômage.

En effet, les emplois indécents exercés par cette catégorie de travailleurs concernent à 90% le secteur informel. C’est fort de cela que le rapport 2018 de la Banque Africaine de Développement situe le taux de chômage en Côte d’Ivoire entre 70 et 90% de la population active. Ici, réside la vérité!

Les jeunes Ivoiriens, y compris ceux qui sont bardés de diplômes, ne trouvent pas d’emploi et la plupart d’entre eux sont réduits à des activités du secteur informel ou à l’exil. Quelles sont vos idées pour résoudre la question de l’emploi?

Il n’y a pas de recettes particulières pour la résorption du chômage.

L’élément clé à percevoir, sur le moyen et long termes, c’est de mener une étude prospective en termes d’adéquation éducation-formation-emploi.

En un mot, il faut cibler les secteurs porteurs de croissance dans notre économie et promouvoir conséquemment une formation adaptée aux besoins des entreprises privées de ces secteurs.

Il s’agit de donner un contenu pratique, en termes de débouchés, aux enseignements et formations dispensés dans nos universités et grandes écoles.

Pour ce qui est de l’emploi public, la gestion des effectifs doit reposer sur une projection à moyen et long termes des besoins des services publics, tenant compte des nouveaux outils de gestion. C’est à ce prix que les nombreux diplômés dans le domaine des nouvelles technologies de l’information, à ce jour au chômage, peuvent être intégrés dans les secteurs publics et para publics.

La presse ivoirienne révèle régulièrement des problèmes de qu’il s’agit de problèmes anciens qui sont en train de trouver une solution. Qu’en pensez-vous ?
Il ne s’agit pas de faire l’historique de la mauvaise gouvernance. Cela ne saurait justifier les abus constatés dans les passations de marchés ou l’utilisation des deniers publics à des fins personnelles ou partisanes comme l’ont maintes fois révélé les services de l’Agence de Régulation des Marchés Publics, placée sous l’autorité de la présidence de la République de Côte d’Ivoire. Le dernier rapport de Transparency est assez révélateur de la persistance du fléau de la corruption en Côte d’Ivoire.

Pensez-vous que la justice ivoirienne soit actuellement indépendante ?
Elle a les moyens de son indépendance de par la Constitution. Il lui suffit tout simplement de dire le droit en toutes circonstances sans céder à tout type d’injonction venant du pouvoir exécutif, comme cela a été maintes fois le cas lors des tentatives avortées de liquidation judiciaire du PD CI-RDA entre le 17 juin 2018 et le 15 octobre 2018. Suite à des décisions de justice portant annulation des décisions de notre bureau politique du 17 juin 2018 et du 24 septembre 2018, nous avons eu recours à la tenue d’un congrès extraordinaire le 15 octobre 2018 pour protéger les instances et organes statutaires de notre parti.

Comment peut-on résoudre la corruption en côte d’ivoire?
La corruption naît de l’absence de contrôle et de sanctions exemplaires de la part des gouvernants et des autorités en charge de la protection des biens publics. C’est dire que la combinaison de ces deux actions pourrait faire reculer substantiellement ce fléau et faire naître un esprit citoyen dans la gestion des biens publics.

L’économie ivoirienne ne s’est pas suffisamment diversifiée, puisqu’elle continue à exporter les principales matières premières non transformées exploitées de son sol et de son sous-sol. Comment expliquez-vous un tel paradoxe près de 60 ans après l’indépendance ?
Ce paradoxe découle d’un manque de volonté politique car nous disposons de tout le potentiel nécessaire à l’amélioration de la chaîne des valeurs des principaux produits de rente que sont le cacao, le café, l’anacarde, l’ananas et l’hévéa. A ce jour, l’on note que le niveau de la transformation de ces produits est relativement faible, soit environ de 33% pour le cacao et d’un niveau plus faible pour les autres produits cités plus haut. Par ailleurs, nous disposons, également, des instituts de recherche pour promouvoir l’amélioration de la qualité et de la variété de ces produits.

Ayant été vous-même aux affaires et ayant occupé la magistrature suprême pendant six ans, est-ce que vous croyez porter, vous aussi, une certaine responsabilité dans l’état actuel de l’économie ivoirienne ?
Je ne crois pas. Cela fait vingt ans que je ne préside plus aux destinées de la Côte d’Ivoire. Il est vrai que nous avons participé, jusqu’à une date récente, à plusieurs gouvernements de large ouverture. Cependant, l’action gouvernementale relève des orientations données par le président de la République qui porte seul la responsabilité des résultats économiques enregistrés.

Contrairement à d’autres grands pays Afrique francophone ou du Sahara comme le Sénégal, le Cameroun, le monde des affaires en Côte d’Ivoire est très largement dominé par des hommes d’affaires étrangers. Les industriels ivoiriens qui comptent sont peu nombreux. Pensez-vous qui ce soit un problème? Ou croyez-vous que l’essentiel est que l’investissement privé existe, ceci quelle que soit son origine?
La présence d’investisseurs ou d’opérateurs économiques étrangers en Côte d’Ivoire n’est pas en soi un problème. Ce qui doit prévaloir, c’est le respect de la réciprocité de l’installation des investisseurs ivoiriens dans les autres pays de la sous-région. L’investissement des capitaux étrangers dans notre économie est la preuve de la capacité de notre économie à créer des richesses supplémentaires qui rémunèrent, à juste titre, ces capitaux étrangers. Il appartient au gouvernement ivoirien de favoriser l’émergence de petites et moyennes entreprises, à travers des financements adaptés, car le coût du crédit, très élevé, ne facilite pas l’accès aux ressources bancaires.

Son évaluation du marché politique ivoirien,

La grande nouvelle de ces dernières semaines est la rencontre très médiatisée entre vous-même et votre jeune frère, l’ancien président Laurent Gbagbo ; rencontre qui a eu lieu à Bruxelles. Comment s’est organisée cette rencontre ? Qui en a pris l’initiative ?
La rencontre a été voulue des deux côtés. De mon côté, je souhaitais rencontrer l’ancien président Gbagbo parce que je ne l’avais pas vu depuis son départ en exil, soit près de dix ans. De son côté, il avait besoin de réconfort, de la part d’un acteur important de la politique ivoirienne. Pour la tradition africaine, étant donné qu’il était astreint à un certain périmètre dans ses mouvements à Bruxelles, il m’incombait à moi, l’aîné, d’aller vers lui pour le conforter. Cette rencontre s’est très bien passée.

Quels étaient vos rapports avec lui lorsqu’il était chef de Etat ? Aviez-vous approuvé la décision de le transférer à la cour pénale internationale en 2011 ?
Cette décision ne dépendait pas de moi, mais du gouvernement de l’époque. Quant aux rapports que j’entretenais avec Laurent Gbagbo, ils étaient suivis et corrects. Nous nous rencontrions régulièrement pour discuter des questions importantes liées au destin de la nation. Soit il venait chez moi pour prendre conseil. Soit il m’invitait au palais du temps où il était président de la République.

Comment avez-vous trouvé Laurent Gbagbo, sur le plan physique et sur le plan de son état d’esprit ?
Je l’ai trouvé en bonne forme. Je m’attendais à le trouver amaigri, mais il est resté tel qu’il était. Il avait bon moral. J’ai retrouvé là le combattant politique de toujours

Vous a-t-il paru amer, aigri, rancunier ou optimiste ?
Il m’a paru comme quelqu’un qui est prêt et impatient de rentrer au pays et de réintégrer le jeu politique.

Vous avez convenu avec lui de former une grande plateforme d’opposition pour empêcher le parti du président Alassane Ouattara de s’incruster au pouvoir en Côte D’ivoire. Cette nouvelle alliance avec Laurent Gbagbo est-elle simplement de circonstance ?
Je parlerai plutôt de rapprochement entre les plateformes conduites respectivement par nos deux formations politiques; à savoir que nous menons déjà, conjointement, des actions et des activités politiques sur le terrain. Ce rapprochement, que nous avons demandé à nos partisans, n’est pas d’ordre idéologique. Dans ce sens, il s’agit de regrouper les partis politiques et les forces vives de la nation pour restaurer l’Etat de droit et préserver les acquis démocratiques, actuellement menacés en Côte d’Ivoire. L’ensemble de nos activités et actions politiques doivent concourir à la réconciliation nationale, seul gage du retour d’une paix définitive et durable en Côte d’Ivoire. Mais c’est aussi un rapprochement qui se veut permanent pour discuter, au-delà de cette échéance de 2020, des questions touchant la nation ivoirienne.

Ce rapprochement qui s’apparente à une alliance est-il concret ou toujours à l’état de projet ? Et peut-il tenir lorsque l’on observe les nombreuses défections et les divisions aussi bien au sein de vos deux partis respectifs que sur l’ensemble de la scène politique ivoirienne ?
Ce rapprochement que vous qualifiez « d’alliance» est bien réel. II existe. II s’exécute de fort belle manière comme en témoigne le meeting conjoint que nous organisons le 14 septembre prochain à Abidjan avec tous les partis politiques de l’opposition, significative regroupés dans les deux plateformes auxquelles nous appartenons respectivement.

Quel est le sens de ce rapprochement ? Que répondez-vous à ceux qui le jugent contre-nature?
II n’y a pas de rapprochement politique contre-nature. Ce rapprochement est fait pour réaliser des objectifs ensemble. Ce rapprochement que nous avons rendu concret n’est dirigé contre personne. C’est un rapprochement pour asseoir les bases saines de l’alternance démocratique pour une reconquête du pouvoir d’Etat en notre faveur.

Jusqu’où pourriez-vous aller avec un tel rapprochement?
Nous irons jusqu’à la conquête du pouvoir et au-delà. Ce rapprochement est un instrument pour servir le peuple ivoirien.

Il y a quinze ans, en 2015, vous avez participé à une autre alliance et vous avez soutenu le candidat d’un groupement politique, dénommé : « rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix ». D’aucuns pensent que cette alliance n’était ni sincère ni réaliste. Etes-vous d’accord?
Le RHDP était nécessaire en 2005. II nous fallait cela pour conquérir le pouvoir et développer le pays. Mais cette alliance a été dévoyée. Elle est devenue un outil de pouvoir au profit d’un seul homme.

Votre plateforme d’opposition inclut-elle l’ancien premier ministre et ancien président de l’assemblée nationale guillaume Soro ? Quels seront les rôles respectifs des uns et des autres?
Absolument. Guillaume Soro, l’ex-Président de l’Assemblée nationale, et les formations politiques qui le soutiennent, ont rejoint cette alliance.

Que pensez-vous personnellement de guillaume Soro, qui n’a pas toujours été du même bord politique que vous ?
Nos rapports sont excellents depuis qu’il a pris la défense d’Alassane Ouattara. Lorsque l’élection du Président Alassane Ouattara a été contestée et qu’il y a eu la crise post-électorale, il a pris la tête des combattants pour Ouattara. II a offert sa poitrine pour sauver le pouvoir de Ouattara. Depuis lors, il est resté avec moi car moi aussi, à l’époque, je soutenais Ouattara. Nous avions fait en quelque sorte de la prison ensemble à l’hôtel du Golf à Abidjan.

Quelle évaluation générale faites-vous de la situation politique et sociale actuelle de la côte d’ivoire?
Je note comme beaucoup d’acteurs politiques ivoiriens et d’autres observateurs étrangers de la vie de notre nation que le tissu social politique se désagrège. Comme je l’indiquais récemment à Daoukro, mon village natal, certains faits sociaux méritent d’être traités urgemment par le gouvernement.

II s’agit, au plan social:

– du phénomène de l’orpaillage clandestin organisé par des bandes armées, dont l’activité constitue une menace pour l’équilibre écologique et la paix sociale,

– de la fraude sur la nationalité ivoirienne, à même de compromettre la sincérité du scrutin présidentiel d’octobre 2020,

– des activités illicites des milices armées, appelées dozo, qui opèrent comme des forces de contrôle du mouvement des personnes et biens, sans qu’elles ne soient interpellées et arrêtées par les forces régulières de la République que sont la police et la gendarmerie,

– de l’occupation anarchique des terres cultivables par des bandes armées, au mépris de la loi de 1998 relative au foncier rural,

– de l’envahissement des forêts classées par des bandes également armées.

Au plan politique, nous notons plusieurs dérives, dont l’une des plus graves est l’instrumentalisation de la justice à des fins d’affaiblissement et de division des partis politiques de l’opposition ivoirienne. Enfin, à l’attention de l’opinion internationale, il faut indiquer que le gouvernement de la République de Côte d’Ivoire ne s’est pas donné les moyens de discuter avec l’opposition ivoirienne significative de la réforme profonde de la Commission électorale indépendante, telle qu’ordonnée par la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, à travers l’arrêt rendu le 18 novembre 2016. Le gouvernement s’est contenté d’élaborer avec une opposition, choisie par lui-même sur mesure, un projet de loi non consensuel. Nous notons, à ce jour, un blocage, après la promulgation de ladite loi, car l’opposition ivoirienne significative refuse de siéger dans cette Commission électorale qui ne lui paraît pas indépendante, neutre et impartiale. Au regard de ces faits majeurs, l’état actuel de la nation requiert, de mon point de vue, un processus de dialogue politique soutenu entre les acteurs politiques significatifs pour parvenir à une réconciliation nationale. Cette réconciliation me paraît essentielle et urgente pour l’adhésion de tous à un nouveau pacte social, seul susceptible de garantir la cohésion sociale à travers une paix définitive et durable en Côte d’Ivoire.

Quelle est la dernière fois que vous avez parlé directement avec le président Alassane Ouattara ? Et quelles sont vos relations personnelles avec le président Alassane Ouattara?
Je ne le vois plus depuis un an. Et je ne lui ai pas parlé depuis plus d’un an. Notre dernière rencontre remonte au 8 août 2018. En 2015, conformément à notre accord (appel de Daoukro du 17 septembre 2014), je me suis retiré de la course présidentielle et j’ai convaincu les dirigeants et les militants du PDCI-RDA de ne pas présenter de candidat pour faciliter la réélection d’Alassane Ouattara. C’était ce à quoi je m’étais engagé. J’ai tenu ma parole. On ne peut pas en dire la même chose de lui …

Ses proches affirment que le fameux accord secret qui vous aurait lié au Président Ouattara en 2010-2011 n’a en réalité jamais existé. Quels étaient les termes de cet accord?

La vérité est que nous avions effectivement conclu un accord verbal. Les termes en étaient qu’Alassane Ouattara pourrait faire deux mandats consécutifs en profitant du oui du PDCI-RDA qui s’abstiendrait de présenter un candidat à ces deux scrutins. A l’issue du second mandat, les termes de l’accord étaient que le PDCI-RDA présenterait un candidat et que celui-ci bénéficierait du soutien du parti du Président Alassane Ouattara, en l’occurrence le RDR. C’est cette contrepartie qui n’a pas fonctionné.

Pourquoi avoir concédé deux mandats, plutôt qu’un seul ?

Deux mandats, c’est la norme. Cinq ans ne sont pas suffisants pour permettre à un élu de mettre en place un programme et d’en voir les effets. Il faut d’abord traverser les élections, ensuite constituer une équipe unie pour gouverner et enfin mettre en place sa politique. Il faut deux mandats. Mais pas trois. Cette norme est conforme à l’esprit et à la lettre des dispositions combinées de la Constitution de novembre 2016 et de celle du 23 juillet 2000 qui disqualifient le Président Ouattara pour briguer un troisième mandat. En effet, les dispositions de la Constitution de novembre 2016 dont il s’agit sont inscrites à l’art 55 du chapitre 2 qui stipulent que :

– Le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct.

-Il n’est rééligible qu’une fois.

Ces dispositions sont identiques, mot à mot, à celles contenues dans l’article 35 de la Constitution du 23 juillet 2000 qui stipulent que:

-Le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct.

-Il n’est rééligible qu’une fois.

L’identité parfaite de ces deux dispositions contenues dans chacune des deux lois fondamentales successives (2000 et 2016) exclut l’exercice de trois mandats au titre de la fonction de président de la République. Cette exclusion à un troisième mandat et stipulée à travers l’article 183 de la Constitution de novembre 2016 qui précise, dans le cadre de la continuité législative, que « la législation actuellement en vigueur en Côte d’Ivoire reste applicable, sauf l’intervention de textes nouveaux, en ce qu’elle n’a rien de contraire à la présente Constitution ». Il ressort de ce qui précède que l’une des dispositions législatives en vigueur, au moment de la promulgation de la Constitution de novembre 2016, est l’article 35 de la Constitution du 23 juillet 2000 qui reste applicable, car identique à l’article 55 de la Constitution de novembre 2016. Ce qui signifie que l’article 35 de la Constitution du 23 juillet 2000 continue de produire ses effets après promulgation de la Constitution de novembre 2016. En conclusion, le nombre de mandats de l’exercice de la fonction présidentielle en Côte d’Ivoire est limité à deux. En conséquence, le Président Alassane Ouattara, Président sortant, ayant exercé deux mandats (2010- 2015 et 2015-2020) n’est plus rééligible à la fonction de président de la République en Côte d’Ivoire lors de l’élection présidentielle d’octobre 2020.

Avez-vous des preuves de la conclusion de cet accord ? Y avait-il des témoins ?
Il n’y a pas de document signé, mais cet accord verbal a été conclu devant témoin, en la personne de Guillaume Soro, qui était présent avec nous à ce moment. Il n’y avait personne d’autre. Nous étions trois. Aucun assistant ou autre. Mais ça n’a pas d’importance car Guillaume Soro a déjà confirmé la véracité de ces faits. Il a reconnu qu’il y avait bien eu accord. Et de toute façon, quand un parti politique vous soutient à deux reprises, lors de deux élections consécutives, il est naturel de lui « renvoyer l’ascenseur » comme on dit… Enfin, l’alternance, est comme vous le savez, l’essence de la démocratie. Il n’y a pas de démocratie sans alternance.

Il semblerait que les autorités françaises aient essayé de vous réconcilier avec Alassane Ouattara. Avez-vous refusé de suivre les recommandations d’Emmanuel macron dans cette affaire ? La France ne se mêle pas de cette affaire ivoirienne. Vous êtes l’héritier politique naturel du président Félix Houphouët-Boigny. Il existe aujourdhui en côte d’ivoire une grande formation politique qui porte son nom et ambitionne de pérenniser ses idées. Pensez-vous pouvoir rejoindre un jour le RHDP parti unifié ?
Non ! Catégoriquement non. C’est un non définitif. Celui qui utilise aujourd’hui le nom de l’ancien Président de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, et qui prétend aujourd’hui représenter les

« Houphouëtistes », n’a avec lui que des traîtres de l’Houphouëtisme. Ils ont créé un parti qui se veut houphouëtiste, en dehors du PDCI-RDA, pour tromper le peuple ivoirien. Le gouvernement ivoirien vous a violemment critiqué récemment en vous accusant d’avoir fait ressurgir la notion controversée d’« ivoirité »,

jugée sectaire et dangereuse pour l’unité nationale. Le communiqué du gouvernement à ce sujet contient même des menaces à peine voilées à votre égard. Les propos que vous évoquez ne sont pas les miens. Ce sont mes adversaires qui ont utilisé ce mot « d’ivoirité » en commentant la déclaration que j’ai faite le 6 juin 2019 à Daoukro. Personnellement, je n’ai pas employé ce mot une seule fois dans cette déclaration, j’ai parlé d’immigration massive concernant la présence importante de non-Ivoiriens en Côte d’Ivoire, sous prétexte de venir y chercher de l’or. Or il s’agit véritablement de hordes qui entrent sur le territoire ivoirien pour chercher de l’or et qui sont souvent armées. Cette immigration est, bien entendu, contraire à toutes les règles établies par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. LA CEDEAO garantit la libre circulation des biens et des personnes, à condition que ces personnes ne soient pas armées. Lorsque j’ai tenu ces propos, certains commentateurs en ont profité pour faire des déclarations ineptes, affirmant que j’étais contre les étrangers et que je réveillais l’ivoirité. Mais l’ivoirité, c’est le caractère de ce qui est ivoirien, selon la définition du dictionnaire. C’est un terme que j’avais utilisé autrefois pour dépeindre l’identité et la culture du peuple ivoirien. C’est l’ivoirité qui fait qu’il y a en Côte d’Ivoire 30% d’étrangers qui sont installés, qui travaillent et qui vivent en paix. Aucun autre pays au monde n’accueille autant d’étrangers que la Côte d’Ivoire.Regardez ce qui se passe avec le phénomène des migrants d’Afrique et du Moyen-Orient qui viennent en Europe. Combien de pays européens acceptent d’avoir jusqu’à 30% de leur population composée de non-nationaux. Je n’en connais pas!

Avez-vous peur pour l’avenir de la côte d’ivoire ?
Si ces tendances ne sont pas corrigées, j’ai en effet peur que le trop-plein ne conduise à des débordements. Quand le vase est trop plein et que le contenu bout, il déborde obligatoirement!

L’élection présidentielle de 2020 et l’avenir

On a longtemps pensé que vous étiez en retrait de la vie politique. Voilà qu’à présent, vous semblez, plus que jamais, revenu dans l’arène. D’aucuns vous prêtent même l’intention de vous jeter dans la bataille dans la perspective de l’élection présidentielle de 2020. Que s’est-il passé pour que vous éprouviez la nécessité d’une telle implication ?
Je n’ai jamais vraiment quitté la scène politique. Même lorsque j’étais en exil ici à Paris, je suis resté en contact avec les Ivoiriens et avec les militants du PDCI-RDA. La grande question que vos amis et vos adversaires se posent est de savoir si vous serez candidat à l’élection présidentielle de 2020.

Vous avez toujours dit que le choix du candidat du PDCI sera une décision du parti. Mais au fond de vous-même, vous avez bien un sentiment, une petite musique intérieure qui vous parle ? Que vous dit cette musique?
C’est la Convention du PDCI-RDA qui désigne le candidat à la présidence. J’ai déjà dit que je m’en remettrai à la décision de la Convention du Parti, qui sera organisée selon les dispositions de nos textes. C’est une décision qui sera prise de façon démocratique. Cependant les militants m’ont demandé à travers des motions, lors des dernières réunions des responsables politiques du Parti animées par le Secrétaire exécutif du Parti dans nos six zones politiques, de conduire le Parti à la victoire en 2020. Si le peuple fait appel à moi, je ferai mon devoir.

Le président Alassane Ouattara a récemment fait modifier les textes organisant la commission électorale indépendante (CEI). Vous vous êtes insurgé contre ces changements. Que reprochez-vous exactement au chef de l’état dans cette affaire?
Le texte de loi dont vous parlez ne traite que de la recomposition de la CEI, contrairement à la décision de la Cour Africaine des Droits de l’homme et des Peuples qui a ordonné à l’Etat de Côte d’Ivoire de modifier la loi relative à la CEI pour rendre cet organe conforme aux standards internationaux. Outre la recomposition, d’ailleurs déséquilibrée, l’organisation, les attributions et le fonctionnement de cet organe n’ont pas été abordés. Le découpage électoral actuel doit être corrigé.

Avez-vous confiance en la CEI telle que réorganisée?
Aucune confiance. En effet, la nouvelle loi n’est pas consensuelle, donc, elle n’inspire aucune confiance.

Pensez-vous que les conditions seront réunies pour une élection présidentielle apaisée en Côte d’Ivoire en octobre 2020 ? Sinon, quels changements souhaiteriez-vous voir apporter à la loi électorale ?
Les conditions sont loin d’être réunies pour des élections transparentes, équitables et apaisées car l’organe électoral mis en place n’est ni neutre ni indépendant ni impartial. Il n’a aucun pouvoir de décision et ne jouit d’aucune autonomie financière.

Etes-vous obsédé par le pouvoir comme le disent certains dirigeants du parti unifié RHDP ? Seriez-vous prêt à renoncer à vous présenter à l’élection de 2020 si vous pensez qu’un autre candidat du PDCI a plus de chances de l’emporter ?
Je suis en réflexion pour proposer aux militants le meilleur schéma qui puisse nous apporter la victoire. Loin de toute obsession du pouvoir.

Certains en Côte d’Ivoire ne voient pas d’un très bon œil l’hypothèse que pour l’élection de 2020, l’on pourrait retrouver sur la ligne de départ Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et vous-même, c’est-à-dire les trois hommes qui dominent la vie politique nationale depuis une génération. N’est-il pas temps que la Côte d’Ivoire voie un renouvellement de ses dirigeants, pas une simple alternance, mais un vrai renouvellement ?
C’est le peuple souverain qui décide, ce n’est pas moi.

Donc si le peuple vous appelle, vous répondrez ?
Je suis un homme de devoir. Et de mission. Si le peuple m’appelle, je ferai mon devoir et s’il me confie une mission, je l’accomplirai.

Si par contre, il y avait un candidat de substitution, un candidat qui soit en mesure de garantir la cohésion nationale et la paix, accepteriez-vous un pacte, un gentlemans agrément avec les deux autres pour vous retirer, tous ensemble, de la course pour le scrutin présidentiel de l’année prochaine?
Oui, bien sûr si ces conditions sont remplies. Et si ce candidat peut vraiment garantir la paix et continuer à développer le pays, il n’y a pas de raison pour que je m’y oppose.

Vous avez apporté beaucoup à votre pays et vous apparaissez comme un exemple de modération et de sagesse bien au-delà de la côte d’ivoire. Quel premier bilan feriez-vous de votre contribution à la Côte d’Ivoire? De quoi êtes-vous le plus fier ? Que souhaiteriez-vous que l’histoire retienne de vous?
Dans ma tâche sur terre, ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir servi trente-trois ans mon pays, dont douze ans comme ministre de l’Economie et des Finances, et d’avoir eu la chance historique de mettre en place toutes les structures économiques, sociales et culturelles de la Côte d’Ivoire. Ce fut si bien fait, sous l’égide du président Houphouët qu’à l’époque on a parlé de miracle économique de la Côte d’Ivoire. Mais ce miracle était le fruit de la pensée, du travail et de l’action d’hommes comme Houphouët, Bédié et d’autres. L’autre chose dont je suis fier est qu’une fois devenu président de la République, j’ai gouverné sans jamais verser le sang. A part le Président Félix Houphouët-Boigny et moi-même, je crois qu’on ne trouve pas d’autres leaders ivoiriens qui puissent en dire autant.

Permettez-moi d’insister sur une chose très importante. A l’heure actuelle, les ivoiriens, les africains et les amis du continent noir se plaignent parce que vous avez accepté de laisser le pouvoir au président Ouattara. Ils se disent très déçus de la suite des événements. Ils insistent pour que vous acceptiez de vous porter candidat à la présidence de la Côte d’ivoire en 2020. Que dites-vous ?
Encore une fois, il y a une instance en Côte d’Ivoire qui est habilitée pour traduire cette volonté, il s’agit de la Convention du PDCI-RDA. Donc je suivrai la décision de cette Convention, qui se réunira au deuxième semestre de 2020.

Donc pas avant le mois de juillet 2020 ? C’est très tard !
En effet. Mais ce n’est pas trop tard. Car la campagne a déjà commencé de toute façon. Ce qu’on appelait avant la pré-campagne est devenue la campagne … Campagne incertaine toutefois puisqu’on ne sait pas qui seront les candidats … Les partis font campagne pour leur candidat, quel qu’il soit.

Quel sera votre message aux ivoiriens pendant la campagne à venir ? Qu’allez-vous leur proposer ?
Nous allons leur proposer un programme de société, un programme de gouvernement; nous allons actualiser le plan de développement économique et social du PDCI-RDA qui repose sur le principe du progrès pour tous et du bonheur pour chacun.

S’agit-il d’un programme commun avec les autres partis politiques signataires de votre alliance…?
Non ; il s’agit des propositions propres au PDCI-RDA. Au sein de l’alliance, chaque parti est autonome. Chaque parti dispose et présente son projet de société et son programme de gouvernement. Une fois que l’élection est faite, pour des partis alliés qui se mettent ensemble pour gouverner, il s’agira d’un gouvernement d’union nationale chargé de réaliser la réconciliation nationale qui n’a jamais été faite.

 Etes-vous certain que le candidat du PDCI-RdA sera au second tour ?
Je l’espère vivement et je le pense aussi.

Si vous deviez désigner un successeur, qui serait-il ? Avez-vous un nom à l’esprit ?
J’ai plusieurs noms en tête, mais ce n’est pas à moi de le dire. Il faut laisser la convention faire son travail le moment venu !

Et au jour de votre retraite, désignerez-vous alors ce successeur ?
Non. En démocratie, il faut laisser les militants désigner leurs leaders. Même si on peut contribuer à cette désignation.

Si l’on regarde en arrière, ne pensez-vous pas que vous auriez gagné en légitimité en 1993 si le président Houphouët-Boigny vous avait désigné comme son successeur de son vivant ? C’est entendu, mais encore une fois, qui sera l’homme qui incarnera cette alliance?
Nous verrons cela à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle. Au premier tour, tous les partis peuvent présenter leur candidat et il est convenu que celui arrivé en tête recevra le soutien des autres partis lors du deuxième tour.

Non, je ne le crois pas. Ce n’est pas ainsi que les choses se passent. Il ne s’agit pas d’une dynastie. Le peuple veut et doit être associé au choix de ses chefs et représentants.

Qui sont aujourd’hui les héritiers authentiques de la mémoire politique de Félix Houphouët-Boigny ?
Les vrais héritiers de la mémoire du Président Félix Houphouët-Boigny sont les militantes et militants PDCI-RDA.

Depuis le décès de Félix Houphouët-Boigny, la Côte d’ivoire a connu la guerre. A qui en incombe la responsabilité et que dites-vous à ceux qui craignent que le pays ne bascule à nouveau dans un conflit sanglant?
J’espère que les responsables politiques ivoiriens feront tout pour éviter que la guerre civile soit de retour. Il appartient à tous les responsables politiques ivoiriens de renforcer la paix et la sécurité du pays.

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