12152017Headline:

Côte-d’Ivoire /Soro Alphonse sans détours crache ses vrités: «Ce que je reproche à Hamed et Soro,”

Soro-Amhed

Côte-d’Ivoire Soro Alphonse sans détours: «Ce que je reproche à Hamed et Soro, pourquoi je ne suis pas candidat à ma succession”

« La constitution de 2000 est un torchon encombrant dont il faut se débarrasser »

• Soro et Hamed doivent mettre les moyens qu’ils ont à la disposition des militants et non à la satisfaction de leurs ambitions personnelles

• Je ne suis pas candidat à ma succession à Karakoro

En marge d’un meeting qu’il a animé à ATTIEGOUAKRO ou il était l’invité spécial de la jeunesse, l’honorable Alphonse SORO, Député et Secrétaire National à la Jeunesse du RDR s’est entretenu avec la presse.

Depuis longtemps, on n’entend plus le Député Alphonse SORO. Pourquoi ce silence ?

À un moment je me suis rendu compte que j’étais en avance sur l’action politique. Et quand vous vous rendez compte que vous dansez plus vite que la musique vous êtes obligé d’ajuster vos pas. En réalité, tout ce que vous entendez depuis un certain temps, ce sont des choses que j’ai amplement abordées depuis longtemps. Tout le monde sait que j’ai eu l’engagement suprême et après la crise postélectorale, je n’ai pas couru derrière un poste de nomination. J’ai plutôt couru pour arpenter les pistes de la Côte d’ivoire, pour enraciner le pouvoir du Président Alassane OUATTARA. Il ne vous a pas échappé que partout où il y avait le feu, nous étions les premiers pompiers sur les lieux. Il s’agissait d’enraciner un pouvoir acquis après une grande crise postélectorale. Une fois le pouvoir consolidé, le Président avait désormais la latitude de travailler sereinement. Donc il fallait laisser la responsabilité à ceux en qui il a eu confiance et à qui il a donné des postes de pouvoir faire leur preuve et mettre en œuvre le programme de développement pour les ivoiriens. Il y a beaucoup de gens qui font pas mal de choses maintenant. Mais je pense que c’est folklorique, je m’excuse. Moi je ne fais pas de la politique folklorique. Je ne suis animé d’aucune ambition et organiser des meetings ce n’est pas un métier.

Pourquoi dites-vous cela ?

On fait les meetings quand il y a nécessité. J’entends certaines personnalités aborder des questions sensibles, et notamment l’emploi des jeunes, le partage du gâteau avec les militants, ceux qui ont combattu. Mais, c’est aujourd’hui qu’ils parlent de cela. Moi, j’ai épuisé ce débat il y a très longtemps. J’ai déjà parlé de ces choses aussi bien officieusement qu’officiellement. Officieusement, nous avons, à travers des correspondances, fait des propositions pour que la jeunesse soit prise en compte. Officiellement, je me rappelle que le dernier meeting que j’ai eu date de février 2013 ou je parlais déjà de la grogne de nos militants. Si c’est en 2016 que certains en parlent, moi je ne vois pas la nécessite de les accompagner. Je les laisse en parler maintenant. J’ai fait les clubs de soutien, il y a 20 ou 25 ans. Je ne sais pas si c’est encore opportun pour moi de continuer dans ça.

A vous entendre, on a l’impression que vous êtes un laissé pour compte. Etes-vous frustré par rapport à quelque chose que vous attendiez ?

Pas personnellement ! Je suis député. Du moment où vous êtes député, il y a une incompatibilité institutionnelle qui fait que vous n’avez plus à attendre forcement un poste de nomination. J’ai choisi d’exercer dans le pouvoir législatif. Ceux qui attendent des nominations exercent dans le pouvoir exécutif. Ayant choisi très tôt pendant cette mandature d’être député, je n’attendais pas un poste de nomination. Donc, ce n’est pas lié à ma personne. Je n’ai pas de frustration personnelle, je fais simplement référence à la grogne des militants sur laquelle on a longtemps attiré l’attention des uns et des autres, sur ce qu’il y avait à faire et des propositions avaient été faites. On ne peut pas avec un coup de baguette magique, régler tous les problèmes en cinq années. Il faut faire comprendre aux gens qu’il faut de la patience. Mais, il ne faut pas que cette attente soit trop longue. Les jeunes ont longtemps attendu, ils se sont battus. Il faut appuyer sur l’accélérateur. Le Président de la République a assez fait. Il appartient à ses collaborateurs de l’accompagner parce que la volonté seule de celui qui porte notre action ne suffit pas.

Le RDR court-il un risque avec cette grogne des militants ?

J’ai grandi dans la bataille, je n’ai pas peur de l’adversité. Nous ne nous sommes pas trompés sur la voie à prendre. C’était Alassane Ouattara qu’il fallait élire en 2010 et en 2015.

A quand le congrès ?

Lequel ?

Celui du RDR

Pourquoi ?

Pour l’élection du président du RDR !

Donc, vous, votre préoccupation, c’est l’élection du président Du RDR ?
Je n’ai pas le curseur sur ça. J’ai plutôt mon curseur sur la préoccupation de ceux qui composent le RDR, parce que ce sont eux qui se sont battus. Ce n’est pas la désignation du président qui va être le déclic.

Le fonds mis en place par le parti, pourra-t-il atténuer la grogne des militants ?
Tant mieux ! Nous sommes en 2016. Mais si on l’avait eu en 2011, on aurait eu moins de grogne. Quand on se battait, on était ensemble, et quand on a eu le pouvoir il ne faut pas donner l’impression qu’il y a deux camps. C’est ce syndrome que nous devons éviter.

Ya-t-il une guerre de succession entre pro-Soro et pro- Hamed Bakayoko au sein de votre parti ?

Depuis 2011, quand nous sommes sortis de la crise postélectorale, certains avaient déjà commencé à créer des clubs de soutien à leur personne. J’ai dit non ! Ce n’est pas cela qu’il fallait faire. Moi, j’ai toujours considéré que la succession du Président Alassane Ouattara est un débat prématuré, et que le moment venu ce débat allait se tenir. Mais pourquoi une guerre de succession ? Ce que les militants attendent, ce n’est pas qui va succéder à Ouattara, mais de savoir qu’après le combat pour l’accession de Ouattara au pouvoir, ce qu’ils ont obtenu. C’est de notre succès à les satisfaire maintenant que dépendra leur détermination à nous suivre pour d’autres batailles. Les militants, avant de les embarquer dans de nouvelles aventures, vous qui avez profité, vous qui avez eu la chance d’être collaborateur d’Alassane Ouattara, ce que vous avez eu, ne vous servez pas de ça pour faire du chantage à ces mêmes militants. C’est par leur sueur que vous avez eu ce que vous avez aujourd’hui. Donc, vous devez plutôt l’utiliser pour les satisfaire sans calcul. Je fréquente ces personnalités et j’ai la chance qu’aucune d’entre elles n’aborde avec moi ce débat aussi encombrant qu’inutile, peut être sachant ma position qui est qu’il faut gagner la bataille de maintenant, sinon on ne pourra pas gagner de bataille après. Si on perd les batailles de maintenant, avec qui on va faire les batailles futures ? Gagnons la sympathie, l’adhésion des militants et ils nous suivront dans les futures batailles. Je suis préoccupé par la précarité de ces militants que par les ambitions personnelles des uns et des autres.

Vous avez, tout à l’heure, à Attiégouakro, exhorté les jeunes à une adhésion massive à la future constitution. Avez-vous l’impression que votre message a été entendu ?

Oui ! Nous avions en face des leaders de la jeunesse, et nous leur faisons confiance. Regardez la Côte d’Ivoire comme elle a changé, les infrastructures réhabilitées etc. Parlant de la constitution actuelle, ma position est claire. C’est un torchon encombrant dont il faut se débarrasser. On fait quoi de cette constitution depuis 15 ans ? Elle nous a servi à faire quoi ? Un pays qui ne vit que de traités et accords politiques signés dans des capitales étrangères. Certaines personnes veulent qu’on continue de faire ce bidouillage constitutionnel, institutionnel ou juridique. Non ! On ne peut pas continuer avec ce bricolage. C’est parce que cette constitution a échoué qu’on a eu recours à ces accords. La commission constitutionnelle consultative et électorale(Ccce) a été présidée par Pr. Ouraga Obou. Je retiens une célèbre phrase de cet homme : « la constitution actuelle est inintelligible ! » il a expliqué les circonstances dans lesquelles cette constitution a été proposée à la population. Il avait très tôt pris ses distances avec cette constitution. Et c’est pourquoi, j’ai salué que ce soit lui qui ait été désigné comme président du comité des experts, pour l’élaboration de cette nouvelle constitution. Le président Alassane Ouattara qui a compris ne veut pas reprendre les erreurs du passé. C’est quel article de la constitution qui dit qu’il faut une constituante pour l’adoption d’une nouvelle constitution ? Je suis député à l’Assemblée Nationale et je dis que nulle part, il est écrit qu’il faut une constituante. Le rendez-vous de l’an 2000 qui devait doter la Côte d’Ivoire d’une constitution a été un rendez-vous manqué de l’histoire. En 2000, Gueï avait voulu bien faire en ouvrant à la masse populaire. Mais ç’a été une foire aux injures. Vous voulez qu’Alassane Ouattara fasse les mêmes erreurs que Gueï Robert ? Il faut tirer des leçons du passé. L’actuelle constitution n’est pas bonne, les conditions dans lesquelles elle a été élaborée n’étaient pas aussi bonnes et il ne faut pas les répéter.

Pour vous les griefs de l’opposition contre la procédure d’élaboration de cette nouvelle constitution et son contenu, ne sont pas fondés ?

Lesquels ?

Le verrou de la limitation de l’âge maximum et du nombre de mandats qui saute par exemple, offrant ainsi la possibilité à Ouattara de se présenter pour un troisième mandat.

On appelle ça mettre la charrue avant les bœufs ! Je ne vous comprends pas. Le monsieur vous facilite la tâche. Il vous dit qu’il ne fait pas un troisième mandat, et vous dites qu’il va le faire ! Vous allez l’obliger à faire un troisième mandat ? Ce n’est pas ce que moi je comprends. En voulant sauter ce verrou, il est question peut-être de donner la latitude à un président qui a fait 10 ans, parce qu’il est arrivé au pouvoir jeune, de revenir plus tard pour se représenter.

Pour revenir à la guerre de succession de Ouattara, on évoque le nom de Guillaume Soro, d’Hamed Bakayoko et d’Amadou Gon Coulibaly. On a envie de se demander comment se porte le RDR au plus haut niveau ?

Vous avez déjà la liste des potentiels successeurs de Ouattara ?

On les voit venir !

Il y a certains que vous ne voyez pas. Est-ce que vous êtes d’accord qu’il y a certains que vous ne voyez pas ?

Dites-nous alors ?

Mais pourquoi voulez-vous qu’on tranche maintenant ? Attendez que tous ceux qui veulent, s’affichent, et on va trancher. Moi, honnêtement, je respecte beaucoup ces deux grands frères (Guillaume Soro et Hamed Bakayoko). C’est peut-être un conseil de petit frère. Les moyens qu’ils ont, il faut qu’ils les mettent à la disposition des militants, pour les satisfaire, et non à la satisfaction de leurs ambitions personnelles. Ils ont eu tous ces moyens grâce au pouvoir d’Alassane Ouattara. Ce qui m’empêche de dormir ce sont les militants que je rencontre et qui attendent beaucoup ; c’est la situation des ex-combattants qui n’ont pas eu la possibilité de rentrer dans l’armée. Ils se sont battus et ils ont eu foi en ce combat là ! Ce ne sont pas les ambitions des uns et des autres qui m’empêchent de dormir.

Pensez-vous que cette frustration des ex-combattants, a été à la base de la violence lors des événements à Bouaké récemment contre la hausse des factures de la CIE ?

Non ! Je ne les lie pas forcement. Je désapprouve ce qui s’est passé à Bouaké. Moi, je parle cru et dru. Est-ce que les pouvoirs passés, vous avez vu les militants se retourner contre leur propre pouvoir ? Pourquoi, voulez-vous me convaincre que ce sont les militants RDR et les partisans du président Alassane Ouattara qui sont impliqués dans ce qui s’est passé récemment à Bouaké ? Si c’est ça ils se sont trompés ! Il y a ce que l’on appelle esprit de corps qui doit pouvoir se développer (au sein du RDR ndlr). Même lorsqu’on pense que ce n’est pas bon, c’est à nous de défendre ça. Les militants, même s’ils sont fâchés, ils n’ont pas le droit de se retourner contre le pouvoir Ouattara. C’est se piquer un couteau dans l’œil. Il ne faut pas se retourner contre son propre pouvoir. Quand vous travaillez à affaiblir votre pouvoir, c’est que vous oubliez hier, vous oubliez que nous revenons de loin.

Les législatives approchent. Serez-vous candidat à votre propre succession ?

Ma prochaine législature est, hélas, tributaire d’un ancien pacte entre les chefs traditionnels de chez moi. Ma circonscription est constituée de deux sous-préfectures : Karakoro et Komboro. Je suis de Karakoro de par ma mère et de Korhogo de par mon père. Comme, il n’y avait pas de place à Korhogo, je me suis présenté à Karakoro. Il se trouve qu’il y a un pacte qui est vieux que moi, et qui dit que chaque sous-préfecture doit faire un mandat. Ma législature est tributaire de ce pacte. Il y a donc une alternance locale qui est vieille que moi-même, et je n’ai pas envie de contrarier ce pacte. Je n’ai pas de fixation pour le poste de député. Je suis à la disposition du président Alassane Ouattara. Plaise à lui de continuer de m’utiliser là ou il voudra ! En tout cas, je n’ai pas déposé mon dossier de candidature pour les législatives.

Pour les législatives, souhaitez-vous des listes RHDP ou des candidatures de chacun des partis membres ?

Consolidons nos acquis pour espérer garder le pouvoir. Le RHDP est un acquis. Si on échoue à le consolider, nos chances de garder le pouvoir après Ouattara s’amenuisent et s’effritent. C’est pourquoi, je dis, il faut chercher à consolider le RHDP maintenant. En politique, il faut faire parfois la bataille micro avant la bataille macro. Mais parfois, c’est l’inverse. C’est ce que nous avons fait il y a 17 ou 20 ans, en choisissant Alassane Ouattara parce qu’on a eu un bon leader. Se faisant, la bataille macro a été plus facile à gagner. Mais en 2020, ça va être l’inverse. Il faut gagner la bataille macro pour être sûr qu’on gagnera la bataille micro. Il faut qu’on arrive à convaincre les ivoiriens qu’après Ouattara, il faut une autre personne du camp Ouattara dans le RHDP pour lui succéder. Si les ivoiriens sont déçus d’Ado, ils ne voudront pas quelqu’un du camp Ado. Ils voudront quelqu’un d’un autre camp. Aujourd’hui, les populations sont de plus en plus exigeantes, c’est un phénomène mondial. Ici, aucun parti seul ne peut aller conquérir le suffrage de tous les ivoiriens parce qu’on est encore tributaire des considérations communautaires et je crains fort qu’en 2020, ce soit toujours le cas. La formation, l’éducation, la maturation de la masse est progressive, peut-être que plus tard on aura affaire à une population qui adhère à une idéologie, une ambition. Si nous échouons en 2020, c’est l’adversaire qui va se frotter les mains.

Parlons de l’incident diplomatique entre la Côte d’Ivoire et le Gabon, qui a emporté Diané Mamadi, conseiller spécial du Président de la République. Quelle en est votre appréciation ?

Nous avons tous été surpris que le nom d’un haut cadre de notre administration, soit cité en plein processus électoral au Gabon sans tenir compte des obligations de réserve, d’équidistance et des règles élémentaires de la diplomatie qui lient les deux pays et les deux peuples. C’est cette faute qui a été sanctionnée parce qu’il ne fallait pas laisser croire que ce n’était pas une faute individuelle. La sanction prouve que c’est Monsieur Diané, personne physique qui a agi et non Monsieur Diané personne morale, conseiller spécial du Président de la République.

Dites-nous quels sont actuellement, vos rapports avec Guillaume Soro ? On ne vous voit plus ensemble !

Décidemment cela vous tient à cœur ! Pour ne pas trop épiloguer sur la question, il faut que ce soit clair. Ma vie et mon engagement politique se sont parfois entremêlés avec celui ou celle de Guillaume Soro. C’est pourquoi nous avons partagé des convictions, que ce soit au mouvement estudiantin ou au moment où nous avons eu le recours extrême aux armes pour imposer la démocratie. Mais, pour qu’on continue, il faut que Guillaume me sollicite, et que j’y adhère. Donc, si vous pouvez lui demander de solliciter mon expertise, je pourrai me prononcer là-dessus. Quand on a fini la crise postélectorale en 2011, chacun a été élu député dans sa circonscription. Nous l’avons élu ici même à Yamoussoukro, président de l’Assemblée Nationale. Il est mon premier responsable. Maintenant est-ce que cela suffit pour continuer d’attraper la sacoche ?

(Source : Cellule communication du député)

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