01232022Headline:

Côte-d’Ivoire –Crise post-électorale: De graves révélations sur les tueries des 7 femmes d’Abobo

tuerie femme abobo

Le procès des militaires poursuivis pour «meurtre des femmes d’Abobo en mars 2011, obus sur le marché d’Abobo, violation de consignes», s’est ouvert le lundi 16 mars 2015, au Tribunal militaire d’Abidjan sis au 17ème étage de la Tour A d’Abidjan Plateau.

Ces meurtres, qui font partie des événements dont Laurent Gbagbo va devoir répondre devant la Cour pénale internationale (Cpi), sont déjà au cœur d’une procédure ouverte en Côte d’Ivoire.

Ce procès est marqué par la comparution de deux soldats sous l’ancien régime de Laurent Gbagbo. Il s’agit du commandant Gnahoua Dablet, chef des opérations au camp commando d’Abobo au moment des faits et du Mdl/Chef Brice Kamanan du bataillon d’artillerie sol-sol.

La salle était pleine de monde pour assister à l’audition de ces deux prévenus. Une dizaine d’avocats, des journalistes et une vingtaine de témoins étaient présents à cette audience débutée peu après 9 heures. Près de 10 heures de débats qui ont vu, à la barre, le commandant Gnahoua et son subordonné, Brice Kamanan, se contredire l’un et l’autre. Pendant que le commandant affirme qu’aucun obus n’a été tiré entre le 12 et le 19 mars 2011 à Abobo, son élément soutient le contraire. Il affirme même que c’est sous les ordres du Cdt Gnahoua qu’il a tiré deux obus le 12 mars 2011, peu après 14 heures, dans la forêt du banco, derrière la société Filtisac, et non sur le marché d’Abobo. L’objectif étant de «battre l’ennemi afin que leurs camarades postés devant l’université d’Abobo-Adjamé puissent avancer».

Intervenant en première position, commandant Gnahoua, né le 24 avril 1962 à Sassandra, sanglé dans sa tenue militaire, est revenu sur les objectifs de sa mission. «Dans le cadre de la sécurisation d’Abidjan pendant la crise, l’état-major a pris la décision de subdiviser la ville d’Abidjan en plusieurs zones dont celle d’Abobo. C’est ainsi que du 12 au 19 mars 2011, je suis arrivé au camp commando d’Abobo ou était logé le PC (poste de commandement, Ndlr). De 16h à 17h, j’ai réuni tous les détachements pour transmettre les consignes. Tout s’est bien déroulé jusqu’au 19 mars quand nous sommes sortis d’Abobo. C’est longtemps après que je suis convoqué par le tribunal militaire, et j’apprends que je suis responsable de plusieurs morts», a révélé à la barre le commandant. «Le PC devait gérer et coordonner les nombreux détachements que j’avais sous mes ordres. (…) Mon autorité était sur le plan disciplinaire», a-t-il poursuivi.

«Qu’est-ce qui a justifié la mise en batterie d’un mortier?», questionne la présidente du tribunal. «Rien ne justifiait la mise en batterie d’un mortier, qui signifie mettre un mortier en position de tir», répond le commandant, avant de poursuivre: «Arrivé à Abobo, et vu l’environnement qui se présentait, nous nous sommes contentés de défendre le camp d’Abobo. Ainsi, en défendant le camp d’Abobo, nous n’avions plus besoin des mortier. Les armes individuelles suffisaient pour défendre le camp d’Abobo». «Il semblerait qu’un obus serait parti du camp commando à 11 heures 30», demande encore la présidente. «Cet obus est parti avant ma prise de fonction. Jusqu’à ce matin (Ndlr: hier lundi 16 mars 2015), je ne me reconnais pas dans cet ordre. Aucune circonstance ne se prêtait à l’utilisation de cette arme. Le Cdt Gnahoua n’a pas donné d’ordre de tirer cet obus. Il venait d’arriver, il donnait des consignes. J’ai accompli ma mission jusqu’au 19 mars, puisqu’il n’y a pas eu de défaillance», rassure l’accusé. «C’est aux instructions que j’ai appris que c’est le Mdl Chef Brice Kamanan qui a tiré. Il aurait tiré dans une forêt derrière Filitisac. Aucune circonstance ne prévoyait l’utilisation de cette arme. Aucun obus n’est tombé sur le camp commando pour donner la réplique. Si un ordre m’avait été donné par ma hiérarchie, j’allais le traduire en fonction de la nature de l’ordre selon tel ou tel détachement», déclare le prévenu.

«Le marché d’Abobo n’a jamais été l’objectif militaire»

L’intervention tant attendue du Mdl Chef Brice Kamanan ne s’est pas fait attendre. Débout devant le tribunal, le militaire confond son patron. «Je suis un des moyens de transmission de sa mission. Quand nous sommes arrivés au camp commando, il m’a instruit qu’il avait un coin à battre dans le périmètre de Filtisac, ennemi basé dans la forêt de banco. La distance à atteindre est en deçà de la portée de mon arme. J’ai effectué deux tirs d’obus le samedi 12 mars en direction de la forêt du banco, et non en direction du marché, ni du village SOS d’Abobo. C’est devant lui et tout le détachement montant et descendant que j’ai effectué les tirs», a déclaré le commando-gendarme sous le regard hagard de son patron, les bras croisés assis, dans une chaise en plastique.

«On vous poursuit pour avoir causé la mort des femmes au marché d’Abobo et au village SOS», interroge la présidente du tribunal. «Le marché d’Abobo n’a jamais été l’objectif militaire. Le Cdt Gnahoua ne m’a jamais instruit pour le marché Siaka Koné. L’obus est programmé pour exploser à l’impact. Quand la distance est déterminée, l’obus va atteindre la distance qui lui a été donnée. Humainement, c’est impossible de savoir d’où provient un obus. Parlant du village SOS, il aurait été judicieux à cette courte distance d’aller à pied. Si on tire des mortiers, on risque de recevoir des éclats», répond le prévenu.

A leur tour, les nombreux témoins qui se sont succédé à la barre avaient une seule chose en tête, quatre ans après les événements: dédommagements et intérêts après la perte d’un parent, pour certains, ou la destruction de leurs biens, pour d’autres. Selon eux, les tueries des femmes d’Abobo se sont déroulées le 17 mars 2011, au marché d’Abobo. Devant ces différentes versions, le procureur militaire, dans son réquisitoire, a évoqué des doutes sur les faits et a demandé de déclarer non coupables les deux prévenus. Rendant son verdict aux alentours de 21 heures, le tribunal a déclaré non coupable les deux prévenus pour délit non constitué. La présidente du tribunal a également déboutés les victimes qui se sont constituées partie civile.

Cyrille DJEDJED

L”INTER

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