06062020Headline:

Côte d’Ivoire: « Ouattara pourrait encore rester au pouvoir comme Gbagbo en 2005 à cause de la pandémie », Venance Konan

M. Maurice Kakou Guikahué, le secrétaire exécutif du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) a demandé l’arrêt du processus d’identification des populations en vue de la délivrance des cartes d’identité, à cause, écrit-il dans le quotidien Le Nouveau Réveil, de « sa dangerosité pour la vie des populations en cette période de pandémie du Coronavirus (Covid-19) ».

Cela fait longtemps que quelques partis politiques s’opposent au processus d’identification des populations. Bien avant que la pandémie du Covid-19 ne commence à sévir sérieusement dans le pays, des centres d’enrôlement avaient été détruits et des manifestations organisées dans certaines localités pour protester contre ce processus. Et depuis que la pandémie a amené les pouvoirs publics à prendre des mesures de protection des populations telles que la distanciation sociale, le lavage fréquent des mains ou le port de masque, une certaine opposition s’en sert comme prétexte pour demander l’arrêt des opérations d’identification. Que veut-elle exactement ? C’est un fait que les cartes d’identité doivent être renouvelées. S’il est vrai qu’elles servent à se faire enrôler sur les listes électorales, elles sont également nécessaires pour plusieurs autres actes de la vie de tous les jours. Je suppose que le souci principal de l’opposition concerne l’enrôlement sur les listes électorales. Nous n’en sommes pas encore là. Mais veut-elle vraiment que cela se fasse ? Sinon, quelle est sa stratégie ? Qu’espère-t-elle gagner si ses militants ne se font pas établir de cartes d’identité et que de ce fait ils ne peuvent pas s’inscrire plus tard sur les listes électorales ? En quoi la situation actuelle empêche-t-elle les procédures d’identification ? Nous ne sommes pas confinés chez nous comme dans certains pays africains et européens, nous sortons, nous empruntons les transports publics, nous allons encore au travail, au marché, au supermarché. On continue d’établir des actes de naissance, de se marier, et donc d’établir des actes de mariage. Des mesures de sûreté ont été édictées, mais en quoi empêchent-elles les opérations d’identification ? Apparemment une partie de notre opposition ne veut pas aller à l’élection présidentielle et elle cherche tous les prétextes pour justifier cela. Si elle ne veut pas de l’opération d’identification maintenant, cela veut-il dire qu’elle est d’accord pour un report des prochaines élections ? Il semble que ce soit son désir secret. Voyons la situation actuelle de cette opposition.

Au PDCI-RDA, Henri Konan Bédié est dans une situation difficile depuis que le Président de la République a annoncé qu’il ne briguera pas de troisième mandat. La perspective d’une candidature du Chef de l’Etat servait d’argument à Bédié pour justifier sa propre candidature. Mais comment expliquer aujourd’hui qu’il veuille être encore candidat, si Ouattara ne l’est plus ? Il doit maintenant savoir que s’il annonce sa candidature, il risque de perdre le peu de militants qui lui reste. Parce que si bon nombre de ces derniers veulent bien s’opposer au pouvoir de M. Ouattara, ils ne sont pas pour autant partants pour soutenir la candidature d’un homme de 86 ans qui a déjà fait son temps. Mais le second dilemme pour le PDCI-RDA est de trouver un autre candidat à la place de Bédié. Ce ne sont pas les velléités qui manquent. Mais qui ferait consensus ? C’est là la question. Il faut donc gagner du temps. Certains rêvent en ce moment à haute voix d’une candidature de Tidjane Thiam, l’ex patron du Crédit Suisse qui fut ministre de Bédié il y a vingt et un ans. Il jouit actuellement d’un grand capital de sympathie auprès de ses compatriotes, il a beaucoup de relations bien placées dans le monde et beaucoup de moyens financiers. Mais a-t-il seulement l’envie de revenir dans notre marigot politique ? Bédié et les autres caciques du PDCI-RDA seraient-ils disposés à lui laisser la place ? Au Front populaire ivoirien (FPI), le monde est suspendu à la décision de la Cour pénale internationale sur le sort de Laurent Gbagbo. S’il n’a pas la possibilité de revenir participer à l’élection présidentielle, il est fort à parier que son parti s’en désintéressera. Affi N’guessan se porterait alors candidat, mais sans le soutien de ceux pour qui c’est « Gbagbo ou rien. » L’espoir de ces partis politiques est que les choses traînent jusqu’à ce qu’ils trouvent une occasion pour que l’on soit obligé de mettre en place une sorte de gouvernement de transition auquel ils participeront et où toutes les cartes seraient rebattues. Ils avaient espéré pouvoir mobiliser du monde contre un troisième mandat du président Ouattara, mais celui-ci leur a coupé l’herbe sous les pieds. Ils ont cherché ensuite à utiliser l’établissement des cartes d’identité. Mais le coronavirus est venu mettre fin à toutes les manifestations de foules.

Quoi qu’il en soit, toutes les cartes sont rebattues malgré nous, car j’ai bien peur que la pandémie de Covid 19 ne nous oblige à consentir à un report des prochains scrutins.

Effectivement, si la situation actuelle ne nuit aucunement à l’opération d’identification, elle risquerait par contre de rendre l’organisation d’une élection problématique, si elle se prolongeait, et surtout si le nombre de personnes contaminées ou décédées se mettait à croître.

Le Mali qui a organisé des législatives ces temps-ci a enregistré un taux de participation très faible et essuyé de nombreuses critiques. Notre seul espoir de pouvoir organiser la présidentielle en octobre prochain est que le Covid 19 soit jugulé rapidement. Sinon le vœu de nos opposants sera exaucé, mais sans qu’ils ne puissent en tirer un profit.

Ils essaieront évidemment de faire valoir que le mandat de M. Ouattara a expiré et qu’il devrait mettre en place un gouvernement d’union, mais tout le monde aura constaté que nous sommes dans un cas de force majeure.

Et nous risquons d’avoir le cas, rare sur ce continent, d’un président contraint de rester au pouvoir alors qu’il avait décidé de partir.

Rappelons qu’en 2005, lorsqu’il n’a pas été possible d’organiser les élections, Laurent Gbagbo était resté au pouvoir jusqu’en 2010.

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