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Côte d’Ivoire: “Ouattara dans la sauce-Le pouvoir et l’autorité deux choses totalement différentes”/les explications du Dr Serge-Nicolas NZI

I – Le pouvoir et l’autorité sont deux choses totalement différentes. On peut avoir le pouvoir sans avoir la moindre parcelle d’autorité. Les deux allant de paire l’un sans l’autre vous expose à des fuites en avant et finalement à la chute. Un chef doit être avant tout une référence morale pour son pays et ses compatriotes. C’est de là que nait son autorité qui pousse ses compatriotes à le respecter, à lui obéir et à le considérer comme leur chef. On peut donc avoir le pouvoir de tuer, de pendre, de pousser de nombreuses personnes en l’Exil

On peut nommer son fils, sa sœur, son oncle, sa nièce ou son frère à des postes ministériels ou à la tête des entreprises publiques. C’est une manière clanique et clientéliste de gérer un pays mais ce n’est pas de l’autorité. Mobutu au Zaïre, Habyarimana au Rwanda, Sani Abasha au Nigeria, Omar Bongo au Gabon et autres Bokassa en Centre Afrique, se souviennent tous dans le noir de leur tombe que l’autorité leur avait sérieusement manqué durant les règnes minables qu’ils ont exercés dans leur pays.

Des exemples de faillites en grandeur nature existent donc sur cette terre pour nous rappeler qu’il y a ici bas des voies sans issues qu’il faut éviter d’emprunter quand on veut conduire la vie d’un pays. Cette idée de privatiser l’armée ivoirienne en la transformant en une milice au service du pouvoir politique contre les autres ivoiriens est une absurdité et une aberration digne de la période tragique du mobutisme.

Le dernier premier ministre du Zaïre était le général Likulia Bolongo, le chef d’Etat Major des FAZ, était le général Mahélé Lieko, le commandant de la division spéciale présidentielle la DSP, garde prétorienne de Mobutu, était le Général Nzimbi, le neveu du président, le commandant de la garde national était, le général Kpara Baramoto, l’oncle du président, le commandant de la marine zaïroise était l’amiral Mavoua, le directeur du cabinet présidentiel était le Pr Vunduawé Pémako, le médecin du Président était le Pr Diomi. Toutes ces personnes appartenaient au groupe ethnique des Ngbandis de la région équatoriale du Zaïre. Ils furent les premiers à abandonner Mobutu en fin de course.
Les 75% des soldats des unités militaires zaïroises étaient des Ngbandis. Et pourtant cela n’a pas empêché la chute, la fuite et la mort de Mobutu en exil.

Alassane Ouattara est aujourd’hui dans la sauce, pour avoir cru comme Mobutu que ses liens extérieurs étaient suffisants pour faire de lui le président à vie de la Côte d’Ivoire. Henri Konan Bédié avait pensé la même chose avant qu’une mutinerie ne le ramène sur terre le 24 décembre 1999.

II – Mutinerie et déliquescence de l’armée ivoirienne

Alassane Ouattara a infantilisé l’armée ivoirienne en transposant sa vision ethnique et tribale de la vie politique dans une société militaire ou la hiérarchie, la discipline et la fraternité de l’esprit de corps sont à la base de l’esprit militaire. Comment a-t-on pu écarter sans ménagement tous ces officiers supérieurs de l’armée ivoirienne formés dans les meilleures académies militaires pour promouvoir des Soumaila Bakayoko, les Sékou Touré, Vako Bamba, Cherif Ousmane et autres Wattao ?

Le manque de discipline et de cohésion au sein des différents corps de l’institution militaire ivoirienne est aujourd’hui une réalité qui nous fait dire que cette armée est à son propre service et non au service de la protection des biens et de la personne ivoirienne.

Quelle est la valeur d’une armée dans laquelle on a instauré une politique partisane de mépris pour les uns et de faveurs pour les autres. Que restera t-il de l’armée ivoirienne quand on a tué son esprit de corps, sa fraternité d’arme et sa solidarité de corps ? Ainsi donc l’humiliation, la méfiance, la délation, le bouleversement de la hiérarchie, des frustrations, des officiers qui se détestent au milieu des hommes de troupes revanchards qui attendent le moment venu pour solder les comptes.

Voilà l’image minable de l’armée ivoirienne, rongée de l’intérieur par le mal pernicieux dont les métastases sont visibles à l’œil nu. On a l’impression que le gouvernement ivoirien ignore le rôle fédérateur de l’armée dans un pays. En y introduisant, la politique, l’ethnie, la religion et la région dans l’armée ivoirienne, on a détruit le ciment qui fonde notre système de défense national.
Comment une armée qui n’a aucune discipline peut-elle faire face à une attaque militaire et défendre le pays en cas de guerre ? Les mutineries se multiplient, on se demande toujours à quand la prochaine. Ceux qui ont été démobilisés ont gardé leurs armes, pour les utiliser à leur compte. Ils se soulèveront eux aussi le moment venu car ils ont eux aussi contribué à installer Alassane Ouattara au pouvoir. Les médecins, les infirmiers, les professeurs peuvent faire des grèves, ils n’auront pas de satisfaction. Mais Alassane Ouattara trouvera l’argent nécessaire pour les zozos et les gogos issus comme lui du nord de la Côte d’Ivoire.

III – Ethnie et gouvernance civile et militaire

Quand on fait de l’ethnie la base de la gouvernance d’un pays, on oblige le citoyen à rechercher l’arnaque ethnique dans son quotidien et dans sa vision de la société. On est allé jusqu’à faire en sorte que la moitié du gouvernement soit des gens originaire du nord, il y a même des ministères ou du chauffeur au planton au ministre et la plupart des chefs de services sont des nordistes. Certains n’hésitent pas en pleine séance de travail à échanger dans leur langue en oubliant qu’ils sont au service de l’intérêt national.

Celui qui écrit ces lignes n’a jamais été un houphouetiste, force est de constater cependant que c’est sous le président Félix Houphouët-Boigny, que Ouattara Thomas d’Aquin fut chef d’Etat major de l’armée ivoirienne, ainsi que Bertin Zézé Barouan, les généraux Coulibaly, Ouassénan Koné, Félix Ory, général Bléouan, Palenfo, Youssouf Koné et autres Guei Robert, avaient tous servi l’armée ivoirienne à une époque ou l’esprit militaire et la défense de la nation avait un sens dans l’armée ivoirienne. Aucun Baoulé n’a été chef d’Etat major de l’armée ivoirienne jusqu’à ce jour.

Aujourd’hui c’est une armée de petits truands dont certains étaient des repris de justice évadés des prisons à la faveur de la crise postélectorale de 2011 et qui se sont retrouvés dans l’armée pour les besoins et la seule cause d’Alassane Ouattara. C’est eux qui ont mis leur mentor dans la sauce. Et cette fois ce n’est plus la sauce arachide avec du riz cuit sans de l’huile. Non, ils nous disent d’améliorer leurs repas dans les casernes. Ils nous parlent d’une bonne sauce graine, accompagnée de viande, du poisson avec du riz gras et une salade en entrée et que la caserne s’arrête à l’heure de la prière musulmane. Ceux qui pensent avoir résolu le problème avec quelques billets de banque se trompent.

Ils reviendront dans quatre mois quant-ils auront fini de dépenser ce qu’ils on déjà reçu. Ils prendront les jeux de la francophonie en otage pour parachever l’humiliation de la Côte d’Ivoire et du rattrapage ethnique instauré par son président. Les liens ethnique et religieux entre le sommet de l’Etat et les mutins ont fini par annihiler la capacité de réaction du gouvernement face aux mutins.
Les mutins ont les armes et en font ce qu’ils veulent face à un État tenant à peine debout sur des béquilles et obligé de satisfaire les exigences des zozos qu’il a créée lui-même. À ceux qui ne nous croient pas, nous leur indiquons ici ce que sera la prochaine mutinerie que le renseignement militaire, le ministre de la défense et le président de la république ne voient même pas venir.

IV – Construire la paix chez les ivoiriens

Ils sont nombreux en Côte d’Ivoire à ne plus croire en la paix, car ils ne voient pas au quotidien le gouvernement poser des actes qui rapprochent les ivoiriens. Passer son temps à diviser les ivoiriens en croyant que la survie du régime repose sur un groupement d’intérêts politiques et ethno régional, est totalement un non sens. Notre liberté de penser et le fait de n’avoir jamais goutter au pain moisi des pouvoirs politiques ivoiriens nous met à l’aise pour le dire sans nous encombrer de salamalecs.

Les conditions de la recherche et du maintien de la paix en Côte d’Ivoire relèvent de la responsabilité des ivoiriens dans leur ensemble et de l’Etat de Côte d’Ivoire. Cela suppose la réalisation de certains préalables par l’Etat.

– A) L’élimination des préjugés d’ordre ethnique, clanique, religieux, économique, social ou culturel ;
– B) La reconnaissance de l’égalité et de la dignité de tous les ivoiriens comme un impératif national.
– C) L’élimination de la peur, de la méfiance, de la haine, des injustices et frustrations qui brisent l’unité et la cohésion nationale.
– D) Le renforcement de toutes les actions en faveur de l’égalité entre les ivoiriens, promouvoir la tolérance et la solidarité comme facteur de paix sociale.
– E) Et enfin le recours au dialogue constructif loin de l’arrogance comme voie pacifique, juste et efficace pour l’instauration d’une paix juste et durable en Côte d’Ivoire.

Comme vous le constater la paix a un contenu positif qui est d’abord l’exigence d’équilibre et d’harmonie intérieure des individus. Elle est aussi l’exigence de liberté, de justice et de solidarité à l’intérieur de chaque nation. Ainsi perçue, la paix est un état d’esprit, un ensemble de valeurs, une éthique et un comportement qui devrait guider la conduite des ivoiriens, des groupes sociaux et surtout du gouvernement ivoirien.
Tous ceux qui siègent au gouvernement et qui assistent sans rien dire aux nominations ethniques qui ont fini par démembrer l’armée ivoirienne sont collectivement responsables du chaos qui est à nos portes. Tous ceux qui mettent des barrières devant l’épanouissement collectif pour promouvoir par la corruption des marchés de gré à gré au profit de leur clan tribal ont une grande responsabilité dans la déchéance actuelle de la Côte d’Ivoire.
Il y a aujourd’hui des situations insupportables dans l’administration publique ivoirienne. Des chefs de services ayant leurs supérieurs hiérarchiques sous leurs ordres. Cela est visible dans tous les corps au nom du tribalisme. Il faut en finir aujourd’hui et maintenant avec cette balkanisation du pays qui strates après strates va finir par paralyser et achever l’existence de notre nation.

V – Postulat de conclusion générale

Les soldats mutins ont finalement gagné au loto. L’armée ivoirienne telle qu’elle se présente aujourd’hui avec sa division entre FDS et FRCI, est totalement inopérante. L’union du peuple et de son armée a volé en éclat par la faute de la vision mesquine d’Alassane Ouattara lui-même. C’est à la fois l’échec d’une vision, l’échec personnel d’un homme et d’un système. Une armée politisée et tribale avec la distribution des grades non pour des faits d’armes mais par clanisme et népotisme est un danger pour le pays. Voilà pourquoi Alassane Ouattara a échoué et se trouve dans la sauce des mutins.
Il faut vite repenser la place de l’armée ivoirienne au sein de l’Etat et sa place dans l’évolution de la société ivoirienne. N’ayant pu être une armée de brassage national, elle n’a pu aussi contribuer à l’instauration de l’Etat de droit. Les plantations et domiciles privés occupées jusqu’aujourd’hui par des militaires se réclamant du groupe ethnique du président de la république. Sans parler de mines d’or exploitées à titre personnel par des militaire issus de la rébellion au nez et à la barbe d’un Etat castré, impuissant et impotent, tout cela fait désordre et brise la confiance du citoyen vis-à-vis de l’Etat partial, hautain, médiocre et mesquin.
L’armée ivoirienne doit adhérer à l’instauration de l’Etat de droit. Cela passe par la légitimité du pouvoir. Dans le cas de la Côte d’Ivoire qu’elle est la légitimité si elle ne nait pas dans les yeux de tes propres compatriotes. Croire qu’on a les FRCI avec soit, la commission nationale électorale indépendante avec soit. Konan Bédié et sa propriété le PDCI-RDA avec soit, tout cela ne suffit plus pour être légitime dans un pays ravagé par la rancœur, la haine et la méfiance.

Le pouvoir provient de la volonté du peuple, imposer un pouvoir tribal ou clanique par la force c’est revenir à l’expérience de la compagnie Duvalier en Haïti, qui est d’exercer le pouvoir sans avoir l’autorité, qui nous le rappelons ici, est l’influence grâce à laquelle on se fait obéir par les autres. Etre un président sans autorité est très humiliant face à une mutinerie, une grève ou une révolte dans une partie du pays.
Voilà pourquoi l’arrogance, la suffisance et le replie sur soit et sa région provoquent la méfiance des ivoiriens vis-à-vis de Ouattara et de ses alliés. L’humilité, la capacité d’écoute, la simplicité et l’ouverture vers les autres n’existent plus dans le champ politique ivoirien. Il faut ramener ces valeurs dans l’espace publique maintenant et tout de suite. Dans cette recomposition nécessaire ; – la subordination de la force armée au pouvoir civil, avec une séparation très nette entre pouvoir politique et fonction militaire. Le pouvoir politique bénéficie des forces armées dans la conduite des affaires de la nation et non le contraire. Tous les militaires qui veulent faire de la politique doivent quitter l’armée et solliciter un mandat politique.

Désengager l’armée ivoirienne des partis politique afin d’assainir l’institution militaire pour lui confier des taches de défense nationale. Ce sera le retour des militaires dans leur caserne pour permettre la civilianisation du pouvoir politique qui débarrassé de ses peurs aura un mandat politique au service des ivoiriens et non la quête d’enrichissement personnel, ou le chef de l’Etat est perçu dans les yeux de ses compatriotes comme un vulgaire petit intermédiaire entre les multinationales amies Bouygues, Bolloré et consorts.

Sauver le soldat Alassane Ouattara, sortir Ouattara de la sauce ou de la fosse aux lions passe par cette équation et nous ne nous sommes pas gêné de vous livrer ici le fond de notre pensée. La réconciliation du peuple et de son armée, est un impératif de sortie de crise et cela n’est pas démenti par notre histoire récente et notre envie de paix.

<< La guerre, c’est la guerre des hommes ; la paix c’est la guerre des idées>>

Victor Hugo, nous amène ici à faire don de ces sages paroles à tous ceux qui veulent croire que demain est encore possible pour rassembler tous les ivoiriens afin de reforger l’unité nationale de la Côte d’Ivoire.
Tel est notre sentiment sur la gouvernance ivoirienne et les mutineries sans fin de son armée nationale totalement liquéfiée.
Merci de votre aimable attention.

Dr Serge-Nicolas NZI
Chercheur en communication
Lugano (suisse) te. 0041792465353
Mail. nicolasnzi@bluewin.ch

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