10202017Headline:

Côte d’Ivoire : Enquête /une affaire de familles (2/3)

banny gbagbo

“Filles et fils de”, nouvelles familles… Dans le second épisode de notre enquête sur les grandes familles ivoiriennes, ce cercle fermé de l’élite politique, économique et sociale connaît une évolution marquante après la mort du “Vieux”. Les différents successeurs de Félix Houphouët-Boigny vont toutefois contribuer à la pérennisation de ce système au gré de nombreuses alliances.

Selon Daouda Thiam, l’actuel conseiller spécial à la présidence, « Félix Houphouët-Boigny voyait la nation comme une famille. Une nation, un pays, dont il connaissait chaque région, chaque terroir, chaque groupe ». Daouda Thiam est l’un des sept enfants de Marietou Sow, nièce d’Houphouët-Boigny, et d’Amadou Thiam, journaliste sénégalais qui dirigea Radio Côte d’Ivoire avant d’être nommé ministre de l’Information, puis ambassadeur au Maroc.

Il se souvient de l’importance de la réussite scolaire au sein du foyer et d’un esprit de compétition qui s’exprimait souvent « avec les enfants des uns et des autres », mais aussi dans la fratrie. Les sept réussiront d’ailleurs leurs parcours scolaire et universitaire avant d’occuper de prestigieuses fonctions dans le privé ou le public.

Destins tracés pour les déscendants

Trois d’entre eux seront ministres : le dernier et le plus connu, Tidjane, ministre du Plan et du Développement de 1998 à 1999, dirige le Crédit Suisse ; Abdel Aziz, qui a détenu le portefeuille des Transports de 2006 à 2007, est aujourd’hui vice-président du logisticien Necotrans ; Daouda a été ministre des Mines et de l’Énergie entre 1999 et 2000 ; leur frère Augustin est quant à lui gouverneur de Yamoussoukro depuis 2011.

Du fait de ses liens avec Houphouët, la famille est très exposée. « Le Vieux », très fier de ces petits-neveux, ira jusqu’à dire sur les ondes de la télévision nationale que les Thiam sont ses vrais héritiers. « L’entrée de Tidjane à Polytechnique, en 1981, a été très médiatisée, se souvient Daouda. Il avait dû expliquer un après-midi entier à certains camarades qu’il n’avait pas été pistonné. »

Il y avait presque un côté « France du XIXe siècle », un maillage entre familles plus ou moins bourgeoises

« On parlait de couples puissants, raconte un observateur influent de l’époque. Les mariages de ces familles passaient même à la télévision. Cela durait parfois des heures, le présentateur déclinait les CV des futurs époux. » Daouda Thiam s’est lui uni à une fille Ekra, tandis que son frère Papa Ababakar (décédé en 1995) était lié à une héritière Yacé… « Il y avait presque un côté « France du XIXe siècle », poursuit notre témoin, avec un maillage entre familles plus ou moins bourgeoises, parlant – encore aujourd’hui – de barons du parti, de fiefs, d’alliances. Une sorte de société de cour très critiquée, mais qui va être dupliquée dans d’autres familles politiques ivoiriennes après l’instauration du multipartisme, en 1990, et sous les présidences suivantes. »

Les sept enfants Thiam ont tous eu de brillantes carrières.

Distances durant l’ère Gbagbo

Fidèle à l’œuvre de son mentor, Henri Konan Bédié – président de 1993 à 1999 – va de fait pérenniser ce fonctionnement, même si ses relations avec lesdites familles ne sont pas toujours des plus chaleureuses. D’abord parce que son charisme et son aura n’égalent pas ceux du Vieux, mais aussi parce que certains concurrents d’hier ont tout de même du mal à accepter l’ascension du Sphinx de Daoukro.

Bédié veut promouvoir de nouvelles alliances, des familles dont il est proche, comme les Billon, dont le patriarche, Pierre Emmanuel, est à la tête de l’entreprise agro-industrielle Sifca depuis les années 1960. Ce dernier présentera par la suite son fils Jean-Louis à Laurent Gbagbo, à la fin des années 1990.

Dès son élection, en 2000, Laurent Gbagbo devient une sorte de pygmalion pour le fils Billon. Lors de l’investiture du premier en tant que candidat en août, à l’hôtel Ivoire, Jean-Louis représente le secteur privé, puis « le président lui conseille de s’intéresser à la Chambre de commerce », assure un témoin de l’époque. Billon en prendra la présidence en 2002. Mais la lune de miel est courte. Les deux hommes se brouillent dès 2003. Au cœur du désaccord, le terminal à conteneurs du port d’Abidjan, dont la concession a été accordée de gré à gré au groupe français Bolloré.

 KAMBOU SIA/AFP

Ce contrat alléchant intéressait aussi la Société ivoirienne d’opérations maritimes (Sivom), propriété de la famille Billon. Jean-Louis Billon prend ses distances, jusqu’à devenir un farouche opposant au « système Gbagbo ».

Baudelaire MieuHaby Niakate

.jeuneafrique

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