06062020Headline:

Côte d’Ivoire: « Le procès Gbagbo à la CPI n’a pas pour but de le condamner, mais de l’écarter de l’espace politique ivoirien », Doumbia Major

Justice, génocides et crimes de guerre : une réflexion de Doumbia Major inspirée du procès Laurent Gbagbo et Blé Goude par la CPI.

Quand on juge des génocides selon la méthodologie de la responsabilité directe des acteurs, il est évident que le procès ne peut s’achèver que par des acquittements, car il est rare qu’on puisse trouver des traces d’ordres directs données, en vue de faire massacrer d’autres compatriotes sur la base de leurs origines ou ethnies.

Aucun chef d’état ou leaders politiques qui se retrouvent à la tête d’une milice tribale, ne peut se hasarder à laisser derrière lui des traces de ce type qui puisse être utilisées un jour contre lui. En tous cas, ce n’est pas l’historien Gbagbo qui ferait cette erreur.

Les guerres ethniques sont entretenues et causées par un environnement de haine qui est créé et entretenu, par une idéologie et par des discours de haine, ou des discours xénophobes contre des étrangers ou certains compatriotes qu’on assimile à des étrangers. Ces messages de haine passent souvent subtilement ou de manière brute, par des médias et par des relais et réseaux militants.

Ce sont les auteurs et acteurs principaux de ces idéologies de haine et de cet environnement créé qui sont les responsables des crimes ethniques qui surviennent par la suite, puisque ce sont eux les cerveaux qui arment les bras des esprits fragiles qu’ils manipulent et qui seront les exécutants.

Tous ces leaders criminels de guerres ethniques sont des gens très informés et qui savent qu’ils peuvent être poursuivis après leurs forfaits pour crimes contre l’humanité. C’est la connaissance des conséquences juridiques de leurs actes qui fait qu’ils ne donnent aucun ordre directement et de manière explicite et ils ne laissent aucune trace des ordres qu’ils donnent pour commettre des crimes ciblés sur des gens d’un groupe ethnique donné.
Ils sont plus subtiles et plus fins que ce qu’on croit d’eux, en se disant que parce que ce sont des criminels, ils ne sont pas minutieux et qu’ils ne prennent pas de précautions pour se prémunir des conséquences juridiques possibles de leurs actes. Bien au contraire !

C’est ce que les européens ont compris quand il s’agissait de juger pour les crimes de l’ex-Yougoslavie. Les procès ont été faits selon la méthodologie de la responsabilité hiérarchique et non selon la méthodologie de la responsabilité directe, car on savait d’avance qu’il n’y aurait pas de coupables si on avait choisi la seconde méthodologie.

C’est malheureusement ce qui n’a pas été le cas pour le procès Gbagbo, par la faute d’un procureur visiblement incompétent, qui croyait naïvement pouvoir prouver la culpabilité directe des accusés dans une guerre qui se faisait sous fond tribal et identitaire.

Cet échec et cette erreur d’appréciation du procureur dans l’affaire Gbagbo-Blé Goude, ouvre la porte à un précédent dangereux, pour les populations en Afrique.

Comme on peut faire tuer des gens et dire que comme on a pas vu les preuves directes des ordres qu’on a donnés, on peut être libre, cela veut dire qu’il n’y aura jamais de condamnés en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays africains, lorsque les gens vont se massacrer, puisque les mots d’ordres vont toujours être donnés de manière codée et cachée.

Les génocidaires diront à leurs partisans : Agissez on va déplorer après, et on va même faire semblant de condamner ; dans tous les cas, personne n’ira en prison, tant qu’il n’y aura pas de preuves formelles et matérielles.

Tous les humanistes, ainsi que chaque citoyen qui vit en Afrique où les schismes ethniques sont prégnants dans la sphère politique, devraient s’inquiéter de ce qui s’est passé à la Haye lors du procès Gbagbo, car c’est un mauvais signal qui vient d’être donné aux africains, à travers ce procès conduit selon une méthodologie dont l’échec était programmé.

Mon avis sur ce procès pour lequel la méthodologie suivie, permettait de prédire le résultat est le suivant :
Je crois que ce procès n’avait pas pour but de condamner Gbagbo et de dissuader d’autres crimes de guerre et crimes ethniques en Afrique, mais simplement de perdre son temps dans un semblant de procès qui avait pour but de l’écarter de l’espace politique nationale ivoirien, et de le relâcher après pour absence ou insuffisance de preuves.

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