07182019Headline:

Côte d’Ivoire : « Houphouët-Boigny doit être attristé de savoir qu’il y a des compatriotes qui sont persécutés à cause de son nom », déplore Ouattara Gnonzié .

Côte d’Ivoire : « Houphouët-Boigny doit être attristé de savoir qu’il y a des compatriotes qui sont persécutés à cause de son nom », déplore Ouattara Gnonzié .

Le Rassemblement pour la paix (RPP) a organisé une cérémonie de présentation de vœux le samedi 09 février 2019 au cours de laquelle son Président Ouattara Gnonzié a dénoncé l’utilisation abusif du non du premier président de la République ivoirienne à des fins politiciennes. Ci-dessous l’intégralité de son discours.

(…) Que 2019 voit s’éclore pour chacun d’entre vous, d’entre nous, tous les désirs qui nous tiennent à cœur. Pour la Côte d’Ivoire et tous nos compatriotes nous souhaitons le meilleur : la quiétude, le bonheur, la paix. La paix et encore la paix. Cette insistance, comme vous le savez, n’est pas fortuite.Vous n’êtes pas sans savoir qu’en 2019 notre pays la Côte d’Ivoire se trouve à la croisée des chemins. En effet notre pays est placé cette année à un point d’intersection où il doit faire un choix délicat pour accéder, au bonheur ou à la douleur, à l’an 2020 une année sur laquelle pèse de nombreux risques et des défis à relever.

Notre parti, le RPP, doit tout entreprendre pour jouer à fond sa partition. Pour ce faire nous avons entrepris une réorganisation et une redynamisation scientifique du parti. En faire un grand parti populaire prêt à relever tous les défis y compris l’accession au pouvoir d’Etat notamment par un partenariat solide et ouvert à divers horizons et compétences. J’invite tous nos militants à s’inscrire dans cette voie afin que demain soit meilleur et profitable à tous. Pour aller vers 2020, en transitant par 2019, il n’y a pas mille voies. Deux seulement, et seulement deux, s’offrent à nous.La voie du rassemblent, de la convivialité, du dialogue et du respect de l’Etat de Droit et de la Démocratie. Cette voie nous conduit à la paix, à la quiétude, à la concorde et surtout à la mise en œuvre d’une Commission Electorale Indépendante, consensuelle, inclusive, impartiale, Equilibréeet bénéficiant par conséquent de la confiance de tous les citoyens notamment les acteurs politiques.La deuxième voie c’est celle de l’autoritarisme, de l’arrogance, du mépris, du déni de justice, du refus du dialogue, du repli sur soi. Naturellement une telle voie nous ouvre grandement les portes de la méfiance, des frustrations, de la violence, du désordre, du dépérissement de l’Etat et de la dislocation de la nation.

Et pourtant quelques signes du destin nous interpellent et nous invitent à emprunter la voie de la sagesse. En effet les premières semaines de 2019, on peut le dire, sont apparues sous de bons auspices pour la Côte d’Ivoire en quête de réconciliation, de paix et de cohésion, avec l’acquittement du Président Laurent GBAGBO et du Ministre Charles Blé GODE par la Cour Pénale Internationale. A nos yeux, le retour de ces deux dignes fils, sur leur terre natale, contribuerait sans aucun doute à booster l’apaisement, la fraternité et la réconciliation, en décrispant le climat socio-politique du pays.

Un autre signe dont on aurait pu penser que le pays en tirerait le meilleur profit, c’est le nom de Felix Houphouët-Boigny le père fondateur de la Côte d’Ivoire. En effet, depuis la disparition du Sage de Yamoussoukro, on n’avait jamais autant cité son nom en Côte d’ Ivoire que ses douze derniers mois. Que des citoyens ou des hommes politiques entreprennent de revisiter l’action et l’œuvre du premier Président du pays, qui pourrait s’en offusquer, au lieu de se réjouir. Dans l’espoir que la classe politique en tirerait plus de sagesse, en apprenant plus du Dialogue et de la paix, piliers essentiels de la politique houphouëtiste.

Malheureusement l’usage fait de cet apparent retour aux sources engendre pour toute la nation plus de problèmes que d’espoir qu’il était sensé apporter. En effet se servir du nom d’Houphouët-Boigny, grand pacificateur, grand rassembleur, devant l’Eternel, pour diviser les Ivoiriens, les sanctionner, les exclure, les menacer et même les emprisonner, est plus qu’une gifle faite à l’illustre disparu.Est-il acceptable et imaginable qu’un individu, se disant ou prétextant agir sous le contrôle de la pensée et l’idéologie houphouëtistes, se mette en transe pour prononcer des oukases de licenciement contre des citoyens et des fonctionnaires, parce qu’ils ont simplement usé de leur liberté d’actions, d’expression, d’opinion, de choix politique, en refusantd’intégrer un groupement politique, fut-il celui choisi par le tsar pour faire la paix et la stabilité.

Le retour au parti unique et au parti Etat est fondamentalement anti-houphouëtiste.C’est bien Houphouët-Boigny qui en 1990, sous la pression de la rue, a avoué, qu’en 1958, il avait rassemblé tous les partis politiques, avec leur accord, pour aller à l’indépendance. Mais aujourd’hui, ajoutait-il, “je me rends compte que le consensus est rompu“. Alors, concluait-il, “j’autorise le retour au multipartisme, avec la mise en œuvre de l’article 7“ de la constitution d’alors.

Le Président Houphouët-Boigny venait ainsi de sonner le glas du parti unique et du parti Etat, en intégrant la Côte d’Ivoire dans l’ère moderne de la démocratie multipartisane. Près de 30 ans après est-il décent d’associer le nom d’Houphouët-Boigny à une telle aventure. En politique nos compatriotes doivent pouvoir apprendre à faire la distinction entre les Discours et les Actes. Il y a ce que les hommes politiques disent et ce qu’ils font. On peut vous dire qu’on est le plus humble, le plus modeste. Mais vous avez vos yeux pour voir, apprécier et juger. Qui ne sait, par exemple, qu’aujourd’hui en Côte d’Ivoire, l’arrogance, est la chose la mieux partagée dans certains cercles politiques.

Comment peut-on prétendre se réclamer du Président Houphouët BOIGNY, s’inspirer de sa philosophie et de ses principes de vie, alors qu’on contrarie quotidiennement tout ce qui résume la vie et l’œuvre de ce grand homme. Un génie hors pair, pour citer le Général De GAULE. Comment peut-on avoir en abomination le dialogue et la concertation, nier l’humilité, magnifier l’arrogance, répandre la culture de la division et de la haine, narguer et mépriser les pauvres là où Houphouët-Boigny faisait du partage une valeur fondamentale de sa politique sociale. En démocratie, faut-il le rappeler, le dialogue et la négociation sont des valeurs d’accompagnement précieux. Ce qui, on s’en doute, fait défaut dans notre pays.

En politique, comme en philosophie ou en littérature, on ne décrète pas connaitre un homme ou une femme, parce qu’on a coutume de partager ses repas, ou s’asseoir à ses côtés. On connait un homme ou une femme politiques, ou un littéraire ou philosophe, parce qu’on maîtrise sa pensée, sa philosophie. On maîtrise ses idées au point de pouvoir imaginer, annoncer, ce qu’il aurait dit, ce qu’il aurait fait, le comportement qu’il aurait eu, dans telle situation ou tel autre cas de figure.

Connaissant ainsi parfaitement l’homme, on finit par lui ressembler dans l’expression des idées et dans l’action. Autrement dit, le vrai houphouëtiste, c’est celui qui se comporte comme un autre Houphouët-Boigny : humble, attaché et ouvert au dialogue et la négociation, recherchant constamment la paix, non pas par les discours mais par les actes, proche des pauvres qu’il soulage quotidiennement parce qu’il appelait le partage. André Malraux, grand homme de culture français, qui fut ministre du Général De Gaule disait de l’homme, dans une célèbre formule :

« Tout le monde a été, est ou sera Gauliste ». Dans le cas de la Côte d’Ivoire, vu les débats actuels, on pourrait paraphraser cette formule de Malraux : « Tout le monde a été, est et sera Houphouetiste ». Cependant, la crainte de grand nombre d’ivoiriens, c’est qu’il ne nous soit pas vendu, à coups de matraques et de marketing politique, un Houphouët-Boigny, défiguré, dénaturé et masqué. Parce que dans ce pays, il y a encore des hommes et des femmes qui connaissent bien ou ont connu Houphouët-Boigny sur toutes ses facettes. Au nombre de ces vrais connaisseurs : il y a sa famille, ses collaborateurs qui l’ont servi 20 – 30 à 40 ans.

Certains historiens dont mon ami et confrère, Frédéric Grah Mel qui a rédigé plusieurs tomes d’ouvrages historiques contenant des milliers de pages. Et aussi des journalistes qui ont consacré une grande partie de leur carrière à travailler sur ses discours, sa pensée et ses œuvres. Je me suis appesanti à dessein sur l’houphouetisme, parce que l’homme à son corps défendant, contrairement à sa vie, sa pensée et ses œuvresse trouve aujourd’hui au centre de tous les dangers qui planent sur la Côte d’Ivoire.

Face à tant d’agitations dont on ne peut prévoir jusqu’où elles peuvent aller, Houphouët-Boigny ne doit certainement cesser de se retourner dans sa tombe. Et il doit être constamment attristé de savoir qu’il y a des compatriotes qui sont persécutés à cause de son nom. Lui qui, à la fin des années 80, parlant de militantisme a pu dire : « les meilleurs militants ne sont pas seulement ceux qui exercent des responsabilités dans le parti ou consacrent leur temps au parti.Les meilleurs militants ce sont aussi, ceux ou celles, fonctionnaires, travailleurs, techniciens et autres qui exercent avec compétence et sérieux, les tâches et fonctions qu’ils exécutent dans leurs administrations ou entreprises ».

Pour clore mon intervention, je voudrais revenir rapidement sur la situation sociopolitique dont a fait abondamment cas ceux et celles qui m’ont précédé à cette tribune. On a relevé ici la tension du climat sociopolitique. Au début de ma prise de parole j’ai indiqué, ce qui de mon point de vue, pourrait ramener à court terme le thermomètre politique à la normale. La réconciliation vraie par le dialogue et un nouveau consensus autour de la commission électorale prenant en compte l’indépendance que lui confère la constitution en son article 50. Au plan socioéconomique, tous les organismes nationaux et internationaux sont unanimes à reconnaitre que notre pays a d’énormes potentialités pour être un pays riche. Malheureusement, nous avons une gouvernance qui laisse à désirer : la preuve, la Côte d’Ivoire dit-on a l’un des meilleurs taux de croissance au monde, et pourtant la misère, la pauvreté, la précarité sont perceptibles partout, en ville comme dans le monde rural.

La réalité qui….

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OUATTARA Gnonzié

Président du RPP

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