07272017Headline:

Côte d’Ivoire: Nouveau gouvernement Duncan III/ : Ces doublons qui gonflent l’effectif des ministres

nouveau gouvernement

Du neuf avec du vieux

Et voilà le gouvernement Duncan III, la deuxième équipe du Premier ministre sous le régime d’Alassane Ouattara. Elle était attendue depuis le mercredi 6 janvier dernier. Date à laquelle Daniel Kablan Duncan, après avoir rendu sa démission et celle de son gouvernement, a été reconduit et instruit d’engager des consultations pour en former un nouveau.

Une semaine après, ces consultations ont livré leurs conclusions. La nouvelle équipe gouvernementale est connue depuis hier. Pas grand-chose n’aura, en effet, changé de l’équipe qui était aux affaires jusqu’à sa démission, le mercredi dernier. Vu le temps mis pour remettre ce nouveau sur pied, les Ivoiriens avaient parié, pour la plupart, sur un gouvernement profondément remanié à découvrir. Certains ont été confortés dans les orientations données par le président de la République lui-même sur ce qui devrait caractériser ses futurs collaborateurs. Alors en pleine campagne pour l’élection présidentielle en octobre dernier, le chef de l’État avait promis, s’il était réélu, de faire beaucoup plus de places aux jeunes et aux femmes dans son prochain gouvernement. Des repères qui ont alimenté toutes les supputations sur la formation de l’équipe Duncan III en pronostiquant sur les âges de certains ministres et leur longévité aux affaires. Mais, à l’arrivée, tous ces pronostics ont été déjoués. Le président de la République et son Premier ministre, soutenus par le président du Pdci-Rda, Henri Konan Bédié, président de la Conférence des présidents du Rassemblement des Houphouëtistes (Rhdp, coalition au pouvoir) n’auront pas opéré grand changement. Ils ont opté de faire du neuf avec du vieux en reconduisant la même équipe, à l’exception de cinq ministres sortants, remplacés par neuf entrants. Cissé Bacongo, Albert Agré, Coulibaly Gnénéma, Charles Diby Koffi et Babaud Darret ont dit leur adieu au gouvernement. Outre ces 5 ministres débarqués, le reste du réaménagement n’aura été qu’un simple jeu de chaise musicale. Des membres de l’ancien gouvernement ayant cédé leurs postes à d’autres, et vice-versa, en plus de certains postes ministériels émiettés pour certainement faire de la place aux entrants. Si l’on s’en tient au format, en effet, le gouvernement actuel s’est accru en membres. En plus des membres du cabinet du chef de l’État ayant tous rang de ministre et même de ministre d’État pour certains, la nouvelle équipe dirigeante culmine à 43 membres contre 36 pour la précédente. Elle comporte également 9 femmes contre 5 dans le gouvernement précédent. Soit une avancée significative dans le respect du quota imposé par le genre. Il en est de même sur le plan géopolitique où l’on peut reconnaître en cette équipe composite un reflet quasi-total de tous les points cardinaux de la Côte d’Ivoire. Pour satisfaire le maximum de personnes, cependant, ce gouvernement Duncan III présente une tare qui, si l’on n’y prend garde, pourrait poser quelques soucis dans son fonctionnement. Des ministres, se retrouvant quasiment avec les mêmes attributions, pourraient se marcher sur les pieds, voire se livrer bataille comme on a pu s’en apercevoir entre des membres dans des gouvernements passés. Par exemple, le Premier ministre devra veiller à une nette démarcation entre le porte-feuille de l’Habitat et du logement social et celui de la Construction et de l’Urbanisme. Le même constat peut se faire au niveau du département de la Promotion de la Jeunesse, de l’Emploi des Jeunes et du service civique, celui de l’Entrepreneuriat national, de l’artisanat et de la promotion des Pme et le porte-feuille de l’Emploi et de la protection sociale voire le ministère de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration. Des départements éclatés dont les activités pourraient s’entre-choquer sur le terrain. Au delà, c’est un gouvernement qui pourrait peser davantage sur les caisses de l’État, au regard de la pléthore des ministres qui en font partie.

 

Une équipe sur fond de référendum et de calcul politique

Çà ne pouvait surprendre personne, du moins les observateurs attentifs de la situation socio-politique en Côte d’Ivoire, que le président Ouattara et le Premier ministre Duncan n’aient opéré grand changement dans le nouveau gouvernement rendu public hier. Initialement, le chef de l’État avait donné des indices d’un profond changement qu’il entrevoyait d’effectuer. Mais, au finish, le président de la République a préféré maintenir ses hommes avec lesquels il a terminé son premier mandat. Au regard du contexte, en effet, il ne pouvait en être autrement dans l’option du chef de l’Exécutif ivoirien qui annonce pour les prochaines semaines, des challenges politiques très déterminants. Alassane Ouattara, le candidat réélu du Rassemblement des Houphouëtistes (Rhdp, coalition au pouvoir) à l’élection présidentielle du 25 octobre dernier, a besoin d’une forte cohésion autour de lui pour réussir le référendum qu’il a lancé dès le renouvellement de son mandat. Idem pour le projet de « parti unifié » qu’il peaufine savamment dans l’ombre avec son « ainé » Henri Konan Bédié, le président du Pdci-Rda, son principal allié. D’ailleurs, l’héritier du plus vieux parti sur l’échiquier politique ivoirien aujourd’hui n’aura pas été étranger au maintien de la quasi-totalité de l’ex-équipe de Kablan Duncan. L’on se souvient de la séance de travail déterminante que les présidents Bédié et Ouattara ont eu le lundi dernier, à la veille de la publication de la liste du gouvernement, pour y mettre les dernières touches. Cette rencontre aura été l’occasion pour les deux ténors de plancher sur les enjeux politiques à venir. Des questions préoccupantes pour lesquelles ils ont du convenir de garder les ministres à leurs postes, un profond remaniement pouvant entraîner des frustrations, des démotivations, et pourquoi pas des adversités de la part de certains alliés des petites formations membres du Rhdp. En maintenant son équipe unie, c’est un Alassane Ouattara fort du soutien de tous ses cadres qui va bientôt se lancer dans la réforme de la Constitution ivoirienne, mais aussi la création du « parti unifié » inspiré par le président du Pdci-Rda, Henri Konan Bédié. Outre ces questions préalables, les deux ténors du Rhdp devraient avoir en ligne de mire également, les élections législatives à venir. La Coalition au pouvoir aura besoin de sa cohésion pour aborder cette échéance à laquelle l’opposition, déchue à la joute présidentielle passée, semble se préparer sérieusement. Ces challenges à venir ont certainement pesé dans le schéma des présidents Bédié et Ouattara qui, malgré leur volonté affichée d’un rajeunissement de la classe politique en opérant une cure de jouvence dans l’équipe dirigeante, ont du se résoudre à recomposer avec les caciques de leurs formations politiques au gouvernement. Toute chose qui pourrait laisser entrevoir un autre véritable remaniement à la fin de cette année ou en début de l’année prochaine.

 

Félix D.BONY

L’inter

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