06012020Headline:

Côte d’Ivoire: la colère d’un ex-militant du Pdci-Rda au RHDP « Ce qui arrive sera plus difficile que ce qui est déjà passé »

On ne dira jamais assez que le régime Rhdp a échoué dans sa mission de réconciliation des Ivoiriens au sortir de la grave crise postélectorale qui a fait officiellement 3000 morts en 2010-2011. Face à la profonde fissure du tissu social au terme de près de 20 ans de crise sociopolitique (du décès de Félix Houphouët-Boigny en 1993 à la présidentielle de 2010), la réconciliation des populations ivoiriennes relevait de l’impératif si l’on avait à cœur de poursuivre la construction de la nation. Cri du cœur des partisans du RHDP sur les réseaux sociaux.

Mais qu’a-t-on constaté chez le pouvoir en place ? Une réelle propension à diviser les Ivoiriens, les dresser les uns contre les autres, casser les différents partis politiques, humilier et traquer ceux de leurs animateurs qui ne s’alignent pas sur la volonté du Rhdp version Rdr, donner du travail prioritairement et majoritairement aux militants du Rhdp, surtout ceux originaires d’une seule région. Et ce, à travers la honteuse politique du « rattrapage ethnique » ou du « tabouret ». Bref, c’est ce visage peu agréable qu’a présenté le pouvoir du président Alassane Ouattara.

Tous les cris du cœur des Ivoiriens pour qu’il en soit autrement sont restés vains. Bien au contraire, plus ceux-ci gémissaient et hurlaient de douleur, plus le régime se durcissait de sorte que les atteintes aux droits humains et aux libertés publiques et privées se multipliaient : arrestation en 2019 du député Alain Lobognon pour un simple Tweet posté ; licenciement de nombreux cadres de l’Administration publique et privée pour non-adhésion au Rhdp unifié ; interdiction de manifestations de l’opposition, (on se souvient encore du meeting conjoint Pdci-Fpi et leurs alliés annulé en décembre 2019), etc.

Si la réconciliation à l’échelle nationale n’a pu se faire sous ce régime, l’on pensait qu’au sein du Rhdp, la cohésion et la solidarité pouvaient au moins être une réalité. Surtout envers les quelques militants des autres partis qui se sont joints au Rdr pour former le Rhdp unifié. Malheureusement, là aussi, c’est la désillusion totale. Et le récent cri du cœur d’un ex-militant du Pdci-Rda, Williams Koffi, vendredi, sur les réseaux sociaux , corrobore à souhait cette affirmation. C’est, en effet, un homme complètement assommé, désillusionné et affamé qui a interpellé les autorités Rhdp transfuges du Pdci-Rda en des propos francs et sincères.

« Ce qui arrive sera plus difficile que ce qui est déjà passé »
« Je suis Williams Koffi, ancien membre du Bureau politique du Pdci. Je voudrais attirer l’attention des ministres, de nos présidents d’institutions, de nos Pca, de nos directeurs généraux, des hauts fonctionnaires de l’administration issus du Pdci-Rda qui sont au Rhdp. Vous nous avez fait miroiter ; vous nous avez fait des promesses ; vous nous avez promis de l’emploi. Rien n’y fit. Nous n’avons rien eu. Nous vous avons fait confiance. Nos amis restés au Pdci nous ont dit que ceux que vous suivez-là, vous n’allez rien recevoir. Aujourd’hui, vous leur donnez raison. Ils se moquent de nous », a posté Williams Koffi.

Et d’ajouter encore plus déçu : « Nous n’avons rien eu pendant tout ce temps. Nous sommes obligés de faire de petites affaires pour survivre. Pendant cette pandémie où toutes les activités sont aux arrêts, même un petit sac de riz, nous n’avons pas eu. Quand nous vous appelons, vous ne décrochez plus. Vous refusez de nous recevoir quand nous allons dans vos différents ministères ».

Williams Koffi ne se prive pas de faire un peu de chantage à leurs leaders : « Vous pensez que vous n’aurez plus besoin des dames qui tenaient de petits maquis et qui ont leurs activités qui sont arrêtées ? Faites attention ! Vous avez laissé vos soldats derrière vous. Ce qui arrive sera plus difficile que ce qui est déjà passé (…) »

Ce cri du cœur suscite deux principales observations. La première observation, c’est de dire à M. Koffi que l’acte de militantisme est un acte par essence sacerdotal ; un acte de conviction et non de marchandage. Cet acte, on le pose pour faire aboutir un idéal, une cause. Et le gain matériel vient en surplus, en bonus. La recherche du gain matériel ne doit donc pas être l’objectif premier du militantisme. Sinon comment tous les militants ayant voté pour un candidat peuvent-ils être servis par celui-ci une fois élu ?

Au Rhdp, on pense d’abord clan avant de penser parti unifié
Le gain matériel issu du militantisme est d’abord d’ordre communautaire, collectif. Et non individuel. On peut militer pour que change une gouvernance décriée, pour que change une dictature et que s’installe la démocratie, pour remplacer un régime corrompu, etc. Mais on ne milite pas pour qu’on distribue à chaque militant des bonbons et autres gadgets au terme du vote. Cela s’appelle du « militantisme alimentaire » qui avilit le citoyen et fragilise la lutte démocratique comme l’on le constate en Côte d’Ivoire, notamment ces dernières années où l’achat de conscience a pris le pas sur la foi, l’intime conviction.

La seconde observation porte sur le fait qu’au Rhdp unifié, les militants continuent de penser d’abord clan avant de penser parti unifié, homogène. C’est ce qui explique que l’interpellation de Williams Koffi s’adresse exclusivement aux cadres issus du Pdci-Rda et non à ceux des autres partis membres du Rhdp (Rdr, Udpci, etc). C’est ce même esprit clanique qui fait que lorsque l’on observe la responsabilisation des cadres du Rhdp, on constate la part belle faite à ceux issus du Rdr. A titre d’exemple, le directoire du parti est coiffé par le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly du Rdr ; quand la direction exécutive est aux mains d’un autre militant du Rdr, Adama Bictogo, pour ne citer que ces deux cas célèbres.

Tout cela se passe de commentaire. Et l’on aura compris qu’au-delà des déclarations lénifiantes, la réalité au sein du Rhdp reste décevante avec une forte tendance au clanisme. Williams Koffi et ses camarades issus du Pdci-Rda auront compris qu’en fin de compte, ils se sont lourdement trompés de voie. Dès lors, ils savent ce qui leur reste à faire. En pareille situation.

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