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Côte d’Ivoire /Pétition pour la libération de Laurent Gbagbo : quel intérêt ?

gbagbo

22 Juin 2016. Une pétition est initiée conjointement par l’écrivain Bernard Dadié et l’ex Premier ministre togolais Koffigoh, pour la libération de Laurent Gbagbo. À« plus de 3 millions » de signatures, selon Koffigoh, cette pétition a pour but de faire entendre la volonté du « peuple ». Et pourtant que valent des signatures dans l’affaire Gbagbo ?

Par Lisette Anoh

Polémique autour de la portée de cette pétition

Les partisans de Laurent Gbagbo et certains « panafricanistes » restent optimistes. Ils croient dur comme fer que cette pétition fera échos. Dans le camp adverse, cette initiative n’est que symbolique. Et il faudrait un peu plus que des signatures pour la libération de Laurent Gbagbo.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas, le droit de pétition est un droit accordé aux populations de faire une demande directe au souverain ou au représentant de l’exécutif. Il est également possible de faire une pétition envers toute personne morale disposant d’un pouvoir. En l’espèce, cette demande s’adresse à la Cour pénale internationale en tant que juridiction. Sauf que, d’un autre point de vue, la pétition n’a aucune valeur juridique, mais la pression sur les décideurs politiques qui en résulterait, pourrait être significative, surtout quand il y a par devers une certaine récupération politique.

 

Les leaders de l’opposition en font leur affaire !

Cette initiative est soutenue par le Front populaire ivoirien (Fpi) version Sangaré et plusieurs autres leaders de l’opposition. Mamadou Koulibaly du parti de la Libérté et démocratie pour la république (Lider), Danielle Boni Claverie et Anaki Kobenan du Mouvement des forces d’avenir (Mfa) pour ne citer que ceux-là.

Selon Anaky Kobenan, lutter aujourd’hui pour la libération de Laurent Gbagbo n’est plus une question de parti politique. C’est faire tout simplement preuve d’humanisme. Ce dernier en 2010 s’est joint au mouvement « tout sauf Gbagbo », pour l’élection d’Alassane Ouattara. Alphonse Douaty, proche de l’ancien président ivoirien, lui, estime que « la signature d’une pétition est l’expression de la volonté d’un peuple de découdre avec une mainmise de l’occident sur l’Afrique ». Car Laurent Gbagbo est« tout un symbole de la liberté en Afrique mais également de la lutte pour la démocratie ». Déclarations faites au cours d’une conférence de presse donnée au domicile de l’écrivain, le 17 juin 2016.

Pour ceux qui craignent que le retour de Laurent Gbagbo soit source d’une autre crise, Bernard Dadié, l’initiateur, s’est voulu rassurant. « Laurent Gbagbo ne reviendra pas dans un esprit de vengeance, ni de réclamation du pouvoir. » a-t-il laissé entendre par la voix de Samuel Harding, son porte-parole.

 

Bernard Dadié, impartial ?

Dans un article paru dans Médiapart le 17 juin 2016, il est écrit à son sujet : « Son engagement anticolonialiste durant les luttes pour l’Indépendance fut en réalité un engagement pour l’avènement d’un Etat communautaire réservé aux autochtones et dirigé par des élites lignagères aux racines multiséculaires. » En initiant cette pétition« Bernard Dadié a donc choisi, de manière délibérée, le camp de l’oppression, du nationalisme identitaire, de la xénophobe et de la démocratie communautaire contre le camp de la liberté, de l’égalité de la citoyenneté et de la démocratie libérale. »

Mais le centenaire reste indémontable, convaincu que ce combat restera le meilleur et peut être le dernier de sa lutte « anticolonialiste ». On se souvient de ses œuvres tels que « Afrique débout », « Climbié », « le carnet » autant d’œuvres qui font de Bernard Dadié un auteur engagé, à l’image de Senghor et Aimé Césaire. Pour le « vieux », cette campagne, qui doit s’étendre sur trois mois, vise à «montrer au monde que la place de Laurent Gbagbo n’est pas à la CPI mais bien auprès des siens dans son pays». Il entend, avec toute l’équipe qui l’entoure, mobiliser plus de 22 millions de signatures à travers le monde.

Si cette initiative, « le dernier combat de l’écrivain », est une occasion de montrer le soutien du peuple africain à la cause Gbagbo, il va de soi qu’elle n’a aucune valeur juridique. Le retour de Gbagbo dépendra du verdict de son procès. Aucun autre détenu de La Haye n’a fait l’objet d’une motion de libération, et cela influera peut être sur l’opinion publique mais pas sur le cours du procès. Procès qui est suspendu pour vacances judiciaires. Il reprendra le 30 août 2016.

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