09222017Headline:

Côte-d’Ivoire: Des ministres PDCI complices de la suspension de Billon ?ce qui s’est passé

Le Rdr, parti présidentiel a fini par avoir la tête de Jean Louis Billon dont il ne voulait plus à la tête du Conseil régional du Hambol dont Katiola est la capitale. Un communiqué du conseil des ministres de ce mercredi a annoncé la nouvelle et le porte-parole du gouvernement évoque de ‘’graves dissensions’’ au conseil régional pour justifier la décision gouvernementale.

En première analyse qu’elle soit d’abord une suspension pour devenir une destitution plus tard comme l’ont voulu les conseillers régionaux Rdr, cette décision souffre d’une irrégularité et d’une illégalité criarde au regard de la loi régissant les collectivités décentralisées. Et la question que l’on est en droit de se poser ce jour est la suivante : « Au cours de ce conseil des ministres, où étaient les ministres issus du Pdci dont Billon est le porte-parole adjoint ? ». On connait le principe de la solidarité gouvernementale et le Pdci et le Rdr entretenaient jusqu’ici leur pacte de non-agression mutuelle. De plus les deux partis malgré les tensions perceptibles n’ont pas prononcé la rupture.

Ces derniers jours, quelques bisbilles opposent le Rdr et le Pdci, à propos de l’alternance en 2020 mais personne n’osait imaginer que les hostilités débuteraient maintenant. Or, à y regarder de près, cette sanction contre M. Billon alors qu’il n’a pas failli à sa mission de président soit en bloquant des décisions soit en s’absentant sans motif, est une manière pour le Rdr d’ouvrir les hostilités contre son allié Pdci auquel il doit pourtant son pouvoir.
C’est pourquoi il convient de s’interroger sur l’attitude et l’état d’esprit des ministres Pdci au cours du conseil des ministres de ce mercredi. Ont-ils laissé faire ou cautionné le projet porté par leur collègue Hamed Bakayoko de l‘Intérieur ? En tous les cas même si l’ossature actuelle du gouvernement est déséquilibrée et favorable au parti présidentiel, la solidarité des seuls ministres Pdci aurait tout de même amené Ouattara à ne pas prendre cette décision.

Une décision illégale au regard des textes

Est-il possible qu’en cas de ‘’dissensions graves’’ dans le fonctionnement d’un conseil régional, le gouvernement suspende son président ?

L’article 42, de la loi n° 2012- portant organisation et fonctionnement des collectivités décentralisées dispose en son alinéa 1 : « En cas de dissension grave au sein des Conseils mettant en péril le fonctionnement normal et la gestion des collectivités territoriales, l’autorité de tutelle œuvre à l’aplanissement de la dissension. En cas d’échec, le Ministre en charge des collectivités territoriales en rend compte par une communication en Conseil des Ministres qui l’autorise éventuellement à suspendre par arrêté le Conseil concerné. »

Comme clairement mentionné ici, si suspension, il doit y avoir pour « dissensions graves », cette décision ne devait pas frapper le seul Billon mais plutôt l’ensemble de son conseil. Mieux, la même loi précise les fautes assimilables à des fautes lourdes susceptibles de conduire à des dissensions au sein de la collectivité. C’est par exemple les absences injustifiées, le refus pour le président de communiquer ou de prendre une décision allant dans le sens du bien de la région. En tous les cas, la tutelle fait d’abord la médiation et la suspension ou dissolution intervient en dernier ressort. Le cas Billon s’assimile à un délit d’opinion. Jean Louis Billon a décidé de rejoindre son parti d’origine après avoir quitté le gouvernement. Et depuis sa dernière conférence de presse au cours de laquelle il affirma que le doyen des partis aura son candidat en 2020, il est devenu l’homme à abattre au Rdr. On peut comprendre les ressentiments du parti à la case parce que c’est au prix de plusieurs tractations qu’il a accepté la candidature de M. Billon en 2013 au détriment de son candidat Dr Minahaya alors dircab au ministère de l’Agriculture. Mais de là, à tempêter pour démettre un des illustres fils de la région du Hambol, il y a de quoi frémir.

Y a-t-il encore un sage au Rdr ?

A mesure que l’on approchera de l’échéance de 2020, l’on devra s’habituer à ce genre de clash entre les alliés. Aujourd’hui, c’est Billon mais demain nous réserve d’autres surprises. Le parti au pouvoir qui reproche déjà au Pdci de lui avoir ravi des postes au nom de leur alliance ne se fera pas prier pour se rendre justice et assouvir ainsi sa boulimie du pouvoir. Ce qu’il oublie, c’est qu’en 2010, le soutien de Bédié au deuxième tour de la présidentielle lui a été d’un grand secours. Mieux quand celui-ci, en dépit de son âge a pris le risque de se réfugier à l’hôtel du Golf, il était devenu le chouchou vénéré des cadres du Rdr. En 2015, c’est encore Bédié qui sacrifie les ambitions de son parti en faveur d’Alassane dans l’espoir de compter sur ce dernier en 2020. Tout cela, le Rdr semble dire qu’il n’y est pas sensible. Or la sagesse aurait quand même voulu qu’il garde la tête froide et qu’il revisiter l’histoire récente de la Côte d’Ivoire. Rien n’oblige le parti présidentiel à demeurer dans une relation qui l’encombre. Mais au moins qu’il se rende compte que ses anciennes palabres avec le Pdci a conduit le pays dans une abîme dont il peine à sortir.

SD à Abidjan
sdebailly@yahoo.fr

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