10182017Headline:

Cote d’Ivoire: Des hommes en armes saccagent des campements

rebelles etat islamique

Les habitants de Yardjoumakaha et Klotaminakaha (Niakara) ont été réveillés par quelques hommes en armes et quatre campements ont été récemment incendiés en Côte d’Ivoire.

Alerté nous nous sommes rendus sur les lieux. Parti d’Abidjan, après Yamoussoukro, Bouaké, nous dépassons légèrement l’Université Alassane Ouattara et tournons à droite, laissons derrière nous Diabo, Botro et une centaine de Kilomètres plus loin, nous voici à Bouandougou. 1 Km après la sous-préfecture, une route non bitumée s’offre à droite qui mène à Niakara. Là, changement de véhicule. A mobylette désormais, nous parcourons non sans grande difficulté, les 15 km conduisant à Yardjoumakaha. Il n’y a personne. Les âmes prudentes et même les téméraires ont déserté les lieux. Elles ne veulent plus vivre ça. Quoi ? Yéo Yardjouma, fondateur du campement d’environ 160 âmes Sénoufo (les gosses pris en compte) que nous finissons par rencontrer, nous fait promettre que cet échange ne va leur créer des ennuis et pousser leurs assaillants à agir de plus belle avant de raconter : « Je dormais vers 1h20 quand j’ai dû me réveiller en sursaut, réveillé par des coups violents donné à ma porte. J’ai pris peur et n’ai pas ouvert. C’est nous la Sodefor, ouvre. Je n’ai pas ouvert, avant qu’ils finissent de casser à coup de hache, fusil et machette, j’ai dû fuir par l’arrière abandonnant femmes (trois quand même) et enfants ». Dans cette nuit du lundi 4 eu mardi 5 mai, Yeo Pè Abou, le frère cadet du chef de campement lui a ouvert quand les mêmes hommes ont tapé mais : « je suis sorti et ai vu une vingtaine d’hommes que je ne distinguais pas dans la pénombre, certains s’étant noirci le visage. Ils avaient encerclé le village, je priais pour qu’il ne tire j’ai couru pour échapper à leurs armes et me suis faufiler entre les bœufs, jusqu’à atteindre la brousse ». Les autres habitants, progressivement en confiance mais naturellement épouvantés expliquent leur désarroi et font le point du butin des agents de la Sodefor qui ont total, en fouillant la trentaine de chambrettes et cases, pu emporter des étoffes vestimentaires, 5 téléphones portatifs et environ 840000 f, fruit de récoltes. Ils ont aussi emporté des produits comestibles (biscuits, sardines, jus de fruit et surtout Calao, une boisson à fort titre en éthanol) maraudés dans la boutique éventrée pour l’opération.
Avant de quitter les lieux, ces agents qui ont promis revenir, ont pris soin de vider les motos dont ils ont systématiquement crevé les roues, de leurs carburants, histoire d’empêcher la poursuite, la moindre. Ils se sont rendus en effet à Klotaminakaha, un campement à une dizaine de kilomètres. Nous nous y rendons. Le fondateur du campement de 180 âmes Tagbana, Touré Klotamina Jean-Pierre chrétien venu de Katiola traiter son éléphantiasis quand il avait 17 ans, est là. Là, sur place, parce qu’à 67 ans, on ne refait pas sa vie, on ne sait où aller. Sont aussi restés, sa femme Camara Nalaminon et son ‘‘pote’’ Coulibaly Nahowolo, éleveur de poulet qui, par sagesse, a renoncé à courir. Né vers 1930, il continue à plus de 85 ans d’élever, un bois à la main, ses poulets. Prévenu vers 3h20 par un fils du village, Klotamina a tout suivi depuis sa cachette. Terré dans la broussaille, il a vu la trentaine de boutefeux (dont une femme particulièrement excitée) casser quelques maisons, faire du grabuge et être contraint de quitter les lieux vers 5h 20, le jour pointant du nez. Puis les agresseurs de sommer les habitants du campement de déguerpir de l’espace. Sinon ? « Sinon si on revient et on va tout brûler ». La promesse étant une dette, les agents de la Sodefor s’en sont acquittés en revenant le 1er juin brûler le campement. Prenant goût, ils ont aussi incendié les cases de Solokaha, celles Gbagnankaha où 30000f ont été arrachés à une fillette, celles de Kouakoukaha où un mouton et 75000 ont été volés.

Kyrielle d’interrogations

Pour quel(s) motif(s) les agents de la Sodefor expulseraient-ils violemment des agriculteurs sont les campements se construisent près de leurs champs ? Depuis quand ont-ils le droit de les piller ? Pourquoi certains se noircissent-ils le visage? Que fait la sous-préfecture ?
Direction la sous-préfecture de Bouandougou. Précédemment à Ouragahio, Bocanda, le sous-préfet Alphonse Koutouan Abro est là, à Bouandougou depuis 2008. Il nous reçoit avec courtoisie mais ne peut parler. Il déplore ses conflits. Nos indiscrétions indiquent qu’il avait reçu les villageois de campement pour les entendre, après qu’un Sms en provenance du chef de village de Nakara, l’eut prévenu des attaques. Le commandant de brigade serait allé sur les lieux et aurait fait son rapport. C’est un acte administratif qui demanderait aux villageois de quitter les campements pour la simple raison qu’ils vivent sur des sites déclarés forêt classée. Ces derniers refusent de partir, bien que des réunions préalables avec les autorités administratives les y aient invités. Bien qu’aussi, des documents officiels attestent de ce que cette zone est une forêt classée. Fait à Abidjan le 21 mars 1973, le décret N°73-133 porte création de la réserve de faune et de flore du Haut-Bandaman. Bien avant, a été publié dans le journal officiel de la Côte d’Ivoire en date du 15 septembre 1954, l’arrêté N°5895 SE. F. qui en son article premier déclare : « Est constitué en forêt, domaniale classée dite du Bandaman-Blanc, le massif forestier d’une superficie de 50000 hectares environ situé dans le cercle de Séguéla, subdivision de Mankono».

Ce qui revient à dire que les campements vidés de leurs habitants l’ont été parce que ces villageois de Nakara occupent une forêt classée. Les chasser revient donc à mettre en application la loi. « Surtout que des séances de travail entre les responsables de cet espace, les autorités administratives et la Sodefor ont permis d’arrêter le 31 mars 2015, comme date butoir de déguerpissement. Ils sont informés de cette mesure. Notre mission de récupération des forêts classées est générale et ne concerne pas que le Bandaman-Blanc, mais va bien au-delà et concerne le pays.» explique M.Abraham, responsable de la Sodefor de Bouaké à qui on incombe les instructions de l’opération. Il n’en dit pas plus, juste que son rapport a été transmis à sa hiérarchie d’Abidjan. Comment expliquer les exactions commises sur la population ? Le doigt est pointé vers le village de Nakara dont le chef aurait voulu utiliser des Dozos pour s’interposer et empêcher l’action de l’autorité. Ce que dément avec énergie, mais sans convaincre la tutelle, Abdoulaye Touré, historien de formation accusé sous cape d’instrumentaliser les villageois. A Nakara, on soupçonne les partisans de l’ancienne chefferie et certains Frci. Nous y reviendrons

MICHEL KIPRE

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