10192017Headline:

Côte d’Ivoire: Des Nids de poule sur la voie de l’émergence

Nids de Poules

Arrivé tôt le matin au rond-point d’Adjamé liberté, Koné Issa, s’occupe à réparer son minicar (gbaka en appellation locale) de 36 places. Il est le propriétaire de deux minicars. Ses chauffeurs et apprentis employés font la navette entre les communes d’Adjamé et de Yopougon. Ses deux apprentis lui passent les boulons et du caoutchouc pour pratiquer des soudures. Ces réparations, il les fait depuis quelques jours.

Ce propriétaire de véhicules de transport en commun à Abidjan est mécontent. La cause, le mauvais état des routes. Sur la question du mauvais comportement dans la circulation, repli de carpe. Aucune réponse concrète n’est donnée. Koné Issa préfère parler du défaut actuel du réseau routier en Côte d’ Ivoire.

« Les chauffeurs de Gbaka sont accusés de toutes parts d’être de mauvais chauffeurs. Mais aussi, les routes sont impraticables » défend-il.

Et précise que « Si l’Ageroute ferme les trous de l’autoroute Banco-lavage (Yopougon), il n’y aura plus d’accident. Là-bas, le sable a envahi le côté droit de la route.Il ne reste que le côté gauche. Quand il pleut, le côté dégradé se transforme en creux boueux » explique-t-il.

L’un des apprentis indique que « moi, la boue m’arrive au niveau du cou, s’est dangereux. Et le Gbaka s’embourbent».

Koné Issa réitère qu’il a dû faire sortir son gbaka en panne par un autre aux environs de minuit. Donc, quand il pleut et qu’il y’a la boue nous ne circulons plus. Il me faut ce jeudi finir la réparation de ce camion. »

« Mêmes deux bus de la Sotra se sont enlisés ici à Adjamé Liberté. Le goudron- là ; il est chinois. En plus, les travaux de la route ne sont pas surveillés. L’investissement d’un kilomètre doit être aussi bon que celui des années 50. Au lieu de faire des kilomètre de mauvaise qualité et de gaspiller de l’argent de l’Etat » condamne-t-il.

Le vendredi 17 juin, la Commission des Affaires Economiques et Financières (CAEF) de l’Assemblée nationale a publié la mission d’évaluation de l’efficacité des structures et des mécanismes en charge de l’entretien et de la réhabilitation des routes ivoiriennes. Le Rapport de cette mission de la mission d’information sur la réhabilitation et l’entretien du réseau routier ivoirien, a été validé le 14 juin au cours du séminaire de Grand-Bassam. Ce séminaire s’est tenu courant juin. Le document parvenu à Politikafrique.info ne précise pas la période exacte. Il était à l’initiative du député Sidibé Abdoulaye.

Conclusion, la quasi-totalité des routes sur les axes Abidjan- Niakaramandougou et Abidjan-San-Pedro présente un état de dégradation avancé peu après leur réparation. Selon le rapport des députés, « la dégradation du réseau routier ivoirien tire sa source de la mauvaise exécution des projets. » Il est noté « le manque de coordination dans l’attribution et l’exécution des travaux. » Et ce, par les entreprises sélectionnées. D’où la problématique de la crédibilité de ces entreprises.

Politikafrique.info a sollicité en vain le Fonds d’entretien routier (Fer), l’Agence de la gestion des routes (Ageroute) et l’Office de la sécurité routière (Oser). Aucune réponse depuis 2 semaines.

La Commission des Affaires Economiques et Financières, propose de faire l’état des lieux et l’audit des entreprises du réseau routier. Faire un suivi des travaux de réalisation et d’entretien des voies. La fixation d’un délai de rigueur pour l’exécution des travaux. L’établissement d’une coordination des travaux entre les structures pour éviter des chevauchements. Le choix des entreprises ainsi que la définition des rôles précis de chaque structure impliquée dans la réalisation des travaux routiers pour la correction des dysfonctionnements constatés.

Contacté par Poltikafrique.info, un entrepreneur du BTP, sous anonymat, estime que « le tort ne nous est pas imputable. De la sélection à l’attribution du marché en passant par le contrôle d’ouvrage, tout le monde est responsable. A preuve, après avoir perçu des millions de FCFA pour attribuer des marchés à des entreprises dans le cadre des projets PPU, des PME ivoiriennes peinent à rentrer en possession de leur du. Le Fer refuse de payer sous prétexte qu’il n’a pas passé ces marchés. Pourtant, nous les avons nous-mêmes préfinancés. »

Ce dossier existe bel et bien même si nul ne veut en parler. Une trentaine d’entreprises dont nous avons pu consulter la liste attendent d’être payées. Ces travaux PPU ont été exécutés dans le cadre des préparatifs des visites présidentielles dans les régions du pays.

Chacun pointe la corruption comme la source de la dégradation des routes ivoiriennes. Au point que la commission des affaires économiques et financière de l’Assemblée Nationale a décidé d’organiser un séminaire sur le sujet. « la corruption dans la passation des marchés publics de travaux routiers en Côte d’Ivoire ». Une réflexion qui aura lieu ……. et devrait inciter la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance à éplucher les comptes des structures et des individus en charge des entreprises de suivi des travaux routiers.

C’est la première étape vers le colmatage des nids de poule sur la voie de l’émergence.

Moïse Achiro

Comments

comments

What Next?

Recent Articles

Leave a Reply

Submit Comment