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Côte d’Ivoire-Suppression de la commune du Plateau : Le point de vue d’un résidant pour clore le débat

Dans le débat sur l’intégration de la commune du Plateau qui fait polémique, un habitant qui vit depuis plus de 45 ans dans la cité des affaires, vient de se prononcer sur la question.
Un résidant du Plateau se prononce sur la suppression de la commune
Il y a quelques jours, nous lisions dans les colonnes de plusieurs journaux proches du parti au pouvoir l’analyse de M. Dabley Jean Cyriac, un prétendu observateur politique indépendant qui essayait de montrer que la commune du Plateau devait être intégrée au District Autonome d’Abidjan, au motif que sa population et sa superficie n’étaient pas assez grandes pour justifier son existence, et que son budget de plusieurs milliards de FCFA par an, était démesuré au regard des besoins de ses habitants.

Face à cette analyse du sieur Dabley vraisemblablement influencée par des intérêts politiques et financiers mal dissimulés, j’estime être de mon devoir en tant que résidant de la commune du Plateau, d’apporter ma contribution à ce débat qui n’a même pas lieu d’être. En effet je vis au Plateau depuis 45 ans précisément à la rue du commerce, j’y travaille et mes enfants aussi. Cette cité s’est développée, embellie et modernisée sous mes yeux. J’y ai écrit les plus belles pages de ma vie professionnelle et familiale. Le Plateau c’est toute ma vie, toute mon histoire. Il m’est donc impossible de me taire face à des velléités de dissolution de ma commune.

Je n’accepterai jamais que l’on fasse disparaître la Mairie du Plateau parce que grâce à elle, nous les résidants jouissons d’avantages sociaux qu’aucune autre commune dans le pays n’a encore mis en place pour ses populations. Cela est tout simplement inconcevable. Pour nous qui sommes du 3ème âge, nous bénéficions d’une prise en charge médicale totale, avec des visites de médecin à domicile, des examens médicaux et même des médicaments gratuits. Chaque semaine nous faisons un parcours de santé dans la commune ou dans des espaces verts de la ville d’Abidjan, ce qui nous permet de nous sentir toujours en forme. Nos familles bénéficient tous les ans d’allocations familiales, de kits composés de produits de premières nécessités mais aussi de kits alimentaires distribués par la Mairie lors des différentes fêtes religieuses. Les projets des femmes et des jeunes résidants sont financés à hauteur de plusieurs dizaines de millions chaque année. Des bourses d’études, des bons d’achats de fournitures scolaires, des ordinateurs sont remis à nos enfants élèves et étudiants de la commune. Un prix d’excellence a même été instauré pour récompenser les meilleurs d’entre eux. Le Plateau vit, le Plateau bouge, le Plateau n’est pas une commune comme les autres… Nos tout-petits ont droit chaque année à des activités ludiques comme des camps de vacances ou des concours divers dans leurs écoles, d’un marché de noël lors des fêtes de fin d’années pendant lequel ils reçoivent des cadeaux. Tout cela, sans compter les nombreuses assistances particulières de la Mairie en cas de naissance, de décès etc. La Mairie du Plateau se soucie du bien-être et de la sécurité des populations et des usagers. Elle a même réorganisé le stationnement dans la commune. Nous pouvons aujourd’hui marcher en toute sécurité sur les trottoirs qui ont été protégés par des potelets… Le Plateau, vous savez, c’est une grande famille dans laquelle nous profitons tous, sans distinction religieuse, ethnique ou même politique, de la politique sociale prévenante, mise en œuvre depuis des décennies par cette Mairie que l’on veut aujourd’hui gommer comme un point gênant sur une carte. Tous ici, dans cette commune, même ceux qui critiquent toujours tout, nous profitons des bienfaits de cette Mairie qu’on veut s’accaparer par tous les moyens… Comment peut-on dire avec tout ceci que le budget de la Mairie n’a aucun impact sur la vie des populations ? Je n’imagine pas un seul instant que ma commune le Plateau puisse être disloquée entre le District Autonome d’Abidjan et d’autres communes, car ce serait pour les 8 000 résidants que nous sommes, sans distinction d’obédience politique, une vraie catastrophe. Ce serait même un manque de respect tant pour les hommes que pour notre histoire. Je veux placer ma confiance dans le sérieux et le sens de la responsabilité de nos dirigeants qui ne peuvent se laisser distraire par l’analyse alambiquée et dénuée de fondement de M. Dabley.

‘’Je n’accepterai jamais que l’on fasse disparaître la Mairie du Plateau’’
Pour en revenir à cette analyse, il faut noter dans un premier temps que le libre penseur semble mal informé sur les ressources budgétaires des municipalités, affirmant que la commune du Plateau ne justifie pas son budget annuel. Je viens plus haut de montrer ce qui est fait pour les populations, mais il faut savoir en plus que l’Etat n’attribue pas de façon fantaisiste une manne financière à une commune pour son fonctionnement. Le budget d’une collectivité est examiné et approuvé chaque année par les autorités de la décentralisation, et son utilisation est contrôlée et visible dans la vie quotidienne des habitants de la commune. C’est donc de la pure mauvaise foi que de qualifier les ressources municipales de ‘’prime à la corruption’’.

En plus, il semble que M. Dabley ait omis de se renseigner sur les compétences distinctes du District Autonome et des communes. En réalité, ces entités ont des missions et des compétences bien définies. Fondre une collectivité constituée émanant des populations dans une structure étatique avec des missions et des compétences différentes serait contraire aux règles de fonctionnement de l’État de droit.

Quant à la question de la faible population, pourquoi vouloir faire deux poids, deux mesures? M. Dabley estime que la population résidante du Plateau n’est pas suffisante pour justifier qu’elle ait été érigée en commune, alors que si on y regarde de plus près son argument ne tient pas la route puisqu’il existe dans ce pays certaines localités moins peuplées que le Plateau qui ont été érigées en commune. Les chiffres du RGPH 2021 le prouvent.

‘’Le budget d’une collectivité est examiné et approuvé chaque année par les autorités de la décentralisation’’
Concernant l’inadéquation entre la population résidante du Plateau et le nombre d’électeurs inscrits, cela peut s’expliquer simplement : la commune accueille environ 2 millions de visiteurs chaque jour. Parmi eux se trouvent des travailleurs, des étudiants, des entrepreneurs qui exercent dans la commune depuis des décennies, possédant des commerces, des restaurants, etc. Ces milliers de personnes ont des intérêts dans le Plateau et sont directement touchées par les politiques municipales. Elles ont donc naturellement leur mot à dire lors des élections municipales et sont régulièrement inscrites sur les listes électorales de la circonscription. Cette réalité a été largement discutée dans l’actualité, et notre analyste temporaire en est certainement conscient. Pour ce qui est de la sécurité, l’idée selon laquelle le Plateau abriterait trop de sites sensibles pour être sécurisé par la mairie du Plateau ne tient pas la route elle aussi. En effet les autorités municipales travaillent en étroite collaboration avec les forces de défense et de sécurité, et la police municipale intervient en appui de celles-ci selon des prérogatives légales bien établies. Bref, l’idée de la dissolution de la commune du Plateau est un faux débat. S’il fallait faire disparaître une entité, on pourrait se demander pourquoi ce ne serait pas le district qui disparaîtrait pour permettre d’éviter les nombreux conflits de compétences auxquels nous assistons quotidiennement ? D’autre part, si le Maire PDCI du Plateau avait perdu les élections municipales de l’an dernier face à son challenger du pouvoir, serait-on aujourd’hui en train de remettre en cause jusqu’à l’existence de la commune ? La question se pose.

Gustave Konadjé

Résidant de la Rue du Commerce du Plateau

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