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Côte d’Ivoire : le communiqué final du 16e jour de ma protestation pacifique contre les emprisonnement sans procès

Alain Logbognon depuis sa cellule de prison lance un message fort à Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire ce vendredi 17 juillet 2020.

En ce 16e jour de ma protestation pacifique contre notre emprisonnement sans procès, que je trouve injuste, illégal et arbitraire, alors que nous restons exposés à la pandémie du Covid-19, j’ai eu le privilège d’avoir atteint mes 52 ans dans ma cellule de prisonnier politique à Agboville.
Quelle joie d’être en vie en prison!
Pourtant d’autres pionniers de la prison politique en Côte d’Ivoire en sont sortis, soit sans vie, soit physiquement diminuer ou psychologiquement marqués à vie, pour d’autres.
Je pense à tous ces pionniers des lendemains des Indépendances que je me réserve de citer ici, afin de ne réveiller ou éveiller la moindre douleur ou un quelconque souvenir de tristesse.
D’ailleurs avec le temps, je crois que Dieu leur a permis d’enfouir en eux tout souvenir tendancieux et de pardonner à leurs bourreaux.

Mais la situation que nous vivons, mes compagnons et moi ressemble fort bien à ce qu’ils ont vécu en prison, au moment où souffraient leurs familles qui ne trouvaient aucune oreille attentive.
Il me souvient qu’en mars 2001, l’un des rescapés de cette époque me fit l’honneur de m’enseigner leur vécu en prison. Et malgré le temps passé, l’histoire semble bien se revivre depuis le 23 décembre 2019.

En souhaitant qu’il en soit de même pour le dénouement, il faut souhaiter qu’à quelques encablures de ses soixante ans d’indépendance, la Côte d’Ivoire ne renonce pas à sa culture légendaire de paix que doit renforcer un État de Droit fort.

La Côte d’Ivoire ne doit donc pas renoncer aux Droits et aux Libertés proclamés le 7 Août 1960 par le Président Félix Houphouët-Boigny.
C’est pourquoi les héritiers du premier président ivoirien se doivent d’apprécier, d’analyser et de se remettre en cause.

Car, ce 16 juillet 2020, l’Humanisme, l’Empathie, la solidarité politique et sociale semblent s’être recroquevillés derrière un silence inexplicable. Je souhaite me tromper.

En attendant des députés de l’actuelle Législature et des responsables et militants de partis politiques restent toujours détenus et malades, privés de soins et de visite médicale.
Alors questions…
La liberté d’expression, les droits politiques et constitutionnels, le Droit de militer librement dans un parti politique, le Droit de choisir et soutenir librement un candidat capable de réconcilier les Ivoiriens et de consolider les fondements d’une Nation sont-ils des crimes? Des crimes de lèse-majesté?

Sans réponse, il nous faut pourtant ne pas ignorer ce qui attend la Côte d’Ivoire, lorsqu’on acceptera tous d’obtenir un consensus autour des conditions, des dispositions réglementaires, des ressources humaines, sécuritaires et financières à mettre en œuvre pour une consolidation définitive et normale de l’atmosphère politique en Côte d’Ivoire en vue de la tenue apaisée des prochaines élections générales.

Les prochaines échéances électorales, en tant que responsables politiques emprisonnés, nous voulons y prendre part.

C’est pourquoi, en décidant d’entamer cette grève de la faim, je voulais prendre à témoin toute la Côte d’Ivoire de la Paix, car des Ivoiriens ont déjà payé de leurs vies pour préserver des Droits et des Libertés au Peuple de Côte d’Ivoire.

Je ne cesse de réclamer ma libération et celle de mes amis. Car rien ne justifie notre détention dans des prisons où nous restons privés de notre Droit à la vie.

Est-ce parce que nous sommes tous membres du mouvement citoyen Générations et Peuples Solidaires ou c’est notre proximité avec le Président Soro Guillaume, candidat déclaré à l’Election présidentielle du 31 octobre 2020 qui nous maintient en prison, alors que nous n’avons commis aucun délit?

La Côte d’Ivoire doit mettre fin aux détentions abusives, illégales et arbitraires d’opposants politiques.

La Côte d’Ivoire ne doit pas s’enfoncer dans une nouvelle crise politique et institutionnelle. Il faut à notre pays de nouveaux paradigmes basés sur une vraie concertation entre tous les acteurs politiques y compris tous les acteurs politiques encore détenus.

Aussi, ce jour de mes 52 ans, depuis ma cellule de prisonnier politique à Agboville, j’en appelle à la réaction du Président de la République et je lui demande de faire respecter son serment constitutionnel.

Monsieur le Président de la République,
Mettez fin à nos détentions. Car vous êtes le seul à détenir le contrôle effectif du pouvoir judiciaire en Côte d’Ivoire, depuis que les experts choisis pour élaborer la Constitution de la Troisième République, ont retiré aux Juges ivoiriens tout pouvoir de rendre la justice aux citoyens.

La justice, qui auparavant, sous votre 1er mandat était constitutionnellement outillée pour stopper les dérives et les abus qui sont aujourd’hui imposés à Cinq Députés et à plusieurs responsables et membres de partis politiques de l’opposition ivoirienne, est aujourd’hui méconnaissable.

Monsieur le Président de la République,
Tout le monde autour de vous le dit. Il se dit que vous le savez.
Bien qu’ayant cessé de marcher dans vos pas, vous connaissez très bien le caractère mien et mon engagement en faveur du respect des Droits humains, des Libertés politiques et citoyennes, et du respect de la personne humaine.

Au sein du Gouvernement, je réclamais une Justice au service du Peuple ivoirien. C’est cette Justice que je continue, depuis ma cellule de prison, de réclamer pour moi et pour mes camarades injustement détenus. Surtout que notre arrestation m’a rappelé un jour du 27 octobre 1999, lorsque furent arrêtés plusieurs membres de la Direction du RDR, parti politique où vous m’avez connu.

Monsieur le Président de la République, vous avez le devoir de réagir parce qu’il s’agit de la Côte d’Ivoire. Je sais que vous êtes en deuil à l’instar de toute la République d’ailleurs.

En ces moments de deuil national, je voudrais témoigner et rendre hommage à mon Ainé, le Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly que j’appelais affectueusement « SG » et qui me le rendait toujours par « L.BOGNON ».

Amadou Gon est mort au travail comme je l’ai connu à la tâche dans le parti que nous avons, ensemble, servi dès 1994 au moment où il était périlleux de se réclamer du RDR.

Il part rejoindre, à 61 ans, comme son Père et le 1er Secrétaire Général du RDR, Djéni Kobina, eux aussi morts à 61 ans, ceux qui ont goûté avant les Vivants, à la Mort.
« SG » est parti avec les secrets de nos échanges, à trois, avec le Président de la République, le jour de mes 47 ans, le 16 Juillet 2015.

J’aurais tant voulu être aux côtés de sa famille biologique, au moment où il rejoint à Korhogo, la Terre de ses ancêtres. Mais hélas! Je suis un Citoyen ivoirien en détention.

A sa mère, à ses enfants et à son épouse, je présente, depuis mon cachot, mes condoléances et toute la solidarité que je leur témoignais lorsqu’ils m’ont connu Libre.

« SG, repose en Paix ! Ton L.BOGNON. »

Pour finir, après seize jours de privation de nourriture, privation qui visait à réclamer la fin de nos détentions, j’ai mis fin, ce jeudi 16 juillet 2020, à cette protestation pacifique apprise auprès de la Grande Chancelière, Madame Henriette Dagri Diabaté.

Le Professeur Henriette Dagri Diabaté protestant contre son empêchement de sortir du pays par la Junte militaire, avait observé quelques heures de grève de la faim dans l’enceinte de la Cathédrale Saint Paul du Plateau à Abidjan. C’était le mercredi 4 octobre 2000.

Ma décision fait suite aux requêtes de ma Mère, de mon Epouse, de mes Filles et des membres de ma Grande Famille, à qui j’ai imposé des peines sans leur consentement et leurs avis préalables.

Que le bon sens anime tous les décideurs, et leur permette d’entendre les cris et les appels des familles meurtries par la détention sans procès de leurs proches, depuis plusieurs mois.

Rien n’empêche de renoncer aux violations que nous avons hier combattues.

J’en appelle également à la classe politique dans son ensemble et je l’invite à la culture des vertus de la solidarité et de l’humanisme en Politique.

En Côte d’Ivoire, nul ne doit croire qu’un adversaire politique en prison ou en exil, est une chance de plus pour gagner une élection. Ce serait gravement se tromper. Car la Démocratie a horreur des injustices, de la tricherie et des coups bas.

Loin de nos familles, la vie d’otages qui nous est imposée depuis le 23 décembre 2019, ne doit pas nous pousser à renoncer à nos Droits et à nos Libertés politiques et constitutionnelles.

En tout état de cause, mes amis et moi avons librement choisi de soutenir une cause juste qui repose sur la tenue d’élections justes, inclusives et démocratiques dans notre pays.

C’est cette seule voie qui nous conduira au Pouvoir d’Etat. Les autres procès qui nous sont faits sont totalement infondés et ne reposent sur aucune preuve matérielle légale.

Dieu protège notre Côte d’Ivoire.

Alain LOBOGNON, Député – Ancien Ministre.
Prisonnier politique ivoirien.

Fait à Agboville, le 16 Juillet 2020.

Sapel MONE

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