05272017Headline:

Côte d’Ivoire-Incohérences entre les ministères sur les actions gouvernementales: emmergence en souffrance

conseil des ministres

Depuis sa prise de pouvoir en 2011, le Président ivoirien Alassane Ouattara a n’a pas cessé de se féliciter de l’action de son gouvernement. Et pourtant, le cas sur terrain reste un paradoxe. Imatin.net a décidé de mener la réflexion sur les actions gouvernementales.

« J’ai décidé au vu de tout cela de continuer avec la même équipe. Monsieur le Premier ministre, le gouvernement que vous dirigez est donc maintenu en fonction avec vous-mêmes à sa tête », avait annoncé le Chef de l’État lors du premier conseil des ministres qui a suivi sa réélection.
Mais quelques mois plus tard, soit le 12 janvier 2016, la présidence de la République annonce la formation d’un nouveau gouvernement plus féminisé qui compte 36 membres, contre 31 pour l’équipe précédente.
Depuis son accession à la tête de la Côte d’Ivoire, le Chef de l’État a remanié à plusieurs reprises son équipe de travail. Une fois avec le Premier ministre Guillaume Soro. Lequel a été remplacé par Ahoussou Jeannot qui a été limogé après seulement 9 mois à la primature. Puis a été nommé Kablan Duncun qui a survécu jusqu’à ce jour à plusieurs refontes gouvernementales.
En dépit de ce jeu de chaise musicale, l’on doit considérer qu’un remaniement ministériel a pour but d’apporter une amélioration qualitative à l’action gouvernementale. Malheureusement, nous constatons que depuis ces multiples réaménagements effectués par le Chef de l’État, les problèmes des citoyens sont restés les mêmes. Au point où on a l’impression que le remaniement ministériel se justifie par des calculs politiques que par le souci de combler les lacunes.
Cette situation nous pousse donc à mettre en lumière l’impertinence de nos gouvernants. Mieux, à nous interroger sur l’impact de ces remaniements dans la cohérence de l’action gouvernementale. Nous illustrerons notre analyse par des éléments qui sautent à l’œil.

Anne Ouloto rend propre, Allah Kouadio Remi Salit…
A sa nomination à la tête du ministère de l’insalubrité, Anne Ouloto appelé communément Maman Bulldozer a procédé manu militari au déguerpissement des occupants du domaine public. Face aux caméras et projecteurs, la ministre a manifesté sa volonté d’assainir les grandes villes de la Côte d’Ivoire. Pour mener à bien cette mission, la ministre accompagnée de ses bulldozers ont investi les différents sites de déguerpissement pour sensibiliser la population. Cette politique de salubrité a payé car en moins d’un an, les actions ont donné des résultats manifestes : disparition des installations anarchiques, déguerpissement des trottoirs des vendeurs ambulants, propreté des espaces publics, instauration de la brigade de la salubrité…
Lorsqu’en 2012, l’on a annoncé le remaniement ministériel procédé par le président Ouattara, personne ne s’attendait à ce que Maman Bulldozer ne quitte ce ministère. Malgré le nouveau visage qu’elle a su insuffler à la ville d’Abidjan et l’acuité avec laquelle elle a géré le dossier de la décharge d’Akouédo, le Président Ouattara décide de mettre fin aux fonctions d’Anne Ouloto à la tête du ministère de la salubrité, la remplaçant par le docteur Allah Kouadio Remi.
A son arrivée, le nouveau ministre, ignorant le principe de la continuité des services publics, décide de mener une politique diamétralement opposée à celle que sa précédente menait de main de maître. Ainsi, il initie plusieurs axes d’actions stratégiques dont les plus médiatisés sont l’opération « élection zéro déchet » lancé le 11 avril 2013, l’opération Abidjan ville propre II, la fermeture de la décharge d’Akouédo, l’ouverture des travaux du centre d’enfouissement technique des ordures sur le site d’Attiékoi.
Malheureusement, sa démarche crée plus de mal que de bien. La preuve en juin 2015, la ville d’Abidjan est envahie par des ordures ménagères.
Interrogé par nos confrères de « le Bélier Intrépide » dans sa parution du samedi 27 juin 2015, le ministère de l’Environnement, de la salubrité urbaine et du Développement durable que dirige le Docteur Allah Kouadio Remi reconnaît que la situation « est la conséquence de la fermeture de la décharge d’Akouédo suite à un litige foncier ». « Nous demandons l’indulgence des populations face aux désagréments créés par cette situation transitoire », avait plaidé Sarhan Ouattara, directeur général de l’agence nationale de la salubrité urbaine (Anasur).
Pendant ce temps sur le terrain, le travail abattu durant des mois par Mme Anne Ouloto est resté orphelin d’un suivi rigoureux. La résurgence des questions d’inondation et d’insalubrité, la recolonisation des sites déguerpis, … bref, le manque de rigueur faute d’un meilleur suivi conduit la salubrité urbaine à un niveau de déchéance jamais atteint en Côte d’Ivoire. Il fallut qu’enfin, au lendemain de son élection le président Alassane Ouattara décide de reconduire Anne Ouloto à la tête du ministère de l’insalubrité urbaine pour revoir de nouveau les bulldozers dans les rues d’Abidjan.
Au vu de ce constat, est-ce à dire que l’action gouvernementale n’est pas cohérente ?
Nous disons oui, car voir un tel quiproquo à la tête de l’État surtout quand il s’agit des plus proches collaborateurs du Président de la République est insensé. Mais il n’y a pas que ça …

L’ego des ministres qui tue l’enseignement supérieur
Dès sa prise de fonction en 2011, le Président Alassane Ouattara nomme Ibrahim Cissé Bacongo. Aussitôt, des travaux de rénovation sont entamés. A l’issue de ces travaux, le ministre décide d’établir le concept « le départ Nouveau ». A ce titre, après proposition et autorisation du Chef de l’État, il décide de changer le nom des universités. Ainsi l’université de Cocody devient l’université Félix-Houphouët-Boigny, celle d’Abobo-Adjamé, université Nangui Abrogoua et celle de Bouaké Alassane Ouattara.
Outre les rénovations et équipements des universités publiques de Côte d’Ivoire, Cissé Bacongo décide d’introduire le système LMD, une première en Côte d’Ivoire.
Malheureusement, cette belle initiative est entachée par des détournements. Suite à ses problèmes de gouvernance dans la gestion du budget des travaux de réhabilitation de l’université d’Abidjan, le Président Alassane Ouattara décide de limoger le 02 août 2012, à travers un décret, le directeur des Finances et du patrimoine du ministère de l’Enseignement supérieur, Adama Méïté, alors que plusieurs personnes demandaient plutôt la tête du ministre.
Cissé Bacongo résiste aux différents remaniements jusqu’en 2014 lorsque le Président décide de le remplacer par Gnamien Konan. Selon les observateurs, la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase serait, en plus des grèves à répétition, l’instauration de la police universitaire au sein du campus. La nomination de Gnamien Konan ouvre une nouvelle fois un zeste d’espoir. Cette illusion ne durera que quelques mois…
A l’inverse de son prédécesseur, le nouveau ministre décide de mener une nouvelle politique de l’enseignement supérieur tournée sur la technologie. Sans faire d’étude de faisabilité, décide de mettre en place une université virtuelle.
« Elle a pour vocation la mise à disposition de tous les apprenants, des ressources pédagogiques numériques dans tous les domaines de formation avec des formats texte et vidéo », avait fait savoir le ministre Gnamien Konan lors d’un atelier de finalisation de la plateforme technique de l’Université virtuelle de Côte d’Ivoire, le mardi 25 août 2015.
Malheureusement encore, ce projet ne fera pas long feu car à son dernier remaniement, le Président Ouattara décide de remplacer Gnamien Konan par Mme Ly Ramata.
Lors de la passation de charge le 18 janvier 2016, le ministre Gnamien Konan comme s’il savait que ce projet rentrerait dans le tiroir a profité pour régler ses comptes en se donnant bonne conscience. Selon lui, alors qu’il avait réussi à obtenir d’un partenaire étranger la livraison d’ordinateurs à coût réduit devant faciliter l’accès à internet aux étudiants, le gouvernement a stoppé net cet élan.
« On m’a demandé de passer par un appel d’offres international incluant les entreprises locales. Je ne sais pas s’il y a des entreprises ivoiriennes qui fabriquent des ordinateurs. Mais, bon… C’est ce qui retarde un peu le projet », a-t- il lâché, invectivant clairement sa hiérarchie.
A son tour, la ministre Ly Ramata, enseignante de formation, décide quant à elle de privilégier la recherche scientifique, domaine négligé par ses prédécesseurs. Dès sa prise de fonction, la ministre fait l’état des lieux des différents dispositifs scientifiques et techniques pour s’enquérir des difficultés auxquelles sont confrontées les travailleurs afin de les aider.

Double discours entre Adama Toungara et Bruno Koné
Le jeudi 14 juillet dernier à Yamoussoukro, le ministre Adama Toungara justifiait au cours d’une conférence de presse après la clôture du séminaire national sur l’énergie que « les augmentations de l’électricité décidées par le gouvernement avaient pour objectif de rechercher un équilibre financier. Et de d’affirmer « qu’un réajustement des tarifs a été décidé par le gouvernement en juillet 2015, suite à des études qui montraient que le secteur de l’électricité allait vers un déficit certain si rien n’était fait».
Une semaine plus tard, au terme du conseil des ministres du mercredi 20 juillet 2016, le ministre Bruno Koné, porte-parole du gouvernement ivoirien est revenu sur l’origine des nouvelles factures distribuées par la Compagnie ivoirienne d’électricité. Lesquelles ont suscité des troubles dans certaines villes de l’Intérieur du pays.
Parlant au nom du gouvernement, il déclare cette fois-ci que « «ces augmentations n’ont pas été autorisées par le gouvernement». Poursuivant, il a soutenu que « le gouvernement ivoirien a autorisé une augmentation de 10% décidée en juillet 2015 au cours du conseil des ministres qui s’est tenu à Odienné. Seulement voilà, «au mois de janvier, sans qu’il y ait la consultation avec l’État, la deuxième tranche d’augmentation a été faite ».
Qui dit la vérité ?

La nécessité d’harmonisation de l’action gouvernementale
On ne fera pas le tour des ministères de l’État de Côte d’Ivoire. A travers ces deux exemples, il apparaît clairement que le gouvernement ivoirien manque de coordination. En effet, nous constatons que chaque remaniement ministériel remet à zéro du chronomètre de l’activité ministérielle.
Or, la continuité des services publics fait partir des règles applicables à tous les services publics, administratifs ou industriels et commerciaux, en application des lois de Rolland (avec le principe d’égalité et le principe d’adaptation).
Avant son élection, un président propose un programme qui est l’ensemble des différentes activités ministérielles à venir. C’est dire que bien avant de nommer un ministre, une feuille de route est établie à laquelle le ministre doit s’y conformer au risque de se voir limoger.
En côte d’Ivoire, c’est tout le contraire. Les ministres, par souci de marquer de leur emprunte leur présence au sein du gouvernement, font valoir un trop grand zèle qui finit par rendre incohérent l’harmonie et la synergie du groupe.
Concernant des remaniements, nous pouvons déduire qu’ils interviennent plus par souci de rajustement politique que pour le besoin de combler les lacunes.
Les résultats s’observent aujourd’hui. A l’heure de la grogne sociale, nous constatons le manque d’harmonisation du gouvernement ivoirien.

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